RDC : Filimbi et d’autres organisations citoyennes dénoncent une « sous-traitance migratoire » et rejettent l’accord sur l’accueil des expulsés des États-Unis

La vue d’une rue de Manhattan, New York (USA)
La vue d’une rue de Manhattan, New York (USA)

Les mouvements citoyens dont Filimbi ont vivement réagi à l’annonce de l’officialisation d’un accord entre la République démocratique du Congo et les États-Unis portant sur l’accueil, en RDC, des ressortissants de pays tiers expulsés du territoire américain. Dans un communiqué conjoint publié le 7 avril 2026 à Kinshasa, les signataires dénoncent une décision prise « sans mandat ni moyens » et y voient une atteinte aux principes fondamentaux de l’État de droit.

Le document exprime un rejet sans équivoque de ce que les mouvements citoyens considèrent comme une externalisation des politiques migratoires américaines vers un pays déjà confronté à d’importants défis sécuritaires et humanitaires. Filimbi et d’autres organisations déplorent une décision prise « dans l’opacité la plus totale », sans publication préalable du texte de l’accord ni consultation des institutions habilitées.

« Cette décision est inacceptable à plusieurs titres. Elle a été prise dans l'opacité la plus totale, sans base légale transparente, sans consultation populaire, sans débat parlementaire ; et dans un contexte où notre propre peuple attend encore d'être protégé. Nous la refusons (…) », indique le communiqué.

Selon les signataires, tout engagement international susceptible d’affecter le territoire national ou les droits des personnes doit, conformément à la Constitution, être soumis à l’examen au Parlement.

« Aucun Congolais ; ni élu, ni citoyen ; n'a été associé à cette décision. Cela n'est pas de la diplomatie. C'est de l'arbitraire exécutif. Et l'arbitraire exécutif, en République démocratique du Congo, a un nom : c'est une violation de l'État de droit », insiste les mouvements citoyens appelant à la publication immédiate et intégrale de l’accord, y compris des clauses relatives aux contreparties éventuelles accordées à la partie américaine.

Des garanties jugées insuffisantes pour la protection des migrants

Au-delà de la question institutionnelle, le communiqué met en doute la capacité de l’État congolais à assurer un encadrement adéquat des personnes concernées par ce dispositif. Le gouvernement évoque un « suivi administratif, sécuritaire et humanitaire efficace », mais les mouvements citoyens estiment que ces assurances restent vagues et non étayées par des mécanismes concrets.

« Sur quelle base le gouvernement affirme aujourd'hui être en mesure d'assurer la protection de ressortissants étrangers transférés de force depuis les Etats-Unis, sans lien avec notre pays, sans maîtrise de nos langues, sans réseau de soutien ? », s'interrogent les mouvements citoyens.

« Nous refusons que des êtres humains vulnérables soient déposés sur notre sol sans cadre de protection crédible, sans recours juridique effectif, et sans consentement éclairé de leur part », soulignent les signataires du communiqué, demandant par conséquent la suspension immédiate de tout transfert de personnes vers la RDC dans le cadre de cet accord, ainsi que l’ouverture d’une consultation élargie impliquant notamment des experts en droit international, le barreau de Kinshasa et les organisations spécialisées.

Dans leurs analyses, les mouvements citoyens contestent également l’argument gouvernemental fondé sur la solidarité internationale.

« La vraie dignité, c'est d'abord protéger les millions de Congolaises et de Congolais déplacés à l'Est ; à Goma, à Beni, à Sake, à Bunia ; qui attendent depuis des années une protection effective de leur propre État. Avant d'accueillir les déportés d'une puissance étrangère, que le Gouvernement réponde de son devoir envers son propre peuple ».

Et d’ajouter :

« La vraie solidarité internationale, c'est refuser d'être le sous-traitant des politiques xénophobes et déshumanisantes d'une administration étrangère. Ce n'est pas en servant de dépotoir humain aux expulsions massives de l'administration Trump que la RDC honore ses engagements humanitaires. C'est en défendant, sur la scène africaine et mondiale, un droit migratoire fondé sur la dignité, le consentement et la justice ; et non sur les rapports de force entre Etats inégaux ».

Filimbi et d’autres mouvements considèrent qu’un tel accord risque de créer un précédent diplomatique sensible, susceptible d’affecter la perception de la souveraineté nationale. Ils situent également cette décision dans un contexte géopolitique marqué par les tensions sécuritaires dans l’Est du pays et par la recherche de soutiens internationaux. Les mouvements mettent en garde contre le risque d’accords conclus sous pression, qui pourraient engager durablement la RDC sans débat public préalable.

À ce stade, les autorités congolaises n’ont pas encore publié le texte intégral de l’accord évoqué, ni précisé le nombre de personnes concernées ni les modalités exactes de leur prise en charge.

James Mutuba