Le programme BOFULUKI, dédié à l’accompagnement et à la croissance des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) de Kinshasa, a été officiellement lancé ce vendredi 14 août 2026 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Mis en œuvre par Silikin Village, avec l’appui de l’Agence belge de coopération internationale (Enabel), le programme entend aider les entrepreneurs à passer d’une logique de survie à une croissance structurée, durable et mesurable.

Pour cette première cohorte, 30 MPME ont été retenues parmi plus de 250 candidatures reçues. Les entreprises sélectionnées, dirigées par des entrepreneurs âgés de 18 à 45 ans, exercent leurs activités à Kinshasa depuis au moins un an et évoluent dans quatre secteurs considérés comme stratégiques : l’agro-transformation, l’économie verte, la logistique et la transformation du bois.
Le nom BOFULUKI, dérivé du verbe en lingala kofuluka, renvoie à l’idée d’abondance, de croissance et de prospérité. Une ambition qui résume la philosophie du programme : donner aux entreprises les moyens de franchir un nouveau cap dans leur développement.
À travers cette première cohorte, Silikin Village et Enabel ambitionnent de démontrer qu’un accompagnement adapté peut permettre aux MPME congolaises à fort potentiel de franchir un cap, de créer davantage d’emplois et de contribuer au développement de chaînes de valeur locales.
Investir plutôt que simplement subventionner
Pour Danny Denolf, Directeur pays d’Enabel en RDC, BOFULUKI doit avant tout être perçu comme un dispositif d’accompagnement orienté vers l’investissement et la viabilité économique des projets. Le responsable d’Enabel insiste ainsi sur la nécessité pour les entrepreneurs de démontrer la solidité de leur modèle économique et leur capacité à investir dans leur propre projet.
« C’est un projet d’accompagnement pour vous, les entrepreneurs. Ce qu’on va demander aux acteurs du secteur privé, c’est de nous faire des propositions qui sont bancables, qui tiennent la route, qui sont payantes. Et ça veut dire qu’eux-mêmes doivent investir dans le projet. Ce n’est pas nous qui allons investir dans le projet. Vous allez investir, vous allez démontrer que vous avez un projet, un bon business. Nous, on vient en parallèle et on marche. On va cofinancer. On va apporter aussi des fonds, si vous voulez » a-t-il expliqué lors de son intervention
Au-delà de la performance individuelle des entreprises, Enabel souhaite que les projets accompagnés produisent un impact économique et social plus large, notamment à travers la création d’emplois et la formalisation des chaînes de valeur. Danny Denolf défend également une évolution de l’approche classique de la coopération au développement, en faveur de mécanismes capables de produire des activités économiquement pérennes.
« On souhaite que tous ces projets qui se construisent aient une valeur ajoutée en termes de développement socio-économique : création d’emplois, formalisation de cette chaîne de valeur, etc. Il faut sortir un peu de ce paradigme que la coopération au développement n’est là uniquement que pour subventionner des choses qui, finalement, ne sont pas pérennes. Il faut être honnête » a-t-il fait savoir
Construire un écosystème entrepreneurial
Pour Jean-Philippe Waterschoot, CEO du Groupe Texaf, l’enjeu de Silikin Village est de créer un environnement dans lequel les entrepreneurs peuvent non seulement être accompagnés, mais aussi développer des relations d’affaires et des synergies. Il souligne notamment l’importance de l’écosystème créé autour des entrepreneurs.
« Le rôle de Silikin Village, c’est d’encadrer justement les jeunes entrepreneurs actifs au Congo, de les aider à croître et à se développer dans un environnement qui n’est pas toujours facile. L’idée, c’est de créer un écosystème dans lequel chacun des acteurs utilisera cet écosystème pour trouver des clients, pour trouver des fournisseurs, pour trouver des prestataires de services » a-t-il déclaré
Selon lui, le partenariat avec Enabel permet de renforcer cette dynamique et d’élargir l’accès à des programmes structurés d’accompagnement. Jean-Philippe Waterschoot espère par ailleurs que BOFULUKI pourra ouvrir la voie à d’autres initiatives similaires, compte tenu de l’ampleur des besoins de l’écosystème entrepreneurial congolais.
« Nous avons besoin de partenaires privés, nous avons besoin de partenaires institutionnels, et Enabel est un partenaire de premier plan dans ce domaine. J’espère véritablement que Bofuluki ouvrira la porte à de nombreux autres programmes, parce que c’est un programme sur 18 mois qui encadrera 80 entrepreneurs. Il est clair que les besoins au niveau du Congo sont immenses et donc, on espère pouvoir faire de très, très nombreux autres Bofuluki » a-t-il espéré
L’APROCM salue une initiative en faveur des classes moyennes
Présente à la cérémonie de lancement, Belinda Luntadila Nzuzi Kisolokele, Directrice générale adjointe de l’Agence pour la Promotion des Classes Moyennes Congolaises (APROCM), a salué une initiative qui s’inscrit, selon elle, dans les efforts de développement de l’entrepreneuriat national. Elle a également rappelé le rôle de l’APROCM dans l’écosystème entrepreneurial congolais et son partenariat avec Silikin Village.
