Rubaya: après une nouvelle tragédie, Kinshasa dénonce l’exploitation illicite des ressources par l’AFC/M23 dans une zone classée « rouge » pour alimenter une économie de guerre

Mines de Rubaya
Mines de Rubaya

Une nouvelle tragédie humaine est survenue samedi 7 mars 2026, à la suite d’un glissement de terrain massif ayant englouti des galeries du site minier Gakombe, également désigné sous le nom de Gatambi Kalambairo, situé dans le périmètre PE-16159 de la Sakima, à Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Selon le gouvernement, le glissement de terrain est survenu après des pluies diluviennes et dans un contexte de creusage intensif, non contrôlé et illégal par le M23/AFC soutenu par le Rwanda. Plusieurs personnes sont mortes, de nombreux blessés ont également été signalés, et d’importants dégâts matériels ont touché des habitations situées à proximité du site minier, dans le village de Kalambairo, laissant la population affectée dans un profond traumatisme. 

Pour Kinshasa, la sécurité de cette région demeurant compromise par la coalition M23/AFC/RDF, l’accès à la zone du drame reste limité, empêchant l’établissement d’un bilan précis par des sources indépendantes et locales.

"La répétition de ces événements tragiques met une nouvelle fois en évidence les risques extrêmes auxquels sont exposées les populations civiles dans cette zone minière, notamment les creuseurs artisanaux et les enfants, forcés de travailler dans des galeries instables et non sécurisées", a déploré le gouvernement dans un communiqué dimanche.

Le gouvernement de la République démocratique du Congo rappelle que le périmètre minier de Rubaya est classé « zone rouge », ce qui entraîne l’interdiction formelle de toute activité d’extraction, de transformation et de commercialisation des minerais qui en sont issus. Selon le gouvernement, les activités de creusage qui s’y poursuivent constituent donc une violation flagrante de la législation congolaise et des normes élémentaires de sécurité, dans un contexte marqué par l’occupation armée de la zone et l’exploitation illégale des ressources naturelles.

"Le Gouvernement souligne que ces activités s’inscrivent dans un système organisé et durable d’exploitation illégale des ressources naturelles de la République Démocratique du Congo, mis en place par la coalition AFC/M23 soutenue par le Rwanda afin d’alimenter une économie de guerre. Le Gouvernement rassure qu’il poursuivra ses efforts visant à rétablir l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo, condition indispensable pour mettre fin à l’exploitation illégale et dangereuse des ressources naturelles et garantir un encadrement légal et sécurisé des activités minières".

Dans ce contexte, le gouvernement affirme avoir pris des dispositions pour porter devant les juridictions compétentes tous ceux qui bénéficient, de près ou de loin, de cette exploitation illégale des minerais. Il veillera également à documenter les violations des droits humains ainsi que les circuits de commercialisation illégale des minerais provenant de zones sous occupation, afin que les responsabilités soient pleinement établies.

Le gouvernement appelle enfin la communauté internationale à prendre la pleine mesure de cette tragédie humaine, conséquence directe de l’exploitation illégale des ressources naturelles de la République démocratique du Congo dans une zone sous occupation armée, et réaffirme sa détermination à défendre la souveraineté du pays, à protéger l’intégrité de son territoire et à préserver ses ressources naturelles.

Cette nouvelle catastrophe intervient moins d’un mois après un autre éboulement meurtrier qui avait déjà fait plus de 300 morts dans la même zone minière. Pour le GATT-RN, cette succession de tragédies met en lumière une répétition dramatique et évitable des mêmes manquements dans la gestion et la sécurisation des sites miniers.

Face à cette situation, le Groupe d’Appui à la Traçabilité et la Transparence dans la Gestion des Ressources Naturelles (GATT-RN) appelle le gouvernement congolais à prendre des mesures urgentes, notamment la formalisation de l’exploitation artisanale afin d’imposer des normes strictes de sécurité et de protection des travailleurs.

Cette organisation recommande également l’ouverture d’une enquête indépendante pour établir les responsabilités administratives, sécuritaires et économiques liées à ces drames. Le GATT-RN plaide par ailleurs pour le renforcement des mécanismes de traçabilité et de certification des minerais afin de lutter contre la contrebande.

Clément MUAMBA