RDC: la Banque mondiale annonce 100 millions USD pour appuyer le recensement général de la population et de l’habitat 

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Kinshasa/Boulevard du 30 juin

Une enveloppe estimée à 100 millions USD pour le pays, dont 75 millions destinés au recensement général de la population et de l’habitat, afin de fournir des données démographiques fiables et d’améliorer la planification ainsi que la prise de décisions économiques. Tel est l’engagement pris par la Banque mondiale, lundi 23 mars 2026, lors de la table ronde dédiée à la mobilisation des bailleurs de fonds pour le financement des opérations du deuxième recensement général de la population et de l’habitat en RDC.

Selon Albert G. Zeufack, directeur pays de la Banque mondiale pour l’Angola, le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC) et Sao Tomé-et-Principe, au-delà du recensement, son institution entend également investir dans le système statistique national afin que ce processus laisse un héritage durable en République Démocratique du Congo

"Sous réserve d'une approbation réussie et en temps utile par notre Conseil d’administration et de la mise en place des conditions nécessaires par le gouvernement, la Banque mondiale prévoit un projet de financement de 100 millions de dollars, dont 75 millions seront dévoués au recensement. Ces ressources, seront définies conjointement avec le gouvernement et les partenaires, permettront d’alimenter le financement commun, mais aussi de travailler à l’institutionnalisation du recensement et à la création d’emplois pour les Congolais", a déclaré le directeur pays de la Banque mondiale.

Et de poursuivre :

"Au-delà du recensement, nous investirons dans le système statistique national afin que ce chantier laisse un héritage durable. Il s’agira de disposer d’institutions plus fortes, d’agents formés et de systèmes de données modernisés, tant au niveau national que provincial. Ce soutien reflète une conviction : un recensement réussi est l’un des investissements les plus rentables pour améliorer la qualité des politiques publiques, renforcer la prestation des services et consolider la confiance entre l’État et ses citoyens".

Pour Albert G. Zeufack, directeur pays de la Banque mondiale pour l’Angola, le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC) et Sao Tomé-et-Principe, le recensement n’est ni un exercice technique réservé aux statisticiens ni un exercice d’experts. Selon lui, il s’agit plutôt d’un outil permettant de mieux gouverner et de mieux servir les populations, en s’appuyant sur des données fiables.

"C’est avant tout, pour nous, un outil qui sert à mieux gouverner et à mieux servir, comme vous l’avez dit. Les économistes disent que gouverner, c’est prévoir. Mais on ne peut pas prévoir sans données fiables. Le fait que, depuis 42 ans, il n’y ait pas eu de données fiables a affecté la crédibilité du travail que nous faisons tous ensemble. Lorsque nos institutions énumèrent les variables macroéconomiques et les expriment en ratio par rapport à la population, nous savons tous intérieurement qu’il s’agit d’approximations. Cela ne nous rend pas très crédibles. Personnellement, en tant qu’ancien économiste en chef, cela me donne très souvent la chair de poule", a-t-il fait remarquer.

Par ailleurs, Albert G. Zeufack, directeur pays de la Banque mondiale, estime qu’en s’engageant dans cette démarche, les dirigeants permettent à la RDC et à ses partenaires de résoudre le problème des dénominateurs, qui a très souvent fragilisé leur travail. Selon lui, l’engagement de la Banque mondiale aux côtés de la RDC et des partenaires au développement, sous la houlette du Fonds des Nations Unies pour la population, repose également sur une vision claire du recensement, perçu comme une triple opportunité pour la République démocratique du Congo.

"Premièrement, faire de ce recensement une plateforme de création d’emplois pour la jeunesse congolaise; Deuxièmement, renforcer les institutions congolaises afin qu’elles soient capables non seulement de réaliser les prochains recensements, mais aussi d’analyser les données et de créer une véritable culture de la donnée, sans laquelle aucun de ces exercices n’est soutenable; Troisièmement, utiliser cette initiative pour poser les bases d’une industrie locale, notamment dans l’assemblage d’ordinateurs, de téléphones, de laptops et d’autres équipements nécessaires au recensement, puisqu’il s’agit d’un effort massif. Collectivement, avec le secteur privé, une partie importante de cette passation de marchés peut contribuer à créer des entreprises et générer davantage d’emplois pour la population", a souligné le directeur pays de la Banque mondiale.

L’objectif principal de la table ronde était d’obtenir un engagement ferme de toutes les parties prenantes en faveur de la mobilisation d’un financement adéquat, prévisible, suffisant et durable, afin d’assurer une réponse coordonnée et efficace aux enjeux démographiques ainsi qu’à l’organisation du RGPH-2. Pour le gouvernement, le coût global des opérations, estimé à 192 millions de dollars américains, constitue un défi majeur dans le contexte budgétaire actuel. Le financement du gap pour achever le processus reste tributaire de la mobilisation de ressources financières additionnelles auprès des partenaires techniques et financiers. D’où l’option envisagée du « Basket Fund », permettant de canaliser l’ensemble des ressources dans un fonds unique exclusivement dédié au financement des activités du RGPH-2.

À moins de cinq ans de l’échéance de l’Agenda 2030 pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD), le gouvernement estime qu’il est crucial pour la RDC de mettre en place des politiques idoines afin d’accélérer les progrès vers le développement durable et de sortir les populations de la vulnérabilité. Toutefois, s’engager dans cette voie exige une meilleure connaissance de la population, ainsi que des investissements accrus dans la collecte de données et les analyses nécessaires. D’où l’urgence de la tenue du RGPH-2, quarante-deux ans après le dernier recensement de ce type réalisé en 1984.

La non-tenue d’un recensement de la population et des ménages, complet, exhaustif et précis, prive en effet le pays de données essentielles pour faire progresser le développement social et économique et réduire les inégalités. Les données issues du RGPH sont, par ailleurs, les seules à même de garantir que personne ne soit laissé de côté. Elles sont indispensables à une planification détaillée du développement dans tous les secteurs et fournissent les éléments nécessaires à l’élaboration et au suivi des politiques publiques.

La République démocratique du Congo se dit ainsi impatiente de réaliser enfin un recensement général de sa population, plus de quarante ans après celui de 1984. Il s’agit également de l’une des promesses électorales de Félix Tshisekedi avant son accession à la magistrature suprême.

Clément MUAMBA