Kinshasa : des organisations de la société civile appellent à des réformes après l’affaire de violences en salle d’accouchement 

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Point de presse de la Coalition de lutte contre les grossesses non désirées

Lors d’un point de presse tenu mardi 31 mars à Kinshasa, la Coalition de lutte contre les grossesses non désirées (CGND), le mouvement Youth Sprint et le Réseau des journalistes en santé sexuelle et reproductive (RJSSR) ont appelé les autorités de la République démocratique du Congo à engager des réformes structurelles pour prévenir durablement les violences obstétricales et gynécologiques dans les structures de santé.

Dans un communiqué présenté à la presse, ces organisations, accompagnées d’autres acteurs de la société civile engagés dans la défense des droits sexuels et reproductifs, ont estimé que l’émotion suscitée par les récentes images de violences contre une patiente dans un établissement de santé ne doit pas se limiter à une indignation ponctuelle. Selon elles, cette affaire doit plutôt servir de point de départ à une réflexion plus large sur les causes profondes de ces violences et sur les changements nécessaires au sein du système de santé.

« Aller au-delà des condamnations »

Les organisations signataires affirment que les violences obstétricales et gynécologiques ne relèvent pas uniquement de comportements individuels isolés. Elles s’inscrivent, selon elles, dans un contexte plus large marqué par des rapports de pouvoir inégalitaires entre soignants et patientes, une insuffisante intégration de l’approche fondée sur les droits humains et une banalisation de certaines pratiques portant atteinte à l’intégrité physique et morale des femmes.

Tout en saluant certains progrès réalisés ces dernières années par les autorités congolaises dans la promotion des droits des femmes, notamment à travers l’application progressive du Protocole de Maputo, les intervenants ont estimé que l’écart reste important entre les engagements politiques et la réalité vécue par de nombreuses femmes dans les structures sanitaires.

Selon eux, cette situation contribue à fragiliser la confiance des patientes envers les services de santé et alimente un sentiment d’impunité dans certains établissements.

Des recommandations adressées au gouvernement

Au cours de ce point de presse, les organisations ont demandé notamment l’intégration explicite de la prévention des violences obstétricales et gynécologiques dans les politiques nationales de santé, les normes hospitalières ainsi que dans les mécanismes de contrôle de la qualité des soins.

Elles ont plaidé également pour la généralisation, dans la formation initiale et continue du personnel médical, de modules obligatoires portant sur les droits humains, l’éthique médicale, le consentement éclairé et l’approche centrée sur la patiente.

Par ailleurs, elles recommandent la mise en place de mécanismes de plainte sûrs et confidentiels permettant aux femmes de signaler les abus sans craindre de représailles. Elles demandent aussi l’intégration complète des services de santé sexuelle et reproductive dans le paquet de base de la couverture santé universelle afin de garantir une prise en charge médicale, psychosociale et juridique adéquate pour les victimes de violences en milieu de soins.

Les organisations ont enfin appelé le Parlement à accélérer les réformes législatives visant à renforcer la protection de la santé des femmes, tout en plaidant pour une implication plus structurée de la société civile dans l’élaboration et le suivi des politiques publiques liées à la santé.

L’affaire qui a suscité l’indignation

Le point de presse intervient dans un contexte marqué par la diffusion récente d’une vidéo montrant une femme identifiée comme Dorcas victime de violences dans une salle d’accouchement d’un établissement de santé à Kinshasa. Les images, largement partagées sur les réseaux sociaux, montrent un médecin frappant la patiente alors qu’elle se trouvait sur la table d’accouchement.

La scène a provoqué une vive indignation au sein de l’opinion publique et relancé le débat sur les conditions d’accueil et de prise en charge des femmes dans certaines maternités du pays.

À la suite de cet incident, les autorités sanitaires ont annoncé la suspension préventive du médecin impliqué pour une durée de trois mois, en attendant les conclusions des enquêtes administratives et disciplinaires engagées.

De son côté, le médecin mis en cause a reconnu son geste et présenté ses excuses. Il a expliqué avoir agi dans un contexte d’urgence médicale, affirmant avoir voulu sauver la vie lors d’un accouchement qu’il jugeait critique. Des explications qui continuent toutefois d’alimenter le débat sur les pratiques en salle d’accouchement et sur la nécessité d’encadrer davantage les soins de maternité.