Le Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa a accueilli, samedi 27 juin, la cérémonie de clôture du projet PAMOJA (Programme Associé de Mobilisation pour des Organisations locales et une Jeunesse Actives en RDC), une initiative financée par l’Union européenne et mise en œuvre notamment par Planète Radio/RFI, ACTED et leurs partenaires congolais.
L’événement a réuni partenaires, professionnels des médias, acteurs culturels et membres de la société civile. Il était notamment question autour de faire le bilan de quatre années consacrées au renforcement du journalisme participatif dans l’Est de la République démocratique du Congo.
La cérémonie, ouverte au public, a été ponctuée par la projection d’un documentaire inédit, la présentation d’une étude analytique sur les productions audiovisuelles du projet, une performance de slam, une création théâtrale et un moment de partage gastronomique franco-congolais.
À l’occasion de cette clôture, Max Ball, directeur de Planète Radio, l’antenne de coopération de Radio France Internationale (RFI), est revenu sur les principales réalisations de PAMOJA, qu’il a contribué à piloter.
Selon lui, ce projet, né il y a quatre ans, avait pour ambition de créer un réseau de producteurs de contenus audiovisuels implantés au plus près des communautés locales.
« PAMOJA est un projet qui a démarré il y a quatre ans, un projet de création d’un réseau de contributeurs audiovisuels, à la fois pour le film, la radio et les débats publics », a-t-il expliqué.
Le programme s’est déployé dans six provinces de l’Est de la RDC, en l'occurrence l'Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema, le Tanganyika et la Tshopo.
Au-delà de la couverture géographique, le projet a permis de renforcer durablement les capacités des acteurs locaux. Douze radios communautaires, six urbaines et six rurales, ont bénéficié de formations et d’équipements. Douze organisations de la société civile ont également été formées et dotées de smartphones afin de produire elles-mêmes des contenus d’information.
Pour Max Ball, cette approche permet de confier la narration des réalités locales à ceux qui les vivent quotidiennement.
« Ce sont des gens du village qui font des reportages sur leur bilan. Ils traitent l’actualité de façon totalement autonome », explique-t-il.
Le responsable de Planète Radio souligne également la dimension environnementale du dispositif. « C’est totalement zéro carbone », affirme-t-il, faisant référence à une production locale des contenus, sans déploiement massif d’équipes extérieures.
Au total, près de 750 films ont été réalisés au cours des trois dernières années par les contributeurs du réseau PAMOJA.
« Petites histoires du Congo profond », un regard congolais sur l’Est
L’un des temps forts de la soirée a été la projection en avant-première du documentaire « PAMOJA – Petites histoires du Congo profond », réalisé par le cinéaste congolais Dieudonné Hamadi.
Reconnu sur la scène internationale et membre du jury du Festival de Cannes, le réalisateur a construit ce film à partir des meilleures productions issues du réseau PAMOJA.
« Ce documentaire est un vrai miroir de ce qui se passe sur le terrain, vu par des Congolais, pas par des journalistes de RFI ni d’autres médias internationaux, mais par des gens qui habitent sur place », a-t-il expliqué.
Le documentaire met en lumière les réalités de l’Est de la RDC dans un contexte marqué par les défis sécuritaires persistants, auxquels s’ajoutent désormais des préoccupations sanitaires.
L’objectif, explique Max Ball, est de promouvoir une nouvelle forme de journalisme participatif, capable d’apporter un éclairage différent sur les réalités locales.
Une pièce de théâtre autour des contradictions du numérique
La soirée s’est poursuivie avec la première représentation de "De peur et d’espérance", une création mise en scène par Valentin Mitendo.
Pour le directeur de Planète Radio, cette œuvre prolonge les réflexions portées par le documentaire. La pièce prend comme point de départ un objet désormais omniprésent : le smartphone.
« Il a une capacité ultime : rapprocher les gens et les éloigner en même temps », explique-t-il.
À travers cette métaphore, la création interroge les contrastes qui traversent aujourd’hui la société congolaise : richesse et pauvreté, peur et espérance, isolement et solidarité.
L’histoire est construite autour d’un village situé à l’ouest de Goma, offrant une réflexion sur la vie en milieu rural et sur les transformations provoquées par les technologies numériques.
La cérémonie s’est achevée autour d’une dégustation de spécialités revisitées par un chef français dans le cadre d’un échange culinaire franco-congolais.
Pour Max Ball, cette séquence n’avait rien d’anecdotique.
« Qu’est-ce qui relie les peuples ? Il y a deux choses : l’art et la cuisine. Quand on fait de la coopération, on devrait partager beaucoup plus de choses que de l’aide. Je partage du théâtre, du cinéma et de la nourriture, notamment ces plats congolais revisités par un chef français », a-t-il déclaré.
Au moment de dresser le bilan du projet, le responsable de Planète Radio a tenu à saluer le travail des journalistes citoyens et des contributeurs locaux ayant participé à PAMOJA malgré un contexte particulièrement difficile.
« Je suis très fier du travail qu’ont réalisé mes amis congolais à l’Est. Dans le contexte actuel, arriver à faire plus de 700 films à Goma, Bukavu ou Bunia est remarquable. Je leur lève mon chapeau. C’est eux qui ont fait le boulot, ce n’est pas nous », dit-il.
Ces propos mettent en avant la philosophie même de PAMOJA qui est de donner aux communautés les moyens de raconter par elles-mêmes leur réalité et de produire une information de proximité.
En quatre ans, PAMOJA aura contribué à structurer un réseau de producteurs de contenus locaux, renforcé les capacités de radios communautaires et d’organisations de la société civile, tout en favorisant l’émergence d’un récit construit par les populations elles-mêmes.
James Mutuba