Le gouvernement congolais veut relever le défi d’organiser le deuxième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2), 43 ans après celui de 1984 sous le régime Mobutu. Faute de moyens, Kinshasa compte sur l’aide des bailleurs des fonds en vue du financement de ce grand travail censé définir la planification du développement. Le président Félix Tshisekedi a pour ce faire, animé lundi une table ronde organisée par le ministère du plan et de la coordination de l’aide au développement, qui a réuni les bailleurs de fonds.
Dans son adresse devant des partenaires internationaux, dont l’ONU, la Banque Mondiale, la BAD, le FMI, le Japon, l’Egypte, la Côte-d’Ivoire, le Maroc et l’Algérie, le chef de l’Etat a souligné que dans un contexte d’augmentation significative de la population au pays (112,8 millions d’habitants), couplée à l’accélération de l’urbanisation, la diversification des besoins sociaux et les pressions sur les infrastructures, les services publics ainsi que l’aménagement du territoire, « continuer à planifier sans données démographiques complètes, fiables et actualisées reviendrait à gouverner sans visibilité, et donc à affaiblir la capacité de l’État à répondre avec justesse aux attentes de la population ».
Pour lui, le RGPH-2 dont il a lui-même donné le ton, servira d’une plus vaste ambition économique car, dit-il, « un grand pays ne se gouverne pas à l’approximation ; il se gouverne à partir de faits, de données solides et de priorités clairement établies ».
« Il [RGPH-2] permettra de mieux préparer les politiques sectorielles, en particulier dans l’agriculture, qui demeure l’un des piliers de notre économie et mobilise une part considérable de notre population active », explique Félix Tshisekedi qui ajoute que les données issues de ce deuxième recensement constitueront « un socle indispensable pour la préparation, dans une phase ultérieure, du recensement général de l’agriculture ».
Selon le ministre d’Etat chargé du plan et de la coordination à l’aide au développement, Guylain Nyembo, le processus enclenché permettra de doter la RDC d’un système statistique moderne, capable de soutenir la prise de décision, d’orienter les investissements et de renforcer l’efficacité de l’action publique, conformément au principe de ne laisser personne de côté, indiquant que l’absence de données démographiques fiables, actualisées et inclusives « limite notre capacité à anticiper, à cibler efficacement nos interventions et à répondre de manière adaptée aux attentes de nos populations »
Prenant la parole à son tour, la directrice exécutive du Fonds des Nations-Unies pour la Population (UNFPA), partenaire clé de ce deuxième recensement de la population et de l’habitat, a promis son engagement « indéfectible tout au long de ce processus, mettant à disposition son expertise et des ressources financières ». L’agence des Nations unies a par ailleurs promis combiner ses connaissances démographiques avec celles de l’Etat congolais « pour relever l’invisible et donner un visage humain aux chiffres ».
Coût global et engagements annoncés des partenaires
L’ensemble de l'opération, dont la durée est de trois ans, est chiffrée à 192 millions de dollars américains. Le président de la République a annoncé que le gouvernement congolais dispose déjà de 30 millions mobilisés et transférés dans le panier commun dédié au projet, sous gestion fiduciaire de UNFPA. Lors de la table ronde, la Banque mondiale, elle, a dit décaisser 100 millions dont 75 millions destinés à ces opérations de recensement. La Banque africaine de développement (BAD) a, de son côté, annoncé 50 millions dont 30 millions pour le renforcement des capacités des agents, tandis que l’UNICEF et l’UNFPA vont ensemble contribuer avec un total de 3 millions de dollars américains. La Côte-d’Ivoire a promis appuyer la RDC notamment dans la logistique des opérations et dans les formations des agents.
Les 4 étapes du RGPH-2
Le deuxième recensement général de la population et de l’habitat s’effectuera en quatre phases :
1.La phase préliminaire : la mise en place du cadre juridique et institutionnel et la mobilisation des ressources.
2.La phase préparatoire : élaboration des plans méthodologiques et outils de collecte et travaux cartographiques.
3.Le démembrement exhaustif des agents recenseurs qui visitent tous les ménages avec un questionnaire.
4.La phase post-démembrement : enquête de couverture, traitement et analyse des données et publication des résultats définitifs.
Samyr LUKOMBO