Est de la RDC : l’ONU documente près de 2 000 violations des droits humains et 260 victimes de violences sexuelles liées au conflit en six mois, l’AFC/M23 reste le principal auteur

Inhumation des victimes des affrontements entre FARDC et M23 à Goma
Inhumation des victimes des affrontements entre FARDC et M23 à Goma

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a exprimé sa vive préoccupation face à la dégradation persistante de la situation des droits humains en République démocratique du Congo (RDC), particulièrement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

S’exprimant lundi 29 juin au nom du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, lors du dialogue interactif sur la situation des droits de l’homme en RDC, le directeur adjoint de la Division des opérations mondiales du HCDH, Abdoul Aziz Thioye, a souligné que le pays demeure confronté à de multiples crises.

« La situation en République démocratique du Congo est marquée par un enchevêtrement de défis politiques, communautaires et économiques, ainsi que par des tensions communautaires à caractère ethnique qui continuent d’alimenter l’instabilité dans certaines régions du pays. L’épidémie de la maladie à virus Ebola, qui s’est déclarée en mai, a exacerbé une situation déjà difficile dans l’Est du pays, où les civils continuent de subir de plein fouet les conséquences de ce conflit effroyable », a-t-il déclaré.

Le Haut-Commissariat indique qu’entre le 1er janvier et le 15 juin 2026, plus de 1 900 violations et atteintes aux droits humains ont été documentées dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

« Notre Bureau a recensé plus de 1 900 violations et atteintes aux droits humains dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, notamment des tueries, des violences sexuelles, des actes de torture, des arrestations et des détentions arbitraires. Le bilan réel est probablement bien plus lourd. Ces atteintes aux droits humains sont en grande partie imputables à l'Alliance Fleuve Congo (AFC)/Mouvement du 23 Mars (M23), soutenu par le Rwanda, ainsi qu'à d'autres groupes armés, des violations sont également attribuées aux Forces armées de la République démocratique du Congo et aux groupes Wazalendo qui les soutiennent », a affirmé Abdoul Aziz Thioye.

Le responsable onusien a également dénoncé la persistance des violences sexuelles liées au conflit. Au cours des six premiers mois de l’année, le HCDH a recensé au moins 260 femmes et filles victimes de violences sexuelles liées au conflit.

« Les violences sexuelles continuent d’être utilisées comme arme de guerre dans l’Est de la RDC. La plupart des parties au conflit commettent des violences sexuelles à grande échelle dans une impunité quasi totale. Au cours des six premiers mois de l’année, notre Bureau a recensé au moins 260 femmes et filles victimes de violences sexuelles liées au conflit. La crainte de la stigmatisation et des représailles, les difficultés liées à la sécurité ainsi que les contraintes financières continuent d’empêcher les victimes d’accéder à une assistance complète », a fait savoir ce haut responsable des Nations unies.

Cette détérioration de la situation des droits humains intervient alors que, malgré l’existence de l’Accord de Washington et la tenue successive de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Des tensions persistent également entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’Accord de Washington, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, plusieurs mois après sa signature au niveau ministériel.

Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.

Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions des accords selon sa propre lecture, rendant leur mise en œuvre davantage incertaine.

Clément MUAMBA