RDC : l’AFC/M23 accuse Kinshasa d’externaliser la crise pour masquer des défaillances de gouvernance

Corneille Nangaa lors d'une conférence de presse à Goma
Corneille Nangaa lors d'une conférence de presse à Goma

Alors que le gouvernement congolais impute la crise sécuritaire persistante dans l’est de la République démocratique du Congo à une agression du Rwanda menée à travers la rébellion de l’AFC/M23, ce mouvement armé continue de défendre une lecture radicalement différente du conflit. Pour l’AFC/M23, les causes de la crise sont avant tout internes et relèvent de dysfonctionnements profonds de l’État congolais.

Dans une communication diffusée ce mercredi 31 décembre 2025 à l’occasion des festivités du Nouvel An, Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, a vivement critiqué ce qu’il qualifie de stratégie de « diversion » du pouvoir de Kinshasa, accusé de chercher à externaliser la crise afin de dissimuler ses insuffisances en matière de gouvernance.

« La crise actuelle est essentiellement congolaise. Vouloir l’externaliser, c’est traiter les symptômes sans jamais soigner la cause. Il s’agit d’une stratégie mensongère du régime de Kinshasa visant à occulter les défaillances de sa propre gouvernance », a déclaré Corneille Nangaa.

Le coordonnateur politique de l’AFC/M23 a également dénoncé la diplomatie menée par le gouvernement congolais, estimant que les démarches entreprises à l’étranger ne permettraient pas de résoudre les causes profondes du conflit.

« Aller pleurnicher et quémander dans les capitales étrangères ne résoudra jamais le mal congolais : les tueries, les massacres, l’insécurité chronique, les conflits identitaires, la corruption, la pauvreté, le discours de haine, le tribalisme, les détournements, le banditisme urbain ou encore l’insalubrité », a-t-il poursuivi, affirmant que son mouvement aspire à « une paix vraie, juste et durable, fondée sur la vérité, la responsabilité et la fin définitive de l’impunité ».

Profitant de cette adresse, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a également exposé la vision de son mouvement pour l’année 2026. Il a tenu à préciser que la lutte de l’AFC/M23 ne s’inscrit pas dans une logique de vengeance, mais dans une démarche qu’il qualifie de responsabilité historique.

« Nous appelons les Congolais à rester unis. La légitimité et la cohésion nationale se construisent par le vivre-ensemble, la solidarité nationale, la non-discrimination et la persévérance d’un peuple qui refuse l’humiliation tout en choisissant l’ordre plutôt que le désordre », a-t-il déclaré.

Et d’ajouter :

« Le temps des manipulations, des mensonges et des fausses promesses est révolu. Désormais, le peuple congolais est debout, engagé et déterminé. L’année 2026 sera celle de la consolidation de notre lutte pour la liberté, la justice, la paix et la refondation de l’État ».

Sur le plan diplomatique, le processus de Washington, soutenu par l’administration américaine du président Donald Trump, semble avoir enregistré une avancée formelle avec l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame. Toutefois, les discussions de Doha entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, peinent toujours à produire des résultats concrets.

Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en abordant les causes structurelles du conflit — notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés — demeurent à ce stade au point mort. Plusieurs mesures convenues depuis la publication du communiqué conjoint d’avril n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Cette stagnation diplomatique a contribué à la reprise de violents affrontements entre les forces gouvernementales et l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, aboutissant à l’occupation de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Cette prise de contrôle a suscité de vives condamnations internationales, principalement dirigées contre Kigali, notamment de la part des États-Unis.

Sous la pression de la communauté internationale, la rébellion de l’AFC/M23 a finalement annoncé son retrait d’Uvira, affirmant vouloir accorder une nouvelle chance aux processus de paix en cours.

Clément Muamba