À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, l’artiste plasticien Rodrigo Gukwikila présente “Rayon Z”, une exposition organisée du 30 juin au 15 juillet au JRK Garden, à Kinshasa. À travers cette exposition, l’artiste invite le public à réfléchir aux notions de réparation, la résilience et de la permanence de la vie face aux bouleversements du monde.
Bien plus qu’une simple commémoration, “Rayon Z” se veut une expérience immersive qui questionne la mémoire, l'identité et la transmission. En faisant dialoguer ses œuvres avec l’environnement naturel du jardin, Rodrigo Gukwila propose une lecture sensible et contemporaine de l’histoire congolaise.
Loin d’illustrer les événements historiques du 30 juin 1960, l’artiste s’intéresse à leurs résonances humaines et symboliques. Pour lui, la fragilité n’est pas une marque de faiblesse, mais une force capable de nourrir la résistance, de préserver la dignité et de faire émerger la lumière.
À travers cette exposition, Rodrigo Gukwikila met ainsi en avant la capacité des individus et des communautés à se reconstruire malgré les ruptures, les crises et les incertitudes de leur époque. Sa démarche inscrit l’indépendance dans une perspective plus large, où celle-ci apparaît non seulement comme un acquis historique, mais aussi comme un processus permanent de reconstruction, de transmission et de construction collective.
Le “Rayon Z”, une métaphore de la circulation de la vie
Au cœur de l’exposition se trouve le concept de « Rayon Z », développé par Rodrigo Gukwikila. Selon Mugisho Bashomba, critique d’art et commissaire de l’exposition, cette notion constitue le fil conducteur de la démarche artistique de l’auteur.
« Le travail de Rodrigo Gukwikila repose sur l’idée que chaque mouvement humain dans l’espace est un reflet de la vie. Il introduit ici le concept de Rayon Z, c’est-à-dire ce dernier éclat de lumière qui touche, maintient et relie les êtres », explique-t-il.
Cette lumière symbolique, poursuit-il, traverse le temps et les frontières, portant avec elle la mémoire collective congolaise tout en s’ouvrant à une dimension universelle. À travers ce concept, Rodrigo Gukwikila donne à voir ce que le curateur appelle la « rotation de l’être » : un mouvement continu de la vie, des échanges et des énergies qui relient les individus au-delà des appartenances. Son œuvre dépasse ainsi les seules questions identitaires pour explorer un héritage humain partagé.
Cette réflexion se traduit également dans le choix du papier noir comme principal support de création. Loin d’évoquer l’obscurité, ce fond devient, sous le regard de l’artiste, un espace où la lumière prend naissance. Chaque trait, chaque couleur et chaque composition cherche à faire émerger une histoire, une émotion ou une mémoire, transformant le noir en un lieu de révélation plutôt qu’en un symbole d’effacement.
Présentée au JRK Garden, l’exposition s’affranchit volontairement des codes des galeries traditionnelles. Les œuvres investissent un jardin-resto où elles dialoguent avec la végétation, la lumière naturelle et les visiteurs, dans un environnement propice à la rencontre et au partage.
Pour Mugisho Bashomba, cette scénographie permet de faire sortir l’art de sa « zone de confort » afin de l’ancrer dans un espace de vie. Le déplacement des œuvres dans cet environnement est ainsi comparé au vol des oiseaux, libres de circuler avant de croiser le regard du public. Une démarche qui traduit la volonté de Rodrigo Gukwikila de faire de l’art une expérience vivante, accessible et pleinement intégrée au quotidien.

Un parcours marqué par l’expérimentation
Né à Kinshasa, où il vit et travaille, Rodrigo Gukwikila est diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, avec une licence en peinture. Son travail repose sur une conviction : le dessin comme un acte fondateur qui participe à la transformation de l’homme et de son environnement.
Peintre et dessinateur, il développe une pratique nourrie par la collecte d’images, de fragments urbains, de tissus assemblés et cousus, ainsi que de textes qu’il superpose dans des œuvres aux multiples niveaux de lecture.
Le motif de la flèche, omniprésent dans son univers plastique, symbolise la direction, la détermination et la capacité des individus à avancer collectivement vers un objectif commun.
Au-delà de sa production personnelle, l’artiste mène une réflexion sur la diffusion des œuvres auprès de nouveaux publics. À travers BILANGA Mobile, une structure d’exposition itinérante qu’il a créée, il développe des installations, performances et dispositifs collaboratifs destinés à faire circuler l’art en dehors des galeries et des lieux d’exposition classiques.
Au fil des années, Rodrigo Gukwikila a participé à plusieurs événements artistiques en République démocratique du Congo et à l’international. Il a notamment remporté le premier Prix CFAO Jeunes Talents, organisé à Texaf Bilembo, avant de figurer parmi les dix lauréats du Prix Daniel Lipszyc, à Ibiza, en Espagne.
Son parcours comprend également une résidence artistique à Libreville, au Gabon, dans le cadre du programme Duvangu, ainsi que des participations à la Biennale Yango de Kinshasa et à la Biennale de Lubumbashi. Il est aussi à l’origine de projets tels que Tambwisa Mur et Mbuma ya Kimpwanza, cette dernière ayant fait l’objet d’une exposition personnelle à Kintambo en 2023.
Plus récemment, son œuvre L’Explorateur du soleil a été présentée lors de la conférence de presse organisée au Musée national de la RDC à l’occasion du lancement officiel de la participation congolaise à la Biennale de Venise 2026, dans le cadre du pavillon national soutenu par la Fondation Damso.
James Mutuba