Le gouvernement de la République démocratique du Congo reste dubitatif face aux multiples annonces de retrait de la rébellion de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Selon son porte-parole, Patrick Muyaya, il s’agirait d’une nouvelle stratégie de désinformation visant à détourner l’attention de la communauté internationale, qui avait exigé que la rébellion quitte cette zone, conformément aux positions initiales avant l’entérinement des accords de Washington.
Répondant à une question de la presse lors d’un briefing tenu samedi 17 janvier 2026 à Kinshasa, aux côtés de sa collègue des Affaires sociales et Actions humanitaires, Patrick Muyaya a affirmé connaître la tactique de l’« ennemi » et s’est interrogé sur la valeur d’un retrait qui ne serait pas effectif, sans un véritable départ de la cité d’Uvira.
"J’ai cru voir un courrier plutôt dans ce sens, mais vous savez, d’abord, ils n’auraient jamais dû être à Uvira. Ça, c’est le point de départ. Après, nous connaissons la méthode, nous connaissons la tactique. Que vaut un retrait sans départ ? Et aujourd’hui, en renfort justement des médias orientés, on va encore essayer, comme au début, de faire une simulation avec des personnes sélectionnées pour venir faire croire qu’ils sont partis d’Uvira.De toute évidence, ils n’auraient jamais dû y être, comme je le disais au début. Et pour nous, toutes les déclarations qu’ils font, en réalité, ne valent rien, parce que nous connaissons justement la tactique de la désinformation. Nous connaissons aussi les justificatifs", a réagi le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya
Se référant au narratif rwandais, centré sur les accusations de soutien aux FDLR, Patrick Muyaya a rappelé qu’à Uvira, il n’y a pas de présence des FDLR. Il considère que les annonces du départ de l’AFC/M23 constituent une stratégie visant à massacrer les Banyamulenge pour faire porter la responsabilité de ces violences au gouvernement de la République démocratique du Congo.
"Pour rappel à Uvira, il n’y a pas de FDLR, s’il faut qu’on revienne sur quelques sujets des départs. Ensuite, parce qu’il fallait justifier le narratif, on a vu l’ambassadeur du père donc du Rwanda au Conseil de sécurité revenir dans un discours où il cite neuf fois le nom de la Communauté Banyamulenge. Et donc, cette tentative ou cette nouvelle initiative n’est qu’une manière de contourner l’attention de la communauté internationale, qui s’est déjà exprimée clairement là-dessus, spécialement le gouvernement américain, qui disait qu’ils doivent quitter Uvira. Et pour nous, ils doivent quitter toutes les parties de la République démocratique du Congo. Dans ces jeux malsains, connaissant leur méthode, sûrement qu’ils vont laisser des agents infiltrés dans la ville. Et ces agents peuvent avoir le mandat d’identifier nos compatriotes membres de cette communauté, faire ce que le père et le fils savent faire, et recréer encore un autre narratif. Ça, c’est le schéma classique qui est connu" a fait savoir le porte-parole du gouvernement
Du côté du gouvernement, Patrick Muyaya a indiqué que le gouvernement reste vigilant et condamne les récents actes de pillage attribués à la coalition Rwanda–AFC/M23.
"Nous sommes donc très vigilants. Vous avez suivi ce qu’a dit la Ministre d'État, Ève Bazaiba tout à l’heure par rapport à nos populations qui veulent rentrer et qui doivent rentrer, parce qu’il y a des enfants qui doivent aller à l’école. Mais parallèlement à cela, ces fausses annonces cachent en réalité une vérité qui a été dévoilée hier. Je pense que vous avez tous suivi le point qui a été fait par le ministre provincial de la Communication de la province du Sud-Kivu, où l’on pille même du goudron destiné aux infrastructures. Ceux qui prétendent, entre guillemets, être des libérateurs sont en réalité des voleurs", a déploré Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement
Selon le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, le front judiciaire sera activé au moment opportun, une fois que la paix sera rétablie, afin de rétablir les Congolais dans leurs droits.
"C’est ça, l’action du Rwanda en République démocratique du Congo. Ce n’est pas seulement les mines. Vous avez vu que, à Goma, à Bukavu, à Uvira, partout où ils passent, non seulement ils sèment la mort et la désolation, mais ils emportent aussi du matériel roulant, des véhicules qui traversent de l’autre côté. Quoi qu’il en soit, comme nous vous le disons, nous avons un front militaire, un front diplomatique et surtout un front judiciaire. Je crois que, bien au-delà de tous ces processus de paix, il y aura un moment où nous en sortirons, mais il y aura aussi un moment où la justice devra être faite", a souligné le ministre Patrick Muyaya
Dans une correspondance adressée le jeudi 15 janvier 2026 au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le coordonnateur politique de la rébellion de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a annoncé avoir placé la ville stratégique d’Uvira sous la responsabilité de la communauté internationale. La rébellion précise que cette démarche fait suite à la décision de retrait de ses forces, annoncée dès le 15 décembre 2025 et récemment réitérée, tout en invoquant son attachement au cessez-le-feu.
Ce mouvement armé, appuyé par le Rwanda, annonce par la même occasion le désengagement immédiat de son “unité d’observation et de monitoring”, déclinant toute responsabilité future quant à la sécurisation de cette importante agglomération du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA