Mardi 13 avril 2021 - 15:47

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Qui sont véritablement les FDLR ? Décryptage
Photo ACTUALITE.CD/ Image d'illustration

La situation sécuritaire dans l’Est du pays semble mobiliser davantage la RDC tant d’en haut que d’en bas. Dans une communication faite à la plénière du mercredi 07 avril 2021, le Président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso Nkodia, a déclaré : « Il est temps que la communauté internationale qui a encouragé l’entrée des ADF, des Interahamwe, des FDLR et de tous les autres groupes armés, prenne aussi conscience. Nous en avons ras-le-bol ; qu’il y ait un retrait de ces groupes étrangers sur le territoire congolais ». Ces propos soulèvent la problématique de responsabilités nationales, régionales, mondiales face à l’ancrage de l’insécurité dans la partie orientale du pays.  Ce, en dépit de la présence de la MONUSCO. Qui sont vraiment les FDLR ? C’est à cette question que je tâche de répondre. Non pas pour susciter de la polémique mais plutôt dans le seul but patriotique de favoriser une meilleure compréhension du problème à résoudre.

Aussitôt après la fermeture de la zone Turquoise en juin 1994, une initiative française avalisée par les Nations unies, les fugitifs du régime de Juvénal  Habyarimana et du groupement politique qui a orchestré le génocide ont créé un gouvernement rwandais en exil dans les camps de réfugiés de l’Est de la RDC. A la suite du départ à l’étranger, notamment en Occident (France, Belgique, Canada, etc.), des réfugiés fortunés accusés de génocide, un groupe de responsables militaires (et quelques dirigeants politiques) a créé, en mars 1995, le Rassemblement pour le retour des réfugiés rwandais (RDR).

Objectif du RDR

L’objectif du RDR consiste, outre le retour et la restauration d’un gouvernement à majorité Hutu au Rwanda, à marquer une certaine distance entre les réfugiés restés dans les camps en RDC et les organisateurs rwandais en exil. Entre 1995 et 1996, le RDR avait lancé des opérations militaires au Rwanda, et avait essayé d’augmenter ses capacités militaires par des recrutements et des exercices d’entraînement dans les camps des réfugiés en RDC. Il se procurait des armes et munitions auprès des soldats des Forces armées zaïroises (FAZ) d’alors. Les opérations d’insurrection lancées contre le Rwanda de 1994 à 1996 étaient concentrées dans les provinces de Cyangungu, Ruhengeri et Gisenyi à l’Ouest du Rwanda.

Le RDR évitait généralement toute confrontation avec l’Armée patriotique rwandaise (APR), et privilégiait des attaques qui perturbaient la vie quotidienne dans des provinces frontalières de l’Ouest du Rwanda. Le démantèlement des camps de réfugiés en 1996 par l’APR, appuyé notamment par l’AFDL, a contraint les éléments du RDR ainsi que des centaines de réfugiés de se retrancher à l’intérieur du Zaïre. 

Création de l’ALIR puis des FDLR

La coordination au sein des forces survivantes du RDR a été graduellement rétablie en 1997, et a donné lieu à la création, la même année, de l’Armée de libération du Rwanda (ALIR). La distance séparant les différentes unités a conduit à la division de facto de l’ALIR. Les groupes qui opéraient dans l’Est de la RDC étaient devenus ALIR I tandis que les forces de l’ALIR II opéraient à l’Ouest. 

