Dans le souci d’assurer des élections crédibles en 2028, année censée marquer, selon la Constitution, la fin du second et dernier mandat de l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi, l’expert électoral et ancien coordonnateur de la Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL), Luc Lutala, appelle à la mise en œuvre des réformes électorales et au lancement du processus de désignation de la nouvelle équipe chargée de piloter la Commission électorale nationale indépendante, à un an de la fin du mandat de l’actuelle équipe.
En sa qualité d’expert électoral, Luc Lutala répondait aux questions d’ACTUALITE.CD sur les mesures à prendre pour relancer la machine électorale, face à la non-exécution de la feuille de route 2025-2029 de la CENI, près d’une année après sa publication et à deux ans du prochain cycle électoral.
"Ce qu'il faudrait faire maintenant, c'est ce qu'on appelle des réformes électorales, il faut absolument revoir ce qu'on appelle la loi organique sur la CENI et la loi électorale d'abord la loi organique et sur base de la loi organique, revenir absolument sur la planification et la planification du prochain cycle va partir avec la mise en place de la nouvelle équipe de la CENI où le forcing, le maintien de l'équipe de la CENI qui est là. Et c'est ça qu'il faut faire, l'urgence ce sont les réformes électorales pour dégager le cap des étapes à venir", a dit lundi 9 mars 2026 l'expert électoral Luc Lutala
À la question de savoir si, à un an de la fin de leur mandat, envisager le remplacement de l’actuelle équipe de la CENI ne revient pas à « mettre la charrue avant les bœufs », l’ancien coordonnateur de la SYMOCEL justifie sa proposition en soulignant la complexité et la lourdeur du processus de désignation des membres de la centrale électorale. Selon lui, anticiper cette démarche est nécessaire pour éviter tout retard dans la préparation des prochaines élections et garantir le respect des échéances constitutionnelles.
"Dans tous les cas, il n’y a pas de schéma clairement établi. Ils vont arriver fin de mandat. Mais il serait effectivement possible d’envisager les réformes électorales et la mise en place d’une nouvelle équipe, en tenant compte du fait que le processus de nomination des membres de la CENI prend du temps, il déchire les parties prenantes, c'est houleux et tout ça demande un calendrier, et si on tient compte du calendrier que les parties prenantes vont désigner par composante leurs membres, ça prend un processus et ça va passer à l'Assemblée nationale, et après ça va remonter à la Présidence de la République parce-que c'est la Présidence qui doit signer l'ordonnance de nomination après validation de ces gens là, ça veut dire que ça prend du temps et en même temps, on est entrain de grignoter tout le schéma critique qui permet que l'on puisse arriver à planifier un processus pour être dans le délai par rapport à la Constitution", a expliqué Luc Lutala, ancien Coordonnateur de la SYMOCEL
La session de mars s’ouvrira dans quelques jours, le 16 mars prochain. Parmi les matières inscrites à l’ordre du jour figure notamment la présentation du rapport de la CENI. Quelle devrait être l’attitude de l’Assemblée nationale face à la centrale électorale ? Luc Lutala répond :
"Il faut distinguer le rapport de la CENI des réformes électorales. Le rapport de la CENI est un rapport d’activités, des opérations, un rapport annuel. C’est une obligation administrative. Cela n’a rien à voir directement avec la planification des prochaines étapes, même si ce rapport peut contenir certaines recommandations. Mais au-delà des recommandations de l’équipe actuelle de la CENI, il faut se placer sur la ligne du temps et le calendrier de gestion à la fois des mandats et de la planification efficiente, raisonnable du début du prochain cycle électoral. Et là, il faut se dire que si les réformes ne sont pas entamées maintenant,on est entrain d'aller dos au mur et on risque de se retrouver dans une situation très difficile pour respecter les délais constitutionnels", a prévenu Luc Lutala, ancien Coordonnateur de la SYMOCEL
L’équipe sortante et celle entrante de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) avaient procédé à la remise et reprise le vendredi 29 octobre 2021 au siège de la centrale électorale. Cette cérémonie intervenait après la prestation de serment, le mardi 26 octobre, devant la Cour constitutionnelle, de 12 des 15 membres entérinés par l’Assemblée nationale et investis par ordonnance présidentielle. Il s’agissait de : Denis Kadima Kazadi (président) ; Ilanga Lembow Bienvenu (premier vice-président) ; Nseya Mulela Patricia (rapporteur) ; Muhindo Mulemberi Vahumawa Paul (rapporteur adjoint) ; Birembano Balume Sylvie (questeur adjoint) ; Lupemba Mpanga Ndolo (membre de la plénière) ; Boko Matondo Fabien (membre de la plénière) ; Ditu Monizi Blaise (membre de la plénière) ; Bimwala Mampuya Roger (membre de la plénière) ; Ngalula Joséphine (membre de la plénière) ; Bisambu Mpangote Gérard (membre de la plénière) ; et Omokoko Asamoto Adine D’or (membre de la plénière).
À leur entrée en fonction, trois postes réservés à l’opposition restaient vacants (2ᵉ vice-présidence, questure et un membre de la plénière). Le jeudi 13 janvier 2022, les trois nouveaux membres Didi Manara, Âgée Matembo et Jean Tokole avaient finalement prêté serment devant la Cour constitutionnelle. Cet exercice était conforme à l’article 20 de la loi organique portant organisation et fonctionnement de la CENI, telle que modifiée et complétée, qui stipule que chaque membre doit prêter serment devant la Cour constitutionnelle avant d’entrer en fonction.
Didi Manara, exclu du PPRD de Joseph Kabila, a occupé la 2ᵉ vice-présidence de la CENI. Âgée Matembo, à la tête des frondeurs du FCC, a été désignée comme questeur, tandis que Jean Ilongo Tokole a été choisi comme membre de la plénière. Avec leur prestation de serment, le bureau de la CENI était désormais complet, soit 15 membres. Cependant, l’opposition et plusieurs organisations ont dénoncé le déroulement du processus, qu’elles ont qualifié de cafouillage visant à mettre en place une commission électorale « aux ordres ».
Conformément aux dispositions de l’article 13 de la loi organique n° 10/013 du 28 juillet 2010, modifiée et complétée par les lois organiques n° 13/012 du 19 avril 2013 et n° 21/012 du 3 juillet 2021, le mandat des membres de la CENI est de six ans, non renouvelable. À l’expiration de leur mandat, les membres restent en fonction jusqu’à l’installation effective de leurs successeurs
Clément MUAMBA