Guerre dans l’Est de la RDC : dans la continuité des consultations avec les Églises congolaises, la France presse Kinshasa de convoquer un dialogue national, gage de concorde politique et d’unité nationale

Macron recevant la CENCO et l'ECC à l'Elysée en mars 2025
Macron recevant la CENCO et l'ECC à l'Elysée en mars 2025

La convocation d’un dialogue national inclusif pour faire face à la crise sécuritaire et aux autres formes de crises que traverse la République démocratique du Congo tarde toujours à se concrétiser, en dépit de l’adoption d’une feuille de route commune par les confessions religieuses (NDLR : CENCO, ECC et autres) et les services de la Présidence.

Du côté de l’administration Tshisekedi, on estime que ce moment finira par arriver, le temps pour le Chef de l’État de l’inscrire à son agenda. De leur côté, les forces socio-politiques multiplient les appels en faveur de la tenue de ces assises. Réagissant à l’organisation, par le Togo, d’un dialogue de haut niveau consacré à la cohérence et à la consolidation du processus de paix, la France a rappelé l’urgence de convoquer le dialogue national afin de préserver l’unité nationale. 

"Pour parvenir à une paix durable et dans la continuité des consultations des Églises congolaises, la France appelle de ses voeux la tenue d'un dialogue national en République Démocratique du Congo, gage de concorde politique et d'unité nationale", a rappelé dans un communiqué lundi 19 janvier 2026, Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

La dynamique diplomatique autour de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo s’est intensifiée ces dernières semaines entre deux capitales africaines, à savoir Luanda (Angola) et Lomé (Togo). Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur dans la crise congolaise, l’Angola opère actuellement un retour progressif et discret dans ce dossier. Luanda a ainsi relancé des consultations élargies, multipliant les contacts avec la quasi-totalité des parties prenantes impliquées dans la crise.

Ces manœuvres diplomatiques, orchestrées par João Manuel Gonçalves Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, en prélude à un dialogue en gestation, se sont poursuivies avec la consultation, mercredi 14 janvier 2026 à Luanda, des délégations de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC). Les délégations étaient conduites respectivement par Fulgence Muteba Mugalu, président de la CENCO, et André Bokundoa Bo-Likabe, président de l’ECC.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts de médiation africaine menés par l’Angola en vue de la résolution de la crise politique et sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC). Les échanges ont également porté sur les décisions prises en concertation avec le président congolais Félix Tshisekedi, avec un accent particulier sur la nécessité d’avancer vers l’organisation d’un dialogue national congolais ouvert et inclusif. Un tel dialogue, impliquant l’ensemble des forces politiques, sociales et religieuses, est présenté comme une voie essentielle pour mettre fin aux conflits armés.

Les chefs religieux ont, pour leur part, exprimé leur entière disponibilité à collaborer activement à ce processus, soulignant que les Églises sont prêtes à mobiliser tous les moyens à leur disposition au service de la paix, de la réconciliation nationale et de la stabilité institutionnelle. Leur principale préoccupation demeure la recherche d’une solution consensuelle permettant de rouvrir les portes du dialogue et de restaurer la confiance entre les différents acteurs

Cette démarche du président angolais, également président en exercice de l’Union africaine, n’est, jusqu’à présent, pas considérée comme une nouvelle initiative diplomatique, tant à Luanda qu’à Kinshasa. Elle est plutôt présentée comme un prolongement des efforts africains visant à appuyer les initiatives diplomatiques déjà en cours, notamment le processus de Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que celui de Doha, conduit sous l’égide de l’État du Qatar entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23.

Toutefois, cette initiative suscite des divergences au sein de l’environnement sociopolitique congolais. L’AFC/M23, acteur majeur de la crise, affirme attendre des éclaircissements de la part de l’Angola, d’autant plus que le mouvement est déjà engagé avec Kinshasa dans le processus de Doha. De son côté, le mouvement Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila, s’est également montré dubitatif et réservé, préférant la finalisation des initiatives en cours  en particulier celle de Doha avant d’envisager un dialogue plus large incluant l’ensemble des forces socio-politiques congolaises.

Clément MUAMBA