Guerre dans l’Est de la RDC : l’UE entend intensifier son soutien aux efforts de paix en cours et remédier à la détérioration de la situation humanitaire

Le site des déplacés de Lushagala
Le site des déplacés de Lushagala

En dépit des avancées enregistrées sur le papier dans les processus de Washington, qui prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali  marqué par l’entérinement des accords par Félix Tshisekedi et Paul Kagame  ainsi que celui de Doha, caractérisé par la signature de l’accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Elle demeure marquée par la poursuite de l’escalade et par des accusations mutuelles de non-respect des engagements entre les différentes parties au conflit.

Cette situation était au centre d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, tenue jeudi 29 janvier 2026 à Bruxelles (Belgique), sous la direction de Kaja Kallas, Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et présidente du Conseil des affaires étrangères. Il s’agissait pour le Conseil des affaires étrangères d’échanger des points de vue sur la situation dans la région des Grands Lacs, à la lumière de la récente escalade de la violence dans l’est de la RDC

« Suite aux discussions du Conseil des affaires étrangères de décembre, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont examiné comment l'UE peut soutenir les efforts de paix fondés sur les accords de Washington et la déclaration de Doha , ainsi que les efforts de médiation de l'Union africaine . Ils se sont également penchés sur les moyens de remédier à la détérioration de la situation humanitaire et sur la manière dont l'UE peut intensifier son engagement diplomatique sur le terrain et soutenir les efforts de stabilisation régionale », renseigne le compte rendu de l'UE publié à l'issue des travaux

Consécutivement à l’entrée en jeu des États-Unis, qui prennent en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’au rôle de l’État du Qatar, impliqué dans la gestion du conflit opposant le gouvernement congolais à la rébellion de l’AFC/M23, l’Union européenne semble, selon plusieurs observateurs, prendre du recul concernant la crise dans la région des Grands Lacs. L’année dernière, au lendemain de l’occupation des villes de Goma et Bukavu par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, l’Union européenne avait joué un rôle majeur pour faire pression sur Kigali et sur le mouvement rebelle, dans l’objectif d’aboutir à la résolution de la crise en cours.

C’est dans ce cadre que les sanctions individuelles de l’Union européenne contre des responsables rwandais ont été adoptées le lundi 17 mars 2025. Elles visaient notamment des officiers de la Rwanda Defence Force (RDF), tels que Ruki Karusisi, commandant des forces spéciales déployées dans l’est de la RDC. Un autre officier sanctionné est Eugène Nkubito, commandant de la 3e division de la RDF, également déployée dans l’est de la RDC, et plus particulièrement dans la province du Nord-Kivu depuis août 2022. L’Union européenne a également ciblé Pascal Muhizi, brigadier général de la RDF et commandant de la 2e division, déployée dans l’est de la RDC depuis août 2023.

Dans les rangs de la rébellion du M23, l’UE a sanctionné Bertrand Bisimwa, président du mouvement et déjà sous le coup de sanctions de l’ONU. Désiré Rukomera, responsable du recrutement et de la propagande, John Imani Nzenze, colonel au sein du mouvement, et Jean-Bosco Nzabonimpa Mupenzi, chef adjoint des finances du M23, ont également été sanctionnés. Le chef du mouvement, Jean Bahati Musanga, est lui aussi visé. Ancien responsable des finances du M23, il est actuellement gouverneur de l’administration érigée par la rébellion à Goma.

Pour de nombreux observateurs, la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs, et plus particulièrement dans l’est de la RDC, nécessite une pression accrue et coordonnée de l’ensemble de la communauté internationale afin de contraindre les parties à honorer leurs engagements. En témoignent les récentes pressions américaines sur Kigali, qui ont finalement poussé la rébellion de l’AFC/M23, malgré plusieurs tergiversations, à quitter la ville stratégique d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, suite à une offensive menée après l’entérinement des accords de Washington.

Clément MUAMBA