La rébellion de l’AFC/M23, qui bénéficie de l’appui du Rwanda, poursuit son contrôle de vastes portions des territoires des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en dépit des initiatives diplomatiques en cours, notamment les processus de Washington et de Doha, soutenus par l’Union africaine pour favoriser la résolution de la crise sécuritaire et humanitaire et le retour de la paix dans l’est de la RDC.
Abordant les objectifs stratégiques du mouvement, les membres du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, dont le mandat a été prorogé en application de la résolution 2825 (2026) du Conseil de sécurité, affirment que l’AFC/M23 poursuit des visées expansionnistes, renforce ses structures de gouvernance et consolide son emprise territoriale.
Dans leur rapport remis au Conseil de sécurité, les experts révèlent que le mouvement conserve toujours comme objectif ultime le renversement du gouvernement congolais, tout en envisageant, à titre d’alternative, l’établissement d’une région autonome dans l’est de la RDC.
« L’AFC/M23 a conservé des visées à la fois politiques, économiques et militaires, notamment l’expansion et la consolidation territoriales, l’enracinement de structures de gouvernance parallèles et la recherche d’une reconnaissance officielle par la voie de négociations. Le mouvement gardait pour objectif ultime le renversement du gouvernement congolais, tout en envisageant, à titre d’alternative, l’établissement d’une région autonome dans l’est de la RDC. Ces objectifs étaient enseignés lors de séances d’endoctrinement, comme l’ont confirmé d’anciennes recrues », renseigne le rapport du Groupe d’experts, parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD le mercredi 1er juillet 2026.
Selon ce même document, « République fédérale du Congo » est le nom envisagé par la rébellion de l’AFC/M23 en cas d’autonomie des zones de l’est de la RDC placées sous son contrôle. Au-delà de cette ambition politique, le mouvement entend également devenir l’unique force de défense de cette région en cas de mise en place d’un État fédéral.
« Les dirigeants de l’AFC/M23 ont continué d’appeler de leurs vœux la création d’une "République fédérale du Congo" et sont revenus sur une précédente demande tendant à ce que les combattants du groupe soient intégrés dans les FARDC, proposant plutôt que l’AFC/M23 construise et dirige les nouvelles forces armées de l’État fédéral. L’argument de la protection des Tutsi, des Banyamulenge et des Hema contre le nettoyage ethnique et le génocide a été utilisé de manière croissante dans les déclarations publiques visant à justifier l’intervention militaire et les exigences de l’AFC/M23 », ajoute le rapport du Groupe d’experts de l’ONU.
Malgré l’adoption de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies, qui ordonne le retrait des forces rwandaises et la cessation de tout soutien du Rwanda à l’AFC/M23, les experts constatent que les zones d’influence du mouvement se sont étendues par rapport à la période précédant l’adoption de cette résolution.
« L’AFC/M23 a continué de privilégier l’expansion militaire, intensifiant ses opérations dans le but de prendre Walikale, Kisangani, Kalemie et Beni. Depuis le lancement du processus de Doha, en mars 2025, la superficie des territoires occupés par le groupe a augmenté de plus de 35%, en violation de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité », déplorent-ils dans leur rapport transmis au Conseil de sécurité des Nations unies
Ce nouveau rapport du groupe d'experts de l'ONU intervient alors que, malgré l’existence de l’Accord de Washington et la tenue successive de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Des tensions persistent également entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’Accord de Washington, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, une année après sa signature au niveau ministériel.
Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.
Clément MUAMBA