RDC: la question de véritable interlocuteurs dans les dialogues

Caleb Ngoma, Conseiller Politique du Haut Représentant du Chef de l'Etat
Caleb Ngoma, Conseiller Politique du Haut Représentant du Chef de l'Etat

Par Caleb Ngoma, Conseiller Politique du Haut Représentant du Chef de l'Etat

Depuis 1960, notre pays est confronté à un problème majeur celui de l'identification des interlocuteurs valables.

Cette question, déjà soulevée à l'époque de la Table Ronde, demeure d'une actualité frappante. Chaque fois qu'il s'agit d'engager un dialogue politique ou national, le même défi revient avec qui dialoguons-nous réellement ?

L'expérience de notre histoire montre qu'à chaque période de transition, lorsqu'un pouvoir voulait prolonger son mandat ou détourner le sens d'un dialogue, on assistait à la création de partis fictifs ou de structures artificielles, ensuite présentées comme des interlocuteurs légitimes. Cette pratique a affaibli la crédibilité de nos processus politiques et retardé la recherche de solutions authentiques.

Dans le contexte actuel, il est essentiel de distinguer les forces réelles, celles qui se battent pour des causes d'État et des causes de société, de celles qui ne poursuivent que des intérêts de façade.

Un véritable dialogue suppose donc, avant tout, une identification claire des acteurs légitimes.

De plus, il appartient à l'initiateur du dialogue de définir avec rigueur les thématiques à aborder:

Les questions d'État, qui concernent la souveraineté, la sécurité, la gouvernance et les réformes institutionnelles:

Et les questions de société, qui touchent directement à la vie du peuple, à la justice sociale et au développement humain.

En somme, il ne s'agit pas simplement de réunir des participants autour d'une table, mais de s'assurer que ceux qui y siègent représentent réellement les aspirations de la Nation.

C'est à ce prix que le dialogue peut être sincère, productif et porteur d'avenir.

Histoire

Entre crise, dialogue et gouvernance

Aujourd'hui avec le réalisme que nous impose notre propre histoire. Car chaque fois que notre pays a tenté de résoudre ses crises par le dialogue, des événements tragiques sont venus troubler ce processus.

Souvenons-nous:

1) Le Président KASAVUBU est tombé alors même que des pourparlers étaient engagés avec le Premier Ministre, dans un désaccord sur la nature du pouvoir.

2) MOBUTU est tombé, lui aussi, en pleine phase de négociation avec l'opposition.

3) KABILA le père, est mort, assassiné, alors qu'un dialogue était en cours.

Ces coïncidences répétées nous obligent à une réflexion profonde:

Quelle est cette frontière dangereuse entre la crise, le dialogue et la gouvernance ?

Pourquoi nos dialogues deviennent-ils le théâtre de nos effondrements. au lieu d'en étre la solution ?

Je ne parle pas seulement de la mort physique. La crise elle-même est une mort celle de la confiance, de la dignité et du respect de l'être humain.

Car au fond, notre problème n'est pas seulement politique.

Il est humain, culturel, moral.

Le manque de respect de la vie, de la sécurité sociale, de la sécurité humaine, ronge notre société. Et pourtant, dans notre culture, on ne tue pas. On ne tue pas, quelle que soit la cause, pour le plaisir de tuer.

A Mbanda, par exemple, il n'y a pas de police organisée comme à Goma, et pourtant, le matin, personne n'a été tué. Cela prouve que la sécurité ne vient pas seulement des armes, mais d'un respect mutuel, d'une conscience morale partagée.

Avant donc de parler de dialogue, demandons-nous:

Quel est le problème fondamental?

Est-ce la gouvernance? La sécurité? Ou simplement la perte du respectd e l'homme par l'homme ?

Si nous voulons que le dialogue serve à construire, et non à enterrer les vivants, alors commençons par rétablir ces bases:

le respect de la vie, la sécurité de tous, et la gouvernance fondée sur la dignité humaine.

C'est seulement à ce prix que nos dialogues deviendront des instruments de paix, et non des prétextes à de nouvelles tragédies.