Est de la RDC : « La voie politico-diplomatique n'a pas encore produit de résultats concrets sur le terrain », déplore Moscou, qui appelle à l'application de la résolution 2773

Réunon du conseil de sécurité de l'Onu
Réunon du conseil de sécurité de l'Onu

La Russie a exprimé sa préoccupation face à la poursuite des affrontements dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), estimant que les initiatives diplomatiques engagées, notamment l'Accord de Washington et le processus de Doha, n'ont jusqu'à présent pas permis d'obtenir des résultats concrets sur le terrain.

Intervenant lors d'une session du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation dans l'Est de la République démocratique du Congo, la chargée d'affaires de la Fédération de Russie auprès des Nations unies, Anna Evstigneeva, a regretté que les parties au conflit continuent de privilégier l'option militaire malgré les différents accords conclus ces derniers mois.

S'appuyant sur les données des Nations unies, la diplomate russe a estimé que la situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

« Nous regrettons de constater que les hostilités dans l'est de la République démocratique du Congo se poursuivent sans relâche. Malgré de nombreux accords écrits, les parties continuent de privilégier la voie militaire. La voie politico-diplomatique, facilitée par une médiation extérieure, n'a pas encore produit de résultats concrets sur le terrain et ne sert, dans une large mesure, qu'à masquer la poursuite des hostilités. Les données de l'ONU sur le nombre de civils tués chaque jour au Nord et au Sud-Kivu témoignent tragiquement d'une évidence : le cessez-le-feu est un échec », a affirmé Anna Evstigneeva.

La représentante russe a soutenu que la mise en œuvre intégrale de la résolution 2773 du Conseil de sécurité constituait la principale voie pour parvenir à une désescalade durable. Selon elle, cette résolution contient les principaux éléments qui ont été repris dans l'Accord de Washington et le processus de Doha.

« La voie pour surmonter la menace posée par les extrémistes et stabiliser la situation dans les provinces de l'Est réside dans la mise en œuvre des dispositions de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui appelle à la cessation des hostilités et à la fin, par toutes les parties au conflit, du soutien aux groupes armés illégaux », a-t-elle fait savoir dans son discours.

Et de poursuivre :

« Cette résolution énonce les vérités fondamentales et définit les mesures concrètes nécessaires pour mettre fin aux effusions de sang et aux souffrances de la population civile. Les éléments essentiels des accords conclus par les parties à Washington et à Doha reprennent essentiellement les dispositions clés de la résolution 2773 du Conseil de sécurité. Tant que cette résolution restera lettre morte, des civils continueront de mourir dans l'est de la RDC ».

Anna Evstigneeva a également rappelé le rôle central de l'Afrique dans la conduite des initiatives diplomatiques en cours.

« Une avancée significative serait facilitée par la relance des efforts de paix régionaux sous l'égide des médiateurs de l'Union africaine. L'engagement de la diplomatie africaine est essentiel », a-t-elle déclaré.

La diplomate a également insisté sur la nécessité de mettre en œuvre le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu convenu à Doha, conformément aux recommandations du Secrétaire général des Nations unies.

« Il est indispensable de créer les conditions nécessaires au lancement effectif du mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu convenu à Doha, qui doit être établi sur la base du mécanisme de vérification ad hoc renforcé. Un rôle important est attribué à la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) au sein de ce mécanisme », a rappelé Anna Evstigneeva 

Cette situation intervient alors que, malgré l’existence de l’Accord de Washington et la tenue successive de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Des tensions persistent également entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’Accord de Washington, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, une année après sa signature au niveau ministériel.

Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.

Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage incertaine.

Clément MUAMBA