RDC : « le plus grand défi pour la femme journaliste est celui de surmonter les pesanteurs sociales », Prince Murhula (JDH)
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Dans le cadre de la célébration de la liberté de la presse, Prince Murhula, actuel coordonnateur de l’ONG Journalists for Human Right en RDC établit un bilan de la mise en œuvre de cette liberté, des défis pour une femme des médias et revient sur le programme « Canada Monde, la voix de la femme et de la jeune fille » exécuté depuis 2019.  Monsieur Prince Murhula, bonjour et merci de répondre à nos questions. Pouvez-vous nous parler des actions du JDH en RDC ?

Prince Murhula : Journalists for Human Rights JHR/JDH est une organisation Internationale de droit Canadien présente en République démocratique du Congo et d’autres Pays. En RDC, JDH travaille depuis une dizaine d’années pour former et accompagner les journalistes à produire davantage de contenus médiatiques sur les droits humains. Nous formons ainsi les journalistes, les gestionnaires des médias, les étudiants en journalisme à mieux réaliser des reportages qui éclairent la communauté sur leurs droits et éveillent les décideurs pour plus d’actions. Nous travaillons aussi avec les organisations de la société civile et les autorités locales. Actuellement, ces activités sont mises en œuvre principalement à Kinshasa et Bukavu. Mais notre champ va continuer à s’élargir selon le besoin, dans plusieurs autres villes et provinces.

JDH exécute depuis 2019, un programme dénommé « Canada world, la voix de la femme et de la jeune fille ». De quoi s’agit-il concrètement ?

Prince Murhula : ce programme est appuyé par le ministère du développement international du Canada. Il est axé essentiellement sur la promotion des droits de la femme et la lutte contre les violences sexuelles et celles basées sur le genre par les médias. Nous visons à améliorer la place de la femme dans notre communauté, dans les institutions politiques, publiques, étatiques et autres. Nous avons ainsi été très impliqués dans le plaidoyer pour la représentativité de la femme dans le nouveau gouvernement impliquant à la fois des journalistes, des organisations de la société civile, les décideurs ainsi que les parlementaires. Le résultat est là, 27% de femmes nommées contre 17% dans le gouvernement précédent et encore moins dans les gouvernements antérieurs. C’est certes un progrès, mais nous allons poursuivre la lutte pour que la femme puisse avoir les mêmes  opportunités que les hommes. 

Le 03 mai dernier, le monde célébrait la liberté de la presse. Selon vous, quel rôle joue la femme journaliste dans la promotion de la liberté de la presse dans en RDC?

Prince Murhula : depuis des années, sa place a été minimisée dans le métier partant des stéréotypes ou des conceptions sociales. Dans certains milieux,il existe des interdits qui empêchent par exemple à la femme de prendre parole en public. Toute celle qui s’engage dans un media porte ainsi le qualificatif d’une femme aux mœurs légères. Je crois fermement que les femmes ont beaucoup apporté à cette profession et qu’elles ont un rôle encore plus grand à jouer pour renforcer la liberté de la presse. Je recommande d’ailleurs aux promoteurs ou gestionnaires des médias de leur accorder les chances d’occuper des postes de responsabilité. De même pour ce qui est des opportunités de formation.  Quels sont selon vous les défis que doit révéler la femme dans les médias ?

Prince Murhula : le plus grand défi pour la femme journaliste est celui de surmonter les pesanteurs sociales. Les constructions autour de la féminité dans plusieurs coutumes ne sont pas à priori à l’avantage de la femme journaliste. Elle ne doit pas être découragée, elle ne doit pas être limitée à saisir des opportunités, à couvrir des sujets d’actualité ou d’enquête qui la passionnent simplement parce que les hommes ou la société lui portent un jugement déshonorant.

Dans l’ensemble, quel bilan établissez-vous de la liberté de la presse en RDC ?

Prince Murhula : il y avait de l’espoir en 2019 lors de la passation de pouvoir entre Kabila et Tshisekedi. Le président avait promis de mettre fin aux exactions contre les journalistes. Hélas, aujourd’hui on se rend compte que ce n’était que des promesses. Nous sommes rentrés dans la même situation qu’à l’ère des présidents Kabila ou Mobutu où les détenteurs du pouvoir cherchent à tout prix à faire taire la presse.  On note des arrestations en cascade, des agressions, des menaces, des médias suspendus ou pillés. Le dernier rapport de JED fait état de 47 cas d’attaques et violations enregistrés depuis janvier 2021. Donc, loin des discours officiels, la situation de la liberté de la presse se dégrade davantage. La crainte est encore que cela s’empire à l’approche des élections prévues en 2023. De l’autre côté, l’accès aux sources de l’information officielle pose problème. Rien n’a vraiment changé dans la pratique. Sans réformes, il n’y aura pas de changement.

Le thème en soi pour cette année est "l'information comme bien public". Comment l'appréhendez-vous ?

Prince Murhula : cela suppose que le pouvoir public cesse de garder le mystère autour de l’information. Le public a le droit à être  informé. Les journalistes ne devraient pas aussi être poursuivis ou menacés pour avoir livré une information au public car cela est effectivement un bien public. Ce thème doit vraiment interpeller les autorités.

Un mot pour terminer ?

Prince Murhula : j’invite les journalistes à ne pas perdre de vue l’importance de leur métier dans la construction de la communauté. Je reste convaincu, et comme le dit JDH dans sa devise, plus les médias informent objectivement, plus la communauté est mieux informée et exige des comptes aux autorités. C’est cela la base même du changement.

Propos recueillis par Prisca Lokale 

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