Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo lors de sa rencontre au Caire avec son homologue congolais Félix Tshisekedi, en visite officielle du mardi 9 au jeudi 11 juin 2026, rapporte la présidence égyptienne. Ce soutien égyptien intervient dans un contexte où la RDC fait face à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 dans sa partie orientale.
Dans une déclaration prononcée devant la presse et les délégations des deux pays, mercredi 10 juin 2026, à l’issue de leurs entretiens bilatéraux, le chef de l’État égyptien a indiqué avoir longuement échangé avec le président congolais sur la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Il a également exprimé la solidarité de son pays face à la crise humanitaire qui frappe les provinces orientales de la République démocratique du Congo.
"Aujourd’hui, nous avons évoqué la situation dans l’est du Congo. J’ai réaffirmé la position ferme de l’Égypte, qui appelle au respect de l’unité et de l’intégrité territoriale du Congo, ainsi qu’à la souveraineté du peuple congolais frère sur ses terres. J’ai exprimé la solidarité de l’Égypte avec la République démocratique du Congo face à la crise humanitaire qui frappe actuellement l’est du pays, et notre volonté de fournir toute l’aide médicale, alimentaire et humanitaire nécessaire", a déclaré Abdel Fattah Al-Sisi dans des propos rapportés par la présidence égyptienne.
Le Caire entend poursuivre son appui aux initiatives de paix destinées à ramener la stabilité dans la région. Abdel Fattah Al-Sissi a insisté sur le rôle central des mécanismes africains de médiation dans la résolution durable de la crise.
"Nous avons réaffirmé notre engagement à continuer de soutenir les efforts visant à instaurer la paix, à rétablir la sécurité et la stabilité dans l'est du Congo, et à appuyer les efforts déployés par les médiateurs africains et internationaux pour encourager les parties concernées à s'engager sérieusement sur la voie d'un règlement pacifique, dans un esprit de responsabilité et de bonne foi. Nous avons également réaffirmé notre volonté de soutenir, dans un second temps, les mesures de confiance, la consolidation de la paix, le renforcement des capacités et les efforts de reconstruction et de développement par l'intermédiaire d'entreprises égyptiennes, en nous appuyant sur la vaste expérience dont dispose déjà l'Égypte dans ce domaine et sur son rôle moteur au sein de l'Union africaine. Nous avons souligné que la médiation africaine demeure essentielle à l'instauration d'une paix et d'une stabilité durables", a affirmé le Président Égyptien.
Et de poursuivre :
"Nous avons également affirmé notre volonté de fournir une assistance technique par le biais de programmes de renforcement des capacités et d'amélioration de l'efficacité, ainsi que par la mise en place et le développement d'institutions nationales, que l'Agence égyptienne pour le partenariat pour le développement peut organiser en coopération avec les ministères et agences égyptiens spécialisés, ainsi qu'avec le Centre de l'Union africaine pour la reconstruction et le développement post-conflit, dont le siège se trouve au Caire, de manière à contribuer à s'attaquer aux racines du conflit, à consolider le processus de règlement et de paix et à renforcer la sécurité et la stabilité".
Au-delà des questions sécuritaires, les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur partenariat stratégique et de développer davantage les relations économiques entre leurs pays. Les deux chefs d'État ont également assisté à la signature de plusieurs accords de coopération destinés à renforcer les relations bilatérales.
Selon Abdel Fattah Al-Sissi, Le Caire et Kinshasa entendent notamment accroître les échanges commerciaux, encourager les investissements et approfondir leur coopération dans plusieurs secteurs stratégiques.
Les discussions ont également porté sur le domaine des ressources en eau et de l'irrigation. Le président égyptien a annoncé la poursuite des partenariats hydrauliques entre les deux pays à travers la mise en œuvre de projets de gestion intégrée des ressources en eau et du mécanisme égyptien d'étude et de financement des projets dans les pays du bassin du Nil. L'Égypte a par ailleurs exprimé sa disponibilité à accompagner la RDC dans les domaines du renforcement des capacités, de la reconstruction post-conflit et du développement institutionnel.
"Nous avons réaffirmé notre volonté de soutenir les mesures de confiance, la consolidation de la paix, le renforcement des capacités ainsi que les efforts de reconstruction et de développement", a indiqué le président égyptien, souhaitant " stabilité et prospérité" au peuple congolais.
La réaction du Président Égyptien intervient dans un contexte où, en dépit de l’existence de l’Accord de Washington et des réunions d’évaluation qui se succèdent, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de se détériorer. Cette évolution intervient malgré la multiplication des initiatives diplomatiques censées contribuer à la résolution de la crise.
L’érosion de la confiance entre les parties ainsi que le manque de volonté politique de certains acteurs régionaux, qui freine la mise en œuvre effective des engagements pris, demeurent des défis majeurs pour les médiateurs, notamment les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar. Ces derniers sont appelés à poursuivre leurs efforts en faveur d’une issue à la crise sécuritaire actuelle, marquée par la présence de la rébellion de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent jusqu’à présent sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage hypothétique.
Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 peinent toujours à accorder leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.
Clément MUAMBA