Réforme pénitentiaire: la RDC s’inspire du modèle chinois pour moderniser ses établissements carcéraux

Photo d'illustration
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Le gouvernement de la République démocratique du Congo est en quête de solutions pour réformer un système pénitentiaire à bout de souffle, marqué par la surpopulation et la promiscuité, qui empêchent les détenus de vivre dans des conditions humaines décentes. 

C’est dans ce contexte que le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a effectué, ce mercredi 22 avril 2026, une visite inédite à la prison centrale de Pékin, en Chine.

Objectif affiché, selon son cabinet : s’inspirer du modèle de gestion chinois afin d’humaniser et de sécuriser les centres de détention en République démocratique du Congo (RDC). Accompagné d’une délégation comprenant l’ambassadeur de la RDC en Chine, François Balumuene, ainsi que le député national Albert Iwondo Ilonga, le ministre de la Justice et garde des Sceaux a franchi les portes de cet établissement de haute sécurité, une première dans les annales diplomatiques entre les deux pays.

Sur place, l’accès à la prison centrale de Pékin est soumis à des protocoles stricts : interdiction totale des téléphones et des caméras, contrôles systématiques et dispositifs de surveillance de pointe. La délégation a notamment pu observer un robot intelligent conçu pour détecter et signaler toute présence étrangère ou non autorisée dans l’enceinte, qui abrite actuellement quelque 800 détenus.

Fondé en 1909, cet établissement historique se distingue par son organisation rigoureuse. Loin de toute image de vétusté, les bâtiments en briques grises offrent des espaces aérés, comprenant des dortoirs de huit lits, un centre hospitalier doté d’une dizaine de médecins, une bibliothèque ainsi que des ateliers de formation professionnelle. Dans l’une des salles, des détenus participent à des séances de rééducation par la récitation de poèmes, illustrant une discipline stricte associée à un programme de réinsertion.

Transformer le prisonnier en citoyen

Pour Li Taosuo, directeur de l’établissement, la mission de la prison dépasse la simple privation de liberté. Selon lui, il s’agit d’un centre de rééducation par le travail, tout en garantissant aux détenus le respect de leurs droits.

"L’établissement n’est pas seulement un lieu de rigueur, mais aussi un centre de rééducation par le travail. Nous garantissons à chaque détenu le droit à la santé et à la formation afin de préparer sa réinsertion. Notre but est de transformer chaque prisonnier en un citoyen respectueux de la loi", a-t-il déclaré, soulignant également l'importance des mécanismes de remise de peine.

Le « cas d'école » chinois face aux défis congolais

De son côté, le garde des Sceaux congolais, Guillaume Ngefa, a affirmé que ce modèle constitue un « cas d’école », tout en rappelant que la République démocratique du Congo est confrontée à des défis structurels majeurs : surpopulation carcérale chronique, infrastructures délabrées, accès difficile aux soins médicaux et à l’alimentation, ainsi que des failles sécuritaires récurrentes.

Le ministre congolais, qui a dans ses attributions la gestion des établissements pénitentiaires, a particulièrement salué la transition numérique de l’administration pénitentiaire chinoise. 

La digitalisation des dossiers, la surveillance électronique et l’interconnexion des services sont autant de pistes que Kinshasa souhaite explorer.

"Nous voulons lancer des pistes de collaboration pour moderniser, améliorer et organiser nos prisons », a affirmé Guillaume Ngefa. 

À travers cette visite, le gouvernement congolais ambitionne de jeter les bases d'un mécanisme de coopération judiciaire et pénitentiaire durable avec Pékin, afin de transformer un système souvent décrié en un véritable outil de réhabilitation sociale.

En République démocratique du Congo, les établissements pénitentiaires font face à des débordements et à une surpopulation chronique. Face à cette crise persistante, régulièrement dénoncée par des organisations de défense des droits de l’homme et aggravée par des conditions de détention inhumaines ainsi que des détentions préventives abusives, le gouvernement, à travers le ministère de la Justice, avait opté, sous l’ère de Constant Mutamba, pour des libérations massives. Cette décision, controversée, a suscité des tensions institutionnelles, certaines organisations estimant qu’elle pourrait avoir des répercussions sur la situation sécuritaire, notamment en augmentant le taux de criminalité.

Il y a quelques années, le journaliste congolais Stanis Bujakera, directeur de publication du média en ligne ACTUALITE.CD et correspondant de Jeune Afrique, lui-même ancien détenu, avait publié sur son compte X (ex-Twitter) des images révélant les conditions de détention jugées inhumaines. On y voyait des détenus entassés dans des espaces exigus, y compris dans des installations sanitaires mal entretenues, compromettant gravement les conditions d’hygiène. La qualité et la quantité de la nourriture y étaient également critiquées, tandis que la prise en charge des détenus malades demeurait insuffisante. Ces révélations ont profondément choqué l’opinion publique et accentué la pression sur les autorités.

En réaction, la question a progressivement occupé une place centrale dans les réunions du Conseil des ministres. Des projets de construction de nouvelles prisons ont été adoptés et des lignes budgétaires ont été inscrites à cet effet. Toutefois, à ce jour, la mise en œuvre effective de ces réformes tarde encore à se concrétiser. L’actuel ministre de la Justice et garde des Sceaux, qui avait placé cette problématique au cœur de ses priorités, porte la lourde responsabilité de tout mettre en œuvre, au niveau du gouvernement, afin d’améliorer ce secteur stratégique et sensible de la vie nationale.

Clément MUAMBA