Très engagée dans les efforts visant à résoudre les conflits armés dans la région des Grands Lacs, la France a une nouvelle fois haussé le ton en dénonçant le rôle de l'exploitation illicite des ressources naturelles dans la poursuite des conflits armés, en particulier dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), où elle accuse le M23 de tirer profit du contrôle des mines de coltan de Rubaya, dans la province du Nord-Kivu.
S'exprimant devant le Conseil de sécurité des Nations unies lors d'un débat de haut niveau organisé à l'initiative de la RDC, qui assure actuellement la présidence du Conseil de sécurité de l'ONU pour le mois de juillet 2026, consacré au lien entre les ressources naturelles et la paix, le représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, Jay Dharmadhikari, a estimé que « l'exploitation et le trafic illicites des ressources naturelles sont un facteur aggravant dans de nombreuses crises dont ce Conseil est saisi »
Le diplomate français a cité plusieurs pays affectés par ce phénomène, notamment la RDC, la République centrafricaine, le Soudan, la Colombie et la Birmanie, où, selon lui, « l'accaparement des ressources naturelles attise des conflits dont les civils paient le tribut ».
Le M23 pointé du doigt
Évoquant la situation dans l'est de la RDC, Jay Dharmadhikari a affirmé que « le M23 contrôle 15 à 30 % de la production mondiale de coltan via le site de Rubaya, finançant ainsi son administration illégale, en violation totale de la souveraineté et de l'intégrité territoriale congolaises ». Selon la France, cette exploitation des ressources minières constitue l'un des principaux moteurs du conflit et contribue au financement des groupes armés actifs dans la région.
« L’exploitation et le trafic illicites des ressources naturelles sont un facteur aggravant dans de nombreuses crises dont ce Conseil est saisi. En République démocratique du Congo, en République centrafricaine, au Soudan, en Colombie ou encore en Birmanie, l’accaparement des ressources naturelles attise des conflits dont les civils paient le tribut. Dans l’Est de la RDC, le M23 contrôle 15 à 30 % de la production mondiale de coltan via le site de Rubaya, finançant ainsi son administration illégale, en violation totale de la souveraineté et de l’intégrité territoriale congolaises. Au Soudan, le trafic d’or alimente l’économie de guerre qui permet le maintien dans la durée d’un conflit provoquant l’une des pires crises humanitaires du monde » a déclaré mercredi 22 juillet 2026, Jay Dharmadhikari, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies
Renforcer les sanctions et les mécanismes internationaux
Face à cette situation, Paris a appelé le Conseil de sécurité à faire un usage plus rigoureux des instruments internationaux existants. Ailleurs sur le continent africain, a-t-il souligné, ces richesses sont l'objet de prédations de la part d'acteurs locaux ou internationaux, qui organisent parfois, via des sociétés militaires privées, leur pillage au profit de puissances extérieures.
« Face à ce fléau, le Conseil doit utiliser les outils à sa disposition et soutenir l'application stricte des mécanismes multilatéraux existants. Cela passe par la mobilisation des groupes d'experts et des régimes de sanctions du Conseil, qui jouent un rôle précieux pour documenter les faits et enrayer le lien entre le pillage des ressources naturelles et le financement des acteurs du conflit. La semaine dernière, ce Conseil a adopté des sanctions contre huit individus et entités liés aux groupes armés qui déstabilisent l'est de la RDC, dont le M23, les FDLR et le groupe terroriste ADF » a fait savoir le diplomate français
La France plaide également pour un renforcement des mécanismes internationaux de traçabilité et de transparence, citant notamment le Processus de Kimberley, les mécanismes de l'OCDE, ceux de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ainsi que l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).
« Cela passe également par le soutien aux mécanismes multilatéraux existants, tels que le Processus de Kimberley, les mécanismes de l'OCDE ou de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ainsi que l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Cela passe enfin par la responsabilisation du secteur privé. La France est pleinement engagée en ce sens, que ce soit dans le cadre de sa présidence du G7 ou au sein de l'Union européenne. Nous avons adopté, au niveau européen, la semaine dernière, une interdiction de l'importation d'or soudanais ainsi que des sanctions visant le trafic d'or », a-t-il déclaré au cours de son intervention.
La souveraineté sur les ressources naturelles
Poursuivant son intervention, Jay Dharmadhikari a réaffirmé le soutien de la France à la souveraineté des États sur leurs ressources naturelles. Le diplomate a également indiqué que la France soutenait l'objectif porté par la République démocratique du Congo visant à renforcer la cohérence des initiatives internationales destinées à garantir une gestion responsable des ressources naturelles, assurant que Paris était « pleinement disposé à contribuer aux travaux du Conseil » sur cette question.
« La souveraineté de chaque État sur ses ressources naturelles est un principe fondamental. Celles-ci doivent être mises au service du développement durable et équitable des populations. La France soutient l'objectif exprimé par la République démocratique du Congo d'œuvrer au perfectionnement et à la cohérence des initiatives internationales visant à assurer le bon usage de ces ressources. Pour l'avenir, nous sommes pleinement disposés à contribuer aux travaux du Conseil à cette fin », a-t-il assuré au nom du gouvernement français.
Cette initiative s'inscrit dans le prolongement de la réunion organisée selon la formule Arria ainsi que du débat de haut niveau, au cours desquels la RDC entend donner un nouvel élan à ce dossier, qu'elle considère comme prioritaire durant son mandat au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027.
Le pays dispose d'importantes réserves de minerais critiques et occupe une place centrale dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, attirant ainsi l'attention des grandes puissances et des multinationales. Dans le même temps, il demeure confronté à des défis sécuritaires persistants liés à l'exploitation de ses ressources naturelles, l'extraction et le trafic illicites de minerais continuant d'alimenter les conflits et l'instabilité, notamment dans les provinces orientales.
Ces initiatives interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali.
Clément MUAMBA