RDC: HRMI relève des défis persistants et des marges de progrès dans la protection des droits humains

Manifestation de l'opposition dispersée par la police
Manifestation de l'opposition dispersée par la police

L'Initiative pour la mesure des droits humains (HRMI), une organisation non gouvernementale indépendante, a publié de nouvelles données mettant en évidence d'importantes insuffisances dans la protection des droits économiques, sociaux, civils et politiques en République démocratique du Congo. Selon l'organisation, ces données montrent que de nombreuses personnes vivent en RDC sans accès aux besoins essentiels et sont privées, au quotidien, de plusieurs libertés civiles.

D'après un communiqué de l'organisation ce mercredi 1er juillet 2026, si le conflit en cours et la crise humanitaire sont à l'origine de graves difficultés à travers le pays, les nouvelles données de l'indice HRMI indiquent que le gouvernement pourrait faire davantage pour améliorer les conditions de vie de la population.

« Les mesures de la qualité de vie de HRMI sur les droits à l'alimentation, à la santé, au logement et au travail montrent des disparités importantes entre les différentes catégories. Les quatre indicateurs se situent dans la catégorie "très mauvais". Le score de la RDC pour le droit au travail, qui n'est que de 10,3 %, est particulièrement préoccupant. Parmi les 156 pays de notre échantillon, la RDC occupe la dernière place mondiale selon cet indicateur », explique HRMI.

Le rapport relève toutefois quelques performances positives. La RDC obtient notamment un score de 100% pour le droit à la santé reproductive, calculé à partir des données sur le poids des nouveau-nés à la naissance. Selon HRMI, ce résultat montre que le pays atteint, dans ce domaine, le niveau de performance attendu au regard de ses ressources disponibles.

En revanche, le score de 3,0 sur 10 obtenu pour le respect des droits à l'intégrité physique indique qu'un grand nombre de personnes restent exposées aux arrestations arbitraires, à la torture et aux mauvais traitements, aux disparitions forcées ainsi qu'aux exécutions extrajudiciaires. Tous ces indicateurs sont classés dans la catégorie « très mauvais », à l'exception de celui relatif à la peine de mort.

« Le score le plus faible de la RDC en matière de droits à l'intégrité physique est celui concernant le droit de ne pas être soumis à la torture et aux mauvais traitements, avec 2,2 sur 10. Les experts des droits humains ayant participé à la recherche de HRMI ont identifié comme groupes les plus exposés les défenseurs des droits humains, les journalistes, les détenus et personnes accusées de crimes, les personnes soupçonnées de terrorisme ainsi que celles qui manifestent ou participent à des activités politiques non violentes », précise le rapport.

Le score de 4,7 sur 10 obtenu par la RDC pour le respect des droits d'autonomisation laisse également apparaître d'importantes restrictions des libertés civiles et politiques, notamment la liberté d'expression, de réunion et d'association, les droits démocratiques ainsi que la liberté de religion et de croyance. Les scores les plus faibles concernent la liberté d'opinion et d'expression (4,1), la liberté de réunion et d'association (4,9) ainsi que la participation à la vie politique (5,2), tous classés dans la catégorie « mauvais ».

« Les droits que nous évaluons sont absolument fondamentaux pour une société saine. Les dirigeants de la République démocratique du Congo sont confrontés à de nombreux défis, mais ils peuvent mettre à profit les talents et les ressources de leur population pour bâtir une société prospère, notamment en respectant les droits humains. Nos scores démontrent que le pays dispose déjà des ressources nécessaires pour améliorer considérablement les conditions de vie de sa population, si les dirigeants choisissent de les utiliser », a déclaré Thalia Kehoe Rowden, co-directrice exécutive de HRMI.

Les experts ayant contribué à l'étude identifient également les défenseurs des droits humains, les journalistes, les personnes participant à des manifestations ou à des activités politiques non violentes, les personnes soupçonnées de terrorisme, les détenus, les personnes poursuivies en justice ainsi que les déplacés internes parmi les groupes les plus exposés aux violations de leurs libertés civiles.

HRMI est une organisation indépendante à but non lucratif engagée dans la promotion des droits humains à l'échelle mondiale. Depuis 2017, elle affirme utiliser des méthodologies évaluées par les pairs afin de produire des données sur les droits humains, utilisées par de nombreuses organisations et institutions à travers le monde.

La publication de ce rapport intervient dans un contexte sécuritaire et politique particulièrement tendu en RDC. Aux niveaux national et international, plusieurs organisations dénoncent une recrudescence des violations des droits humains ainsi qu'une augmentation des violences sexuelles, principalement dans l'est du pays, où persistent les affrontements impliquant des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda. 

Clément MUAMBA