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Thérèse Kayikwamba : « Des ressources naturelles qui enrichissent le monde mais appauvrissent les communautés qui les abritent deviennent, tôt ou tard, une source de frustration, de contestation et d'instabilité » 

Thérèse Kayikwamba préside la réunion du Conseil de sécurité

La République démocratique du Congo a appelé la communauté internationale à faire de la gouvernance des ressources naturelles un pilier de la paix et de la sécurité internationales. 

Intervenant le mercredi 22 juillet 2026 devant le Conseil de sécurité des Nations unies, lors du débat public de haut niveau consacré au thème « La gouvernance des ressources naturelles, fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité », la ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de la diaspora, Thérèse Kayikwamba Wagner, a plaidé pour l'adoption d'une nouvelle doctrine internationale fondée sur la souveraineté, la transparence et la responsabilité.

Selon la cheffe de la diplomatie congolaise, les ressources naturelles sont désormais au cœur des grands enjeux géopolitiques et économiques du XXIᵉ siècle. Face à cette réalité, la RDC estime qu'il est temps de repenser leur gouvernance mondiale afin d'en faire un instrument de stabilité plutôt qu'un facteur de conflits.

« Le XXIᵉ siècle est celui des minerais critiques, de l'eau, des forêts, de l'énergie et de la biodiversité. La question qui nous est posée est simple : aurons-nous la sagesse de faire de ces ressources les fondations d'une prospérité partagée, ou accepterons-nous qu'elles continuent d'alimenter les rivalités et les conflits de notre temps ? Face à cette responsabilité, la République démocratique du Congo plaide pour l'émergence d'une nouvelle doctrine internationale qui place la gouvernance des ressources naturelles au cœur de l'agenda de la paix et de la sécurité », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner.

Six principes pour une gouvernance responsable

Pour Kinshasa, cette nouvelle doctrine repose sur une conviction simple : les ressources naturelles ne sont pas de simples marchandises. Selon Thérèse Kayikwamba Wagner, elles constituent des enjeux de souveraineté, des leviers de développement et des biens de responsabilité dont dépendent la stabilité des États comme l'avenir des sociétés. Elle a expliqué que cette doctrine devrait s'articuler autour de six principes.

« Le premier est le respect effectif de la souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles. Aucun peuple ne devrait voir ses richesses exploitées au profit de groupes armés, de réseaux criminels ou d'intérêts qui échappent à son contrôle. Le deuxième est la transparence des chaînes d'approvisionnement. États producteurs, pays de transit, entreprises, investisseurs et consommateurs partagent la responsabilité de garantir l'origine licite des ressources qui alimentent les technologies du futur », a fait savoir la cheffe de la diplomatie congolaise.

D'après Thérèse Kayikwamba Wagner, le troisième principe consiste à renforcer les mécanismes de traçabilité, de certification, de diligence raisonnable et de redevabilité afin de protéger les communautés, de soutenir les États producteurs et de responsabiliser l'ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.

Poursuivant son intervention, elle a indiqué que le quatrième principe est la lutte contre l'impunité économique.

« Ceux qui financent les conflits par l'exploitation illégale des ressources naturelles doivent répondre de leurs actes. Tant que les économies de prédation demeureront plus rentables que le respect du droit, la paix restera fragile », a martelé Thérèse Kayikwamba Wagner.

S'agissant du cinquième principe, la ministre d'État a expliqué qu'il repose sur la promotion de partenariats justes et mutuellement bénéfiques.

« Les pays producteurs ne demandent ni faveur ni charité. Ils demandent l'équité, le respect et des partenariats qui créent de la valeur, favorisent l'industrialisation et améliorent durablement les conditions de vie des populations. Enfin, le sixième est l'ancrage local de cette gouvernance. Les populations vivant au cœur des zones d'exploitation doivent être protégées, associées aux décisions et bénéficier des retombées des ressources qui constituent leur patrimoine" a-t-elle souligné.

Et de poursuivre :

« Car une ressource qui enrichit le monde mais appauvrit la communauté qui l'abrite devient, tôt ou tard, une source de frustration, de contestation et d'instabilité. La République démocratique du Congo prend aujourd'hui la parole avec la gravité d'un pays éprouvé par l'histoire, mais aussi avec la confiance d'une nation qui se relève, assume son destin et entend mettre son immense potentiel au service de la paix, du développement et de la coopération internationale. »

Par ailleurs, Thérèse Kayikwamba Wagner a présenté la vision portée par la République démocratique du Congo pour valoriser durablement ses ressources naturelles et renforcer sa contribution aux grands équilibres mondiaux.

« Notre ambition est claire : faire de nos ressources naturelles non plus une source de vulnérabilité, mais un levier de transformation, de stabilité et de prospérité. La République démocratique du Congo est un pays-solution. Elle l'est pour la transition énergétique mondiale, grâce à ses minerais critiques ; pour la lutte contre le changement climatique, grâce au bassin du Congo ; pour la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire de l'Afrique, grâce à ses ressources en eau, son potentiel hydroélectrique et ses vastes terres arables ; pour la préservation de la biodiversité mondiale, grâce à son patrimoine naturel exceptionnel ; et pour l'industrialisation de l'Afrique, à condition que ses ressources soient davantage transformées sur place, au bénéfice de la valeur ajoutée, de l'emploi et des compétences », a souligné la cheffe de la diplomatie congolaise.

Cette activité s'inscrit dans le prolongement de la réunion organisée selon la formule Arria ainsi que du débat de haut niveau, au cours desquels la RDC entend donner un nouvel élan à ce dossier, qu'elle considère comme prioritaire durant son mandat au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027.

Le pays dispose d'importantes réserves de minerais critiques et occupe une place centrale dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, attirant ainsi l'attention des grandes puissances et des multinationales. Dans le même temps, il demeure confronté à des défis sécuritaires persistants liés à l'exploitation de ses ressources naturelles, l'extraction et le trafic illicites de minerais continuant d'alimenter les conflits et l'instabilité, notamment dans les provinces orientales.

Ces activités interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali.

Clément MUAMBA  

 


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