Résistance de l’AFC/M23 au P-DDRCS:"les discussions de Doha ont pour objectif de mettre fin à l’existence de l’AFC/M23 dans sa forme actuelle"(Patrick Muyaya)

Patrick Muyaya
Patrick Muyaya, Ministre de Communication et porte-parole du Gouvernement

La problématique du désengagement, du désarmement et de l’intégration des groupes armés non étatiques, dans le cadre des initiatives de paix en cours, notamment les processus de Washington, piloté par l’administration Trump, et de Doha, conduit par l’État du Qatar avec l’appui de l’Union africaine, a bel et bien été prise en compte en vue de la résolution de la crise sécuritaire qui secoue la partie est de la République démocratique du Congo.

En dépit de cette prise en compte, la rébellion de l’AFC/M23 s’est toujours montrée dubitative quant à sa participation au Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS). Elle estime que son armée actuelle constitue le noyau de la future armée congolaise, rejetant ainsi l’idée de toute intégration au sein des forces de défense et de sécurité de la République démocratique du Congo.

Interrogé sur cette attitude de la rébellion, appuyée par le Rwanda, lors d’un briefing de presse tenu lundi 9 mars 2026 et consacré au P-DDRCS, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a évoqué les dispositions de l’Accord de Washington, qui accordent une place de choix à ce programme, incluant également la question de ce mouvement rebelle.

"Il faut lire le chapitre 2 de l'Accord. 2 , il faut faire parler le texte: d'une manière sequencée et coordonnée chapitre 2 sur le désengagement, désarmement et intégration: D’une manière séquencée et coordonnée avec le désengagement des forces, et comme le disposeront d’autres accords à venir, les Parties appuient le désengagement, le désarmement et l’intégration des groupes armés non étatiques prévue par d’autres accords ou processus et par le Processus de désarmement, de démobilisation, de réintégration communautaire et de stabilisation (P-DDRCS) ainsi que le Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité", a expliqué le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya devant la presse

Selon le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, les « accords à venir » évoqués dans l’Accord de Washington renvoient notamment au prochain accord attendu entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha. D’après lui, une fois signé, l’accord de Doha mettra fin à l’existence du mouvement rebelle dans sa forme actuelle.

"Si vous lisez l'Accord, les accords à venir dont on parle dans l'accord, c'est l'accord avec le fils (NDLR:AFC/M23) parceque cet accord a été signé avec le père (NDLR:Rwanda), n'oubliez pas que dans le chapitre de l'intégration conditionnelle dans les forces de sécurité lorsqu'on parle de toute réintégration éventuelle des combattants dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la Police nationale congolaise (PNC) s’effectue de manière rigoureuse, individualisée, et conditionnelle,ici le père ne signait pas pour les militaires Rwandais, c'est même inenvisageable de penser qu'on peut intégrer les Rwandais dans notre armée. Ici, le père agissait comme père du fils et donc dès que le processus de Doha se terminera le fils parce-que l'avenir, je l'ai déjà dit et je le répète les discussions de Doha ont pour objectif de mettre fin à l'existence du fils dans la forme actuelle ni la Constitution à laquelle on fait référence ni aucun document, aucune charte auxquelles nous nous réferons dans les différents processus de paix ne reconnaît l'existence d'un tel mouvement", a souligné le ministre Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement

Par ailleurs, Patrick Muyaya dit ne pas être surpris par l’attitude de la rébellion de l’AFC/M23 face à cette question, tout en rappelant qu’à l’époque des discussions de Luanda, il avait même déjà été envisagé un site de cantonnement pour le mouvement rebelle en vue de sa démobilisation.

"Il peut y avoir évidemment du bruit comme il y en a toujours mais ici, nous sommes dans les faits. Il y a des dispositions qui ont été déjà prises depuis que nous étions à Luanda notamment à Kindu des camps ont été apprêtés et je pense que c'est ce qui arrivera parce-qu'il y a justement la possibilité de désarmement et la possibilité évidemment après un processus de vetting, de réintégration individualisée tenant compte de la loyauté vis-à-vis de l'État", a ajouté le ministre Patrick Muyaya

Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington  matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations des engagements pris, alimentant une méfiance persistante et des tensions.

Les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, connaissent également un net ralentissement. Destinées à compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, ces négociations restent largement au point mort. Plusieurs mesures déjà actées, dont le mécanisme de cessez-le-feu, la déclaration de principes et l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Cette inertie diplomatique ne cesse de favoriser la reprise de violents affrontements dans l’Est de la RDC. Par ailleurs, le dialogue national, réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives de paix, tarde toujours à être convoqué. 

Clément MUAMBA