L'évolution du conflit dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), marquée par une transformation des modes de combat et une utilisation de plus en plus importante des drones armés, continue de susciter des réactions au sein de la communauté internationale. C'est notamment le cas de la Russie qui, à l'instar d'autres partenaires de la RDC, a exprimé ses inquiétudes dans un contexte marqué par la poursuite des hostilités sur le terrain.
S'exprimant lors d'une session d'information du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation sécuritaire dans l'Est de la RDC, la chargée d'affaires de la Fédération de Russie auprès des Nations unies, Anna Evstigneeva, a estimé que cette évolution aggrave les conséquences humanitaires du conflit et expose davantage les populations civiles, premières victimes de cette guerre.
« Force est de constater que le conflit évolue et que sa nature militaire se transforme profondément, sous l'effet de l'utilisation exponentielle de drones de combat. Des civils, des personnels médicaux et humanitaires, ainsi que des employés des Nations unies sont victimes de ces attaques », a déclaré vendredi 26 juin 2026 la diplomate russe.
Anna Evstigneeva a notamment évoqué la frappe de drone survenue le 11 mars à Goma, qui a coûté la vie à un membre du personnel de l'UNICEF. La représentante russe s'est également dite préoccupée par des informations faisant état de la présence de mercenaires étrangers dans le conflit.
« Le 11 mars, un membre du personnel de l'UNICEF a été tué lors d'une frappe de drone à Goma. Nous sommes préoccupés par les informations selon lesquelles des mercenaires étrangers, dont certains ont acquis une expérience du combat en Ukraine, sont employés comme instructeurs et opérateurs de drones », a affirmé Anna Evstigneeva.
Au cours de son intervention, la diplomate russe a également attiré l'attention du Conseil de sécurité sur les activités des Forces démocratiques alliées (ADF), qu'elle considère comme l'une des principales menaces sécuritaires dans l'est de la RDC.
« Les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé lié à des réseaux terroristes internationaux, constituent une menace particulière. Leurs dirigeants profitent de l'escalade des tensions dans l'est de la RDC pour intensifier leurs activités extrémistes », a-t-elle déclaré.
Selon Moscou, la lutte contre ce groupe armé nécessite une réponse collective impliquant les États de la région ainsi que les partenaires internationaux.
« La lutte contre cette menace exige une action coordonnée au niveau régional. Nous sommes également prêts à collaborer avec nos collègues du Conseil de sécurité afin de faciliter les efforts de lutte contre ce groupe armé, notamment en mobilisant les mécanismes et l'expertise des organes subsidiaires spécialisés du Conseil », a souligné Anna Evstigneeva.
Cette situation intervient alors que, malgré l’existence de l’Accord de Washington et la tenue successive de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Des tensions persistent également entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’Accord de Washington, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, une année après sa signature au niveau ministériel.
Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage incertaine.
Clément MUAMBA