L’épidémie d’Ebola pourrait faire basculer près d’un million de personnes dans la pauvreté, alerte le PNUD

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Des volontaires de la Croix-Rouge

Une nouvelle évaluation du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) tire la sonnette d’alarme sur les conséquences socioéconomiques majeures de la flambée actuelle de maladie à virus Ebola (MVE) en République démocratique du Congo (RDC) susceptible d’aggraver fortement la pauvreté et de fragiliser les économies africaines.

Dans son rapport intitulé Évaluation socioéconomique rapide de la flambée d’Ebola en RDC, repris dans un communiqué parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD vendredi 3 juillet 2026, l’agence onusienne estime que jusqu’à 985 000 personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté, tandis que les impacts économiques régionaux pourraient atteindre jusqu’à 3,6 milliards de dollars américains en cas de scénario aggravé.

Le document souligne que la flambée du virus Ebola de Bundibugyo constitue un choc majeur pour la RDC et les pays voisins, notamment l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud. Si les mesures sanitaires, telles que les quarantaines, restent nécessaires, le PNUD insiste sur les effets collatéraux des restrictions de déplacement et des perturbations commerciales, particulièrement dans le secteur informel.

« Ebola ne s’arrête pas aux portes des hôpitaux. Ses répercussions se font sentir sur les moyens de subsistance, l’éducation, la sécurité alimentaire, le commerce, les finances publiques et la confiance des populations. Si nous considérons Ebola uniquement comme une crise sanitaire, nous risquons de sous-estimer les effets dévastateurs qu'elle entraîne sur le développement », a déclaré Ahunna Eziakonwa, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et Directrice régionale du PNUD pour l’Afrique.

Selon l’analyse, même si la flambée reste contenue à la RDC et à l’Ouganda, les conséquences économiques seraient déjà considérables, avec une perte estimée à plus d’un milliard de dollars de PIB réel en RDC et environ 55 000 emplois menacés.

À l’échelle du continent, les perturbations des échanges commerciaux, les restrictions aux frontières et la baisse de l’activité dans les marchés informels pourraient entraîner une contraction du PIB de 2,37 milliards de dollars, ainsi qu’une baisse de 1,76 % de la consommation quotidienne des 20 % des ménages les plus pauvres.

Dans un scénario plus grave de « polycrise », combinant la flambée d’Ebola à des chocs mondiaux sur les chaînes d’approvisionnement et les marchés énergétiques, l’Afrique pourrait perdre jusqu’à 3,6 milliards de dollars de production économique et 328 000 emplois.

Le rapport met également en évidence la forte dimension de genre de la crise. Les femmes, majoritaires dans le commerce transfrontalier informel et très présentes dans les métiers de santé de première ligne, figurent parmi les plus exposées aux impacts économiques et sanitaires. Elles assument en outre l’essentiel des responsabilités de soins au sein des ménages, ce qui accroît leur vulnérabilité.

Par ailleurs, le redéploiement des ressources sanitaires vers la riposte contre Ebola pourrait provoquer une crise sanitaire secondaire. Le PNUD estime que les perturbations des services de santé pourraient entraîner jusqu’à 2 520 décès supplémentaires de nourrissons en RDC, liés à des causes autres qu’Ebola.

Pour limiter ces impacts, le PNUD recommande une réponse coordonnée et sensible au genre, fondée notamment sur le renforcement des transferts monétaires ciblés, la mise en place de « frontières intelligentes » permettant de maintenir les activités économiques essentielles, et la préservation des dépenses sociales prioritaires, notamment en santé maternelle et infantile.

L’agence onusienne appelle enfin les gouvernements, les partenaires du développement et les institutions financières internationales à dépasser les approches strictement sanitaires, en investissant simultanément dans les systèmes de santé, la protection sociale, les moyens de subsistance et la résilience économique.

Cette évaluation intervient après la déclaration de l’Organisation mondiale de la Santé, le 17 mai, qualifiant cette flambée d’Ebola d’urgence de santé publique de portée internationale. La flambée, centrée dans l’est de la RDC, est liée à la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement approuvé.

Malgré ce contexte préoccupant, les autorités de la RDC se veulent rassurantes et rejettent tout discours alarmiste. Elles mettent en avant les efforts déployés en collaboration avec les partenaires nationaux et internationaux afin de contenir l’épidémie. Elles rappellent également l’expérience acquise par le pays dans la gestion des crises sanitaires, la RDC ayant déjà fait face à seize précédentes épidémies d’Ebola, toutes maîtrisées au terme d’importantes opérations de riposte.

Clément MUAMBA