Kinshasa: impraticable depuis plusieurs semaines, le croisement des avenues Commerce et Bokasa sous les eaux stagnantes

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Croisement des avenues Bokasa et Commerce

Dans la commune de la Gombe, autour du marché central de Kinshasa (Zando), le croisement des avenues Commerce et Bokasa, carrefour reliant plusieurs activités commerciales et administratives, s’est transformé en un lac artificiel causé par les eaux de pluie stagnantes. Certains usagers de ce tronçon font des détours depuis plus d’un mois et d’autres franchissent à pied cette mare immobile.

Ces avenues reconnues pour être bondées de magasins et entreprises diverses, baissent en fréquentation à cause de l’impraticabilité. Les propriétaires d’activités aux alentours connaissent une baisse de la clientèle et s’en plaignent.

« Nous ne pouvons pas recevoir des clients parce que l’eau monte pratiquement jusqu’aux genoux, surtout pour les personnes de petite taille. Dans ces conditions, la circulation devient impossible. Par exemple, s’il pleut entre 19 h et 20 h, nous sommes complètement bloqués à la banque. Il est impossible de sortir. Sauf en risquerant de se noyer, ce qui est impensable, surtout avec les réalités de la ville », témoignage Winner Izaï, travailleur d’une banque à proximité.

Les causes essentiellement sont les constructions anarchiques multiples dans ce coin et les canalisations débordées d’immondices manquants de curage régulier. Papa Héros, cambiste de la place explique les conséquences.

« C’est regrettable parce que ça fait longtemps que ça traîne. Cela fait déjà plus de six mois que ça dure. Avant, l’eau s’écoulait facilement quand il pleuvait. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. J’ai l’impression que la construction d’un bâtiment en étage là-bas est à l’origine de ces stagnations d’eau. Chaque fois, on essaie de dégager un peu, mais ça revient toujours. », affirme ce père de famille.

Et d’ajouter : 

« Devant notre porte, des caniveaux mènent jusqu’au fleuve, où l’eau devrait normalement s’écouler. Mais ils ne sont pas curés, alors qu’ils devraient être régulièrement nettoyés. Cette eau stagnante provoque des maladies autour du rond-point. Des vendeurs, même de nourriture à ciel ouvert, y sont installés. Consommer ces aliments peut rendre malade, ce qui contribue au taux de mortalité élevé à Kinshasa ».

Les regards tournés vers l’hôtel de ville, une partie de la population demande des travaux de restauration à l’autorité provinciale.

« Ça fait 10, 12, 15 ans que je passe ici, et c’est toujours la même histoire. À chaque fois qu’on essaie d’arranger, il y a toujours des gens qui construisent sans savoir comment orienter leurs caniveaux », souligne un usager.

Et d’ajouter : 

« Moi, je pense que les services de l’urbanisme doivent vraiment se pencher sur cette situation et essayer d’y apporter une solution, parce que là, ça devient trop. Ça fait même 20 ans, et les problèmes restent les mêmes ».

À Kinshasa, la gestion des eaux de pluie est intrinsèquement liée à l'insalubrité, créant un cycle dévastateur lors de chaque saison humide. Les déchets plastiques et ménagers non collectés finissent par former des bouchons hermétiques dans les caniveaux et collecteurs, empêchant tout drainage naturel vers le fleuve Congo. En conséquence, la moindre averse transforme les rues en rivières, provoquant des inondations qui, début 2026, ont encore causé des morts et des milliers de sinistrés dans des communes comme N'djili, Masina ou Mont-Ngafula.

La promiscuité avec ces "eaux sales aux odeurs pestilentielles" favorise l'explosion de maladies hydriques comme le choléra et la typhoïde, tout en aggravant les pathologies respiratoires des populations vulnérables. L'absence d'infrastructures de drainage adéquates, combinée à l'urbanisation anarchique sur des collecteurs d'eau, rend certaines zones quasi invivables dès que le ciel gronde.

Lina Muyumba, stagiaire UCC