Première émission d’eurobond de la RDC : " une avancée considérable qui traduit la stabilité de notre marché et l’efficacité de notre stratégie économique" (André Wameso)

André Wameso, gouverneur de la BCC
André Wameso, gouverneur de la BCC

La République démocratique du Congo (RDC) a réussi ce que le gouvernement qualifie d’« entrée historique » sur les marchés internationaux de capitaux, en levant 1,25 milliard de dollars américains via une émission d’eurobonds, une première dans l’histoire du pays. Pour le gouvernement, cette levée de fonds « historique » marque une étape importante, destinée à financer des projets de développement.

S’exprimant sur le sujet lors de son intervention à la 87e réunion du Conseil des ministres, tenue vendredi 24 avril 2026 sous la direction du chef de l’État Félix Tshisekedi, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, qui présentait la situation de la conjoncture économique du pays, a affirmé que cette levée de fonds démontre l’efficacité de la stratégie économique du pays ainsi que la stabilité du marché.

"Le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC) a salué l’émission par le gouvernement congolais du premier eurobond congolais qui marque une avancée considérable pour notre pays la République Démocratique du Congo, non parce-quon a réussi à accéder aux marchés financiers mais parce-que celà traduit la stabilité de notre marché et l'efficacité de notre stratégie économique", rapporte le compte rendu de la réunion lu par le porte-parole du gouvernement.

Bien avant, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le ministre des Finances Doudou Fwamba avait indiqué que les 1,25 milliard de dollars américains levés grâce à l’eurobond « Mbote » seront orientés vers des secteurs prioritaires, notamment la modernisation des infrastructures routières et aéroportuaires, le renforcement du secteur énergétique afin d’améliorer la desserte nationale, l’amélioration de la mobilité urbaine ainsi que le soutien à la croissance économique. Au nom du gouvernement de la République démocratique du Congo, l’argentier national avait également salué des conditions de financement jugées compétitives, avec un taux d’emprunt considéré comme plus avantageux que celui obtenu récemment par certains pays africains.

Cette opération, bien que saluée au niveau gouvernemental, continue de susciter des interrogations dans l’environnement sociopolitique congolais. Le député national Guy Mafuta avait d’ailleurs déposé une question d’actualité adressée au ministre des Finances, Doudou Fwamba. Lors de la dernière plénière, le ministre des Finances, répondant aux préoccupations soulevées par Guy Mafuta, a apporté des éclaircissements sur l’émission du premier eurobond de la République démocratique du Congo sur les marchés financiers internationaux. Il a présenté cette opération comme une avancée majeure susceptible d’ouvrir à la RDC l’accès aux financements internationaux, tout en permettant également aux entreprises congolaises de s’inscrire dans cette dynamique financière.

Intervenant à la clôture des échanges, le président de l’Assemblée nationale Aimé Boji Sangara a formulé plusieurs observations, notamment sur les risques potentiels liés à ce type d’opérations financières. Il a insisté sur la nécessité pour le gouvernement de définir clairement les mécanismes de mitigation envisagés et d’en assurer une communication transparente.

Dans une tribune publiée sur ACTUALITE.CD intitulée « Première eurobond congolaise : entre exploit financier et consécration de la partition territoriale », le banquier et cadre de l’Envol, Stéphane Manzanza, estime que la première émission d’eurobond de la RDC constitue un jalon historique. Selon lui, elle témoigne d’une maturation macroéconomique réelle et d’un intérêt des marchés pour les économies à fort potentiel, mais soulève également la question de la cohérence territoriale de l’État congolais.

Il soutient que si la confiance des investisseurs repose sur une lecture économique qui exclut certaines zones de l’Est, alors cet eurobond pourrait être perçu moins comme un signal d’espoir que comme le révélateur d’une fracture déjà existante. Il estime que Kinshasa emprunte sur la base d’un pays dont une partie est, de fait, sous une influence militaire étrangère, et que les marchés ont donné leur approbation à cette réalité.

Selon lui, le véritable test de cette émission historique ne se mesurera pas uniquement aux taux de souscription, mais à la capacité des autorités à garantir que les fonds mobilisés profitent à l’ensemble du pays. Il appelle ainsi à une gestion inclusive des ressources et à un engagement renforcé pour l’intégrité territoriale et la cohésion nationale, à travers un dialogue sincère et global.

Clément MUAMBA