Didier Budimbu : « Gagner la CAN », le prochain défi des Léopards

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Les Léopards

Rencontré à Atlanta après l'élimination des Léopards face à l'Angleterre, le ministre des Sports de la RDC, Didier Budimbu, dresse le bilan d'un parcours historique, 52 ans après la dernière participation congolaise à une Coupe du monde.

Cinquante-deux ans après leur unique participation à une Coupe du monde, les Léopards de la RDC ont refermé à Atlanta le chapitre d'une aventure historique. Battus par l'Angleterre après avoir tenu tête aux Three Lions, les hommes de Sébastien Desabre quittent le Mondial 2026 la tête haute, au terme d'un parcours marqué par une victoire, un nul, deux défaites et des buts inscrits face à des cadors comme le Portugal. Une élimination vécue dans des circonstances particulières : le sélectionneur venait de perdre son père, quelques heures seulement avant la rencontre.

Rencontré à Atlanta juste quelques heures après l'élimination, le ministre des Sports, Didier Budimbu, dresse pour ACTUALITE.CD le bilan de cette campagne, évoque l'avenir de Desabre, les investissements dans les infrastructures, la polémique sur la billetterie de la diaspora et l'ambition affichée pour la prochaine CAN. Entretien.

ACTUALITE.CD : Quel bilan tirez-vous à chaud de ce parcours des Léopards, 52 ans après Allemagne 74 ?

Un bilan très positif. Une victoire, un nul, deux défaites, et cinq buts marqués, dont un au premier match, trois au troisième. Ce n'est pas facile, il faut le faire. Et contre quelles équipes ? Le Portugal, l'Angleterre, et face à la Colombie, nous n'avons encaissé qu'un seul but. Le reste, c'est le chemin de Dieu. On s'assume, on continue, on marche la tête haute. Avec des joueurs comme Cédric Bakambu, Chancel Mbemba, Wissa, notre grand gardien Mpasi, ça promet pour le futur. Certes on a perdu, mais on n'a pas démérité, et je pense que les Anglais garderont un certain souvenir de ce match. Comme l'a dit un artiste congolais, on a déjà le code d'accès. Bientôt, nous allons commencer à battre les grandes nations du football.

Beaucoup jugent cette élimination honorable au vu de l'adversaire. Partagez-vous ce sentiment ?

Je le partage. Les Anglais eux-mêmes l'ont dit : ils ont eu chaud, ils ont eu peur, et nous devons être fiers de nous. L'expérience a un peu joué. Mais il y a eu aussi un événement malheureux : le coach venait de perdre son père juste avant le match. Les joueurs ne devaient pas le savoir, nous, nous le savions, et il fallait contenir pour qu'il n'y ait pas trop d'émotions. Dans tous les cas, même si on a perdu, je suis fier d'être Congolais. 

Y a-t-il eu un tournant dans ce match ?

Quand ils ont marqué contre nous. Là, je me suis dit : ça devient compliqué. Mais je ne vais pas trop commenter le plan technique, ce n'est pas mon rôle. Il y a la FECOFA, il y a le coach. Mon rôle, c'est d'accompagner, d'encadrer, pour qu'il ne manque ni moyens ni rien. Et heureusement que nous avons un président de la République, qui a permis que les primes soient payées, même un jour férié. Nous sortons de ce Mondial avec zéro dette envers nos joueurs et envers l'équipe. »

Sébastien Desabre a dirigé ce match en plein deuil. Quel message cela envoie-t-il, et l'État prévoit-il un accompagnement ?

Nous lui avons présenté nos condoléances. L'accompagnement sera là, d'office, parce qu'il travaille pour nous et avec nous. Ce qu'il a montré, c'est qu'il est Congolais dans l'âme. Et c'est comme ça qu'on arrive à des résultats avec lui. 

Son contrat arrive-t-il à un tournant ? Le gouvernement souhaite-t-il le prolonger ?

À ce que je sache, son contrat n'est pas à terme. Il avait des assignations : nous qualifier pour la CAN, nous qualifier pour le Mondial. Il a fait ce qui lui était assigné. Pour la suite, on verra. 

Plusieurs jeunes se sont révélés durant la compétition. Comment comptez-vous accompagner leur progression ?

