Dialogue national en RDC : "Si hier nous avions évoqué une transition sans Kabila, cette fois-ci nous allons exiger une transition sans Félix Tshisekedi" (JM Kabund)

Jean-Marc Kabund
Jean-Marc Kabund, Président national de l'Ach

Dans un contexte où les initiatives diplomatiques internationales (NDLR :Washington et Doha) peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain marqué par la poursuite des hostilités entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, le président du parti Alliance pour le changement, Jean-Marc Kabund, , lors d’un meeting tenu  vendredi 24 avril 2026, réitéré son appel à la convocation d’un dialogue national inclusif en vue de mettre fin à cette situation qui impacte négativement la vie des Congolais.

Pour Jean-Marc Kabund, la demande de dialogue formulée par l’opposition et d’autres forces sociopolitiques n’a pas pour objectif une intégration au sein des institutions. Dans son exposé, à l’occasion du premier anniversaire de l’enregistrement officiel de son parti auprès du ministère de l’Intérieur et du quatrième anniversaire de sa création, il dénonce une campagne de manipulation et de diabolisation orchestrée par le régime pour vilipender ceux qui prônent le dialogue, en les accusant d’être d’obédience rwandaise.

"Ils nous accusent qu'en exigeant le dialogue c'est pour obtenir les postes et intégrer le gouvernement de ce régime, c'est du mensonge, ils ont recruté des médias, pour dire aux gens que les opposants sont devenus proches de Kigali et sont ennemis de la République, Est-ce que nous nous sommes des ennemis de la République ? Laissez moi vous dire que les ennemis de la République ce sont eux du pouvoir parce qu'aucun opposant n'avait prêté serment pour protéger la RDC, les congolais et son intégrité territoriale, vous savez vous-même celui qui avait prêté serment, comment se fait-il que tu as failli à ta mission constitutionnelle, tu as failli à ton serment, au lieu de s'assumer, à démissionner, tu ne veux pas mais et tu accuses les opposants, tout opposant au régime est désormais présenté comme ennemi de la République, c'est de la manipulation et du mensonge", a dénoncé JM Kabund a Kabund lors de son discours. 

Pour appuyer son discours axé sur l’importance d’un dialogue national, Jean-Marc Kabund souligne que, sous le régime actuel, l’armée est incapable de récupérer certains villages. Dès lors, il s’interroge sur les raisons de l’obstination à refuser le dialogue. Selon lui, le dialogue n’est pas une option, mais un choix réfléchi et nécessaire pour mettre fin aux pertes en vies humaines parmi les Congolais.

"Le régime est incapable de se battre contre la rébellion, en dépit du portrait robot fait sur Félix Tshisekedi, l'armée n'arrive pas à récupérer même pas un village, ça fait de celà 5 ans que Bunagana est entre les mains de Paul Kagame, ils n'arrivent pas à récupérer un village maintenant on va laisser faire dix ans entiers au pouvoir et le peuple continuait de mourir parce-qu'on a peur d'eux ? C'est pourquoi nous disons le dialogue n'est pas une option, c'est un choix réfléchi pour arrêter la mort des congolais. Cette guerre dans l'Est de la RDC est une grosse affaire pour les gens de ce pouvoir, ils se retrouvent beaucoup et depuis 2021 jusque maintenant nos enquêtes démontrent que ils ont déjà dépensé 14 milliards usd pour la guerre, allons nous continuer à accepter ça ? Nous disons non, il faut dialoguer pour arrêter la guerre et affecter cet argent aux projets de développement", a-t-il fait remarquer dans son discours.

Autre avantage du dialogue, selon lui, il permettra de mieux préparer les prochaines élections prévues en 2028, conformément à la Constitution. Il accuse le régime de Félix Tshisekedi de vouloir retarder le processus électoral en invoquant les causes de la guerre. Jean-Marc Kabund estime que, si à l’époque certains avaient exigé une transition sans Joseph Kabila, il pourrait en être de même aujourd’hui pour Félix Tshisekedi.

