Les sanctions de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain, prises contre l'ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, continuent de susciter des réactions au sein de l’environnement sociopolitique congolais. Washington reproche au quatrième président de l’histoire politique de la RDC son soutien à la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda et contrôlant de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les autorités américaines estiment que ce soutien viole et compromet leurs efforts de stabilisation dans la région des Grands Lacs.
En réaction, Prince Epenge, président du parti politique ADD Congo et porte-parole de la coalition Lamuka, proche de Martin Fayulu, établit, au-delà de l’aspect sécuritaire, un lien avec la question du respect des règles du jeu démocratique en République démocratique du Congo. Selon lui, les sanctions prises par les États-Unis d’Amérique à l’encontre de Joseph Kabila constituent un rappel à l’ordre en matière de respect des principes démocratiques.
"Nous vous rappelons qu’en 2019, les mêmes Américains avaient sanctionné lourdement Corneille Nanga et Norbert Basengezi pour avoir créé un chaos électoral en décembre 2018 et pour avoir proclamé un faux vainqueur en violant la Constitution et la loi électorale de la République. Le même Trésor américain vient de sanctionner Joseph Kabila. Un carton rouge direct pour l’ensemble de son œuvre. Kabila avait violé la Constitution en n’organisant pas les élections en 2016. Ensuite, il avait provoqué un glissement électoral. Enfin, en 2018, il avait ordonné à Nanga de changer les résultats des élections générales pour imposer un non-élu à la tête de l’État", a réagi Prince Epenge.
Ce cadre de la coalition Lamuka s’interroge désormais : qui sera la prochaine cible du Trésor américain ? Qui sera le prochain sanctionné par les États-Unis d’Amérique ? Selon lui, l’Amérique demeure attachée à la démocratie et au respect des règles démocratiques. D’après Prince Epenge, au vu de ce qu’il qualifie d’entêtement de Félix Tshisekedi et de son entourage à violer la Constitution et à bafouer les règles démocratiques à l’approche des élections de 2028, les États-Unis pourraient adopter une position ferme et prendre des sanctions à l’encontre du chef de l’État et de son régime, qu’il accuse de vouloir passer outre la volonté du peuple.
Au nom de Lamuka et de l’ADD Congo, Prince Epenge rappelle que la stabilité de la République démocratique du Congo, ainsi que l’unité et la cohésion de ses citoyens, passeront par le respect des règles démocratiques, à deux ans de la fin du dernier mandat de Félix Tshisekedi, actuellement en fonction, dont l’échéance est prévue en décembre 2028.
"Nous prenons acte de ces sanctions, mais demandons à l’Amérique de rester vigilante quant au respect des règles démocratiques. Comme l’a rappelé Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État américain, il est dangereux d’être l’ennemi de l’Amérique, mais il est encore fatal d’être son allié où son ami, l'Amérique n'a pas d'amis, n'a pas d'alliés éternels, l'Amérique tient aux règles démocratiques", a souligné Prince Epenge, cadre de Lamuka et proche de Martin Fayulu.
L’OFAC indique que cette démarche, visant le quatrième président de l’histoire de la RDC, s’inscrit dans le cadre du soutien au processus de paix en cours, notamment à travers l’accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali sous les auspices de l’administration Trump, ainsi que leur engagement à promouvoir un cadre d’intégration économique régionale visant à développer le commerce et les investissements, à renforcer la transparence des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et à ouvrir la voie à des investissements plus importants dans la région.
L’OFAC a désigné Joseph Kabila conformément au décret exécutif (EO) 13413, tel que modifié par le décret exécutif 13671, pour avoir apporté une aide matérielle, un parrainage ou un soutien financier, matériel ou technologique, ainsi que des biens ou des services à l’appui du M23 et de l’AFC. À la suite de la décision prise ce jeudi 30 avril, tous les biens et intérêts patrimoniaux de la personne désignée ou bloquée décrite ci-dessus, situés aux États-Unis ou détenus ou contrôlés par des personnes américaines, sont bloqués et doivent être déclarés à l’OFAC.
De plus, précise l'OFAC, toute entité détenue, directement ou indirectement, individuellement ou collectivement, à hauteur de 50% ou plus par une ou plusieurs personnes bloquées est également considérée comme bloquée. Sauf autorisation accordée par une licence générale ou spécifique délivrée par l’OFAC, ou en cas d’exemption, la réglementation de l’OFAC interdit généralement toute transaction effectuée par des personnes américaines ou sur le territoire des États-Unis (compris en transit) et portant sur des biens ou intérêts patrimoniaux de personnes bloquées.
Cette nouvelle sanction intervient plus d’un mois après que l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain a imposé des sanctions aux Forces de défense rwandaises (FDR), l’armée du Rwanda, ainsi qu’à quatre de leurs hauts responsables. Les FDR soutiennent activement, entraînent et combattent aux côtés du Mouvement du 23 mars (M23), un groupe armé sanctionné par les États-Unis et les Nations unies, responsable de violations des droits humains et d’une crise de déplacements massifs de population en République démocratique du Congo (RDC).
Sur le plan interne, l’ancien chef de l’État Joseph Kabila a déjà été accusé de ces faits de soutien à la rébellion de l’AFC/M23, ce qui lui a valu une condamnation à la peine de mort par la Haute Cour militaire de la RDC, en son absence à Kinshasa, compliquant davantage son retour dans la capitale malgré ses appels, avec son mouvement, à la tenue d’un dialogue national. Sa famille politique a toujours rejeté ces accusations, estimant qu’il s’agit d’un complot du régime Tshisekedi visant à écarter un adversaire de la scène politique.
Clément MUAMBA