Comme on vient de le faire. Ils auront l'assistance du gouvernement et l'accompagnement technique de la FECOFA. Le comité exécutif en place est un bon comité, avec M. Véron Mosengo-Omba qui a beaucoup d'expérience, Amadou Diaby et toute cette équipe. Nous, gouvernement, allons reprendre notre place pour accompagner. Je suis ministre des Sports, pas ministre du foot, je dois aussi m'occuper des autres disciplines. 

Comment retenir ces talents dans le giron de la sélection sur le long terme ?

Le premier plan, c'est qu'ils sont financièrement, administrativement et moralement soutenus par le pays. Ils sont tous fiers d'être Congolais, fiers de jouer pour l'équipe nationale. Ils n'ont rien à envier à ceux qui jouent pour l'équipe de France, rien du tout, en termes de finances ou quoi que ce soit. »

Ce succès s'accompagnera-t-il d'investissements dans les infrastructures ?

Tout à fait. Les travaux de l'aire de jeux du stade des Martyrs sont quasi finis. Nous finalisons la réparation du siège endommagé lors du match contre le Sénégal, et les travaux de la clôture commencent. Nous allons réhabiliter des gymnases, et l'aréna, dont les travaux s'achèvent bientôt, sera inaugurée et passera sous notre gestion. Il y a énormément de choses en termes d'infrastructures. On ne va pas tout raconter maintenant, les gens verront. »

Quel est l'état du budget alloué au sport congolais ?

Il faut parler du sport congolais dans son ensemble. Le budget n'était pas énorme, mais nous avons obtenu un rajout d'au moins 69 millions de dollars via le budget rectificatif du gouvernement. Cela va nous permettre de tenir. Ce n'est pas évident : il y a cette guerre qui nous est imposée par des gens qui n'aiment pas les Congolais, et qui coûte énormément cher au pays. 

Financièrement, que rapporte ce Mondial au football congolais ?

La fédération va empocher entre 10 et 12 millions de dollars. Elle a un plan ambitieux : investir dans la rénovation des infrastructures. Mais ça, c'est l'affaire de la fédération, pas du gouvernement. Nous, nous viendrons encore en appui pour leur donner les moyens de le réaliser. 

Ce Mondial peut-il servir de tremplin pour organiser une compétition internationale en RDC ?

Les ambitions sont là. Nous avons voulu organiser la CAN avec le Congo-Brazzaville, à deux, comme d'autres nations le font. Nos deux chefs d'État étaient d'accord sur ce projet. Mais il y a eu leurs élections, et chez nous, cette guerre. Le projet tient toujours, la dernière réunion avec mon homologue congolais s'est très bien passée, nous avons la même vision. Il y a toujours moyen de reprendre. 

Le collectif des présidents des communautés congolaises des États-Unis s'est désolidarisé de l'équipe technique chargée de la billetterie, invoquant un manque de transparence. Que répondez-vous ?

C'est dommage que des Congolais de l'extérieur entrent dans ces bassesses. Ce n'était pas au gouvernement de gérer les communautés locales : nous nous en sommes remis aux présidents de ces communautés. Le comité technique qu'ils dénoncent, c'est leur comité, pas le nôtre, il comptait certains présidents de communautés. C'est à eux que le travail a été confié, en toute transparence, et nous n'avons pas eu de retour négatif sur ce comité. En revanche, nous avons eu des retours négatifs sur certains présidents à qui des billets ont été remis et qui se sont mis à les vendre. Il faut aussi comprendre les contraintes : hier, il y avait un bug au niveau de la FIFA. Nous avons eu les billets vers 13 heures, transmis au comité vers 17-18 heures, et ils ont fini dans la nuit. Au final, 80 à 90 % des billets ont été pris, y compris par ces mêmes présidents qui rejettent le comité. Et c'est prouvé, traçable. »

La FIFA n'avait-elle pas mis des billets gratuits à disposition ?

La FIFA n'a pas mis de billets gratuits, en tout cas pas à ma connaissance. La FIFA a fait des facilités là où on devait acheter. »

Quel est le prochain objectif pour les Léopards ?

Raffermir l'équipe. Et gagner la CAN. Et j’annonce ici que le Président Tshisekedi va décorer nos Léopards vers le mois de septembre pour ce qu’ils ont eu à accomplir.

Interview réalisée dépuis Atlanta par Stanis Bujakera Tshiamala