"Ils disent que le dialogue n'est pas prévu dans la Constitution Oui, nous acceptons mais c'est une pratique politique qui a eu à sauver ce pays à plusieurs reprises, ce n'est pas prévu dans la Constitution mais Étienne Tshisekedi était parti chercher quoi à Sun City ? On était parti chercher quoi au centre inter diocésain ? Qu'ils arrêtent avec les mensonges, nous avons besoin de la paix et nous voulons qu'en 2028 que nous ayons des élections. On a compris leurs stratégies faire traîner la guerre pour justifier le report des élections par manque des moyens financiers à cause de la guerre, allez-y comprendre le degré de cynisme de ce régime. Nous disons ceci en 2028, ils n'auront même pas droit à une minute, nous allons les résister, si hier,nous avions évoqué qu'il y aura transition sans Kabila, cette fois-ci nous allons exiger une transition sans Félix Tshisekedi", a prévenu cet ancien cadre du parti présidentiel.

Pour l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale, Félix Tshisekedi n’est pas l’homme providentiel, tel que présenté par le régime, pour faire face à cette guerre. Il estime que si la situation s’est détériorée, la responsabilité en incombe au pouvoir en place et non à l’opposition. Il rappelle que l’opposition n’a pas failli à sa mission, contrairement à Félix Tshisekedi.

"Dans cette manipulation et mensonge, on présente désormais le Président de la République comme c'est l'homme le plus fort, l'unique et le seul qui peut se battre contre Paul Kagame, on dit au peuple qu'il est l'homme de la situation, si ce n'est pas lui, la RDC va disparaître et pourtant c'est du mensonge. Au moment où nous parlons deux provinces du pays sont entre les mains de Paul Kagame donc s'il y a des pro rwandais, ce sont eux du régime, ce ne sont pas des opposants. Ce sont eux parce qu'ils ont failli au serment constitutionnel, ce sont eux parce-quils détournent l'argent, ils volent même l'argent destiné à l'armée, Est-ce qu'il y a pire ennemi que celui-là ? Ils ont appelé Paul Kagame un partenaire fiable, ils doivent apprendre à s'assumer, des discours mensongers ont pour objectif de flouer le peuple congolais", a dénoncé JM Kabund.

Au sujet du dialogue national, les positions des acteurs politiques congolais divergent fortement. Le pouvoir défend un dialogue encadré, piloté par les institutions de la République, excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel ainsi que toute forme d’impunité. À l’inverse, une grande partie des formations politiques rejette un dialogue conduit par le pouvoir et estime qu’il ne peut être crédible que sous l’égide du tandem formé par la CENCO et l’ECC, à l’origine d’une feuille de route commune pour un dialogue national. L’opposition qualifie le schéma présidentiel de « simulacre de dialogue » et insiste sur le rôle central des Églises.

Les confessions religieuses, en particulier la CENCO et l’ECC, défendent une approche inclusive du dialogue, tout en affirmant que l’inclusivité ne signifie pas l’impunité. Elles évoquent la mise en place de mécanismes de justice transitionnelle et appellent à un dialogue rapide afin d’éviter l’enracinement des groupes armés dans les zones occupées. D’autres acteurs de la société civile soulignent, à l’instar de responsables associatifs, que le dialogue « n’est pas une blanchisserie », tout en reconnaissant la nécessité d’un cadre de concertation pour sortir de l’impasse.

À ce stade, le dialogue national n’est toujours pas convoqué. Les initiatives diplomatiques parallèles, notamment les processus de Washington et de Doha, progressent sur le plan politique, mais sans résultats tangibles sur le terrain, où la situation sécuritaire demeure dégradée dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le mandat confié à la médiation angolaise, resté silencieux depuis un moment, apparaît ainsi comme la principale séquence opérationnelle en cours, dans un contexte de méfiance persistante et de divergences profondes entre les acteurs congolais.

Clément MUAMBA