Pour l’APROCM, l’accompagnement des entrepreneurs constitue un levier important pour favoriser la création d’emplois et le développement des classes moyennes.
« Comme le dit la dénomination de notre agence, nous sommes un établissement public qui accompagne les jeunes entrepreneurs, justement dans leurs activités, pour la promotion des classes moyennes. Nous sommes dans l’écosystème de l’entrepreneuriat, comme d’ailleurs le fait Silikin Village, que nous encourageons également dans ses activités où, vous le savez, nous sommes déjà partenaires. Notre agence, qui est un établissement public, n’hésite pas à accompagner ces jeunes entrepreneurs. Nous ne sommes pas directement dans l’accompagnement financier. Nous accompagnons indirectement, on peut le dire, financièrement, pour orienter les entrepreneurs » a-t-elle expliqué
Des entrepreneurs qui veulent changer d’échelle
Du côté des bénéficiaires, la sélection parmi plus de 250 candidatures est vécue à la fois comme une opportunité et comme une responsabilité. Fondateur et administrateur de L’Agri-Transport, une entreprise spécialisée dans le transport de produits agricoles des zones rurales vers les grands centres de consommation, l’un des bénéficiaires de la première cohorte voit dans BOFULUKI une occasion de structurer son expansion.
« C’est un programme, déjà par son nom, Bofuluki, qui veut dire croissance ou prospérité. Par rapport à notre structure, nous avons besoin de cette croissance-là, de ce développement-là, vers d’autres filiales que nous aimerions ouvrir, notamment l’agro-transformation » a-t-il fait savoir
Son ambition est notamment de développer une filière de transformation de produits agricoles. Pour lui, cette sélection représente également un engagement vis-à-vis des nombreux entrepreneurs qui ont participé au processus.
« L’objectif principal est d’ouvrir une filière agroalimentaire de transformation du manioc, du riz, du maïs, d’ici la fin du programme. C’est une grande joie, mais aussi une responsabilité. Je pense bien que, dans les 250 projets qui ont candidaté, il y a de très bons projets aussi. Et pour moi, c’est une responsabilité de donner le meilleur de moi-même afin que le résultat soit à la hauteur », a fait savoir ce bénéficiaire
Transformer les produits du terroir et conquérir de nouveaux marchés
Autre bénéficiaire de la première cohorte, une ingénieure agronome, titulaire d’un master en agroalimentaire et biotechnologie et CEO de Matunda Agroéthique du Sud-Uni, une entreprise spécialisée dans la transformation et la promotion des produits du terroir congolais. Son entreprise transforme notamment des fruits locaux en jus naturels.
Pour elle, BOFULUKI représente une opportunité de renforcer son entreprise grâce au réseautage, à l’accès à de nouveaux partenaires et à la recherche d’investisseurs.
« Je suis passionnée parce que c’est un programme qui est porté par Silikin Village, ce qui montre le sérieux du programme. J’aimerais faire du réseautage, rencontrer de nouveaux partenaires, des investisseurs, rencontrer d’autres projets » a-t-elle déclaré
La sélection a également renforcé sa conviction quant au potentiel de son entreprise. Ses objectifs sont clairement définis : augmenter son chiffre d’affaires, élargir son équipe, développer son réseau et accroître sa production.
« Savoir que j’ai été retenue m’a fait vraiment plaisir parce que le processus était plutôt rude. Et si nous sommes arrivés jusqu’à ce jour, c’est-à-dire que notre projet a du potentiel et nous allons donner tout le meilleur de nous-mêmes. Accroître mon chiffre d’affaires, rencontrer de nouveaux partenaires, avoir une équipe plus grande et lancer la production de fruits » a-t-elle ajouté
Une première cohorte appelée à produire des résultats
Avec ses 30 entreprises sélectionnées, BOFULUKI entend désormais passer de la sélection à l’action. Les bénéficiaires bénéficieront notamment d’un accompagnement personnalisé, de mentorat, de formations, de mise en réseau avec des coachs, des partenaires et des investisseurs, ainsi que d’un appui à la structuration financière et organisationnelle de leurs entreprises.
À travers cette première cohorte, Silikin Village et Enabel ambitionnent de démontrer qu’un accompagnement adapté peut permettre aux MPME congolaises à fort potentiel de franchir un cap, de créer davantage d’emplois et de contribuer au développement de chaînes de valeur locales.
Pour les entrepreneurs retenus, le défi est désormais de transformer cette opportunité en résultats concrets : croissance du chiffre d’affaires, création d’emplois, diversification des activités, accès à de nouveaux marchés et renforcement durable de leurs entreprises. BOFULUKI porte ainsi une promesse simple, contenue dans son nom : faire grandir les entreprises congolaises pour qu’elles deviennent des moteurs de prospérité.
Clément MUAMBA