 C’est une antenne du groupe de l’Ouest qui a créé, en mai 2002, les FDLR. Initialement, les membres de ces dernières se limitaient aux Rwandais qui avaient combattu aux côtés du gouvernement de la RDC après 1998 lors de la seconde guerre du Congo. A l’Est de la RDC, les rebelles rwandais opposés au gouvernement du Rwanda ont continué sous la bannière de l’ALIR I jusqu’au début de 2002. Au départ, ils ne reconnaissaient pas le nouveau mouvement (FDLR) qui, de leur point de vue, n’était pas réellement un groupe d’intérêt rwandais, mais plutôt un mouvement suscité par le successeur de Mobutu contre le Rwanda. La stratégie est bien connue : « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

les rebelles rwandais opposés au gouvernement du Rwanda ont changé de position quand l’Administration des USA a intégré l’ALIR sur la liste des organisations terroristes en décembre 2001. Les branches militaires et civiles des FDLR étaient (partiellement) séparées en septembre 2003 au moment où fut créée la branche armée : les Forces combattantes Abacunguzi (FOCA). Tout comme l’ALIR, les FDLR dépendent des individus personnellement impliquées dans la planification et l’exécution des tueries massives au Rwanda.  

 

Les FDLR sont le prolongement de l’ALIR (I et II). A l’instar de celles-ci, elles sont fortement enracinées dans les différentes structures créées au sein de et par les réfugiés et combattants rwandais ayant fui leur pays après le génocide de 1994. Le leadership des FDLR reste encore dominé par les anciens chefs militaires de l’armée rwandaise ainsi que par des hommes politiques du régime qui ont dirigé le Rwanda avant et durant le génocide. Cependant, les FDLR ont réussi également à intégrer plusieurs éléments notamment des jeunes recrutés au sein de la communauté des réfugiés en RDC et qui n’ont jamais été impliqués personnellement dans le génocide. Rappelons que 27 ans se sont écoulés depuis la commission du génocide au Rwanda. Il y a donc une nouvelle génération des combattants dans les rangs des FDLR.  

Objectif des FDLR

Officiellement, les FDLR poursuivent comme objectif le renversement du gouvernement rwandais et la promotion d’une plus grande démocratie au Rwanda. En dépit de leurs capacités réduites, elles demeurent une force à ne pas minimiser dans l’Est de la RDC. En effet, elles sont encore capables d’occuper et de déstabiliser d’importantes parties des provinces du Kivu. Elles contrôlent des pans des provinces du Kivu, et constituent véritablement une force politico-militaire.

 

Les FLDR prélèvent systématiquement des taxes, exploitent les minerais, contrôlent le commerce et dominent politiquement les populations locales du Kivu.  Elles ont commis et continuent de commettre des abus en matière de droits des populations civiles. Elles sapent l’autorité du gouvernement de la RDC dans les zones soumise à leur contrôle. Leur activisme porte atteinte à la paix et la stabilité dans la Région.      

Scissions au sein des FDLR

La première scission des FDLR fut à la base de la création de RUD-Urunana, formé en 2007 à la suite d'une présumée querelle entre les dirigeants de ce mouvement, apparemment au sujet de la déclaration de Saint-Egidio de 2005 prévoyant, entre autres, la perspective d’un retour des FDLR au Rwanda. L'aile militaire du RUD, l'Armée Nationale (AN-Urunana), était sous le commandement du Colonel Jean-Damascène Ndibabaje, chef militaire tué par les Maï-Maï en 2016. RUD-Urunana a été rejoint plus tard par des déserteurs de la Force de Défense du Rwanda (RDF). En 2016, la scission interne la plus importante des FDLR a conduit à la création d'une autre faction dissidente, le CNRD-Ubwiyunge suite au contexte du commandement Est-Ouest et de discriminations internes. Le CNRD-Ubwiyunge opère sous la plate-forme du Mouvement Rwandais pour le Changement Démocratique (MRCD).

 

Les autres structures non enregistrées au Rwanda mais opérant sur cette plate-forme sont le Parti pour la Démocratie au Rwanda (PDR), le Conseil National pour le Renouveau et la Démocratie (CNRD)-Ubwiyunge, le Mouvement de la Révolution Rwandaise (RRM) ainsi que la Rwanda Dream Initiative (RDI).  

Résoudre durablement le problème inhérent aux FDLR requiert d’interroger la responsabilité à contextualiser de la RDC dans la création de ce mouvement et l’impact des dynamiques au cours de dernières années. Il est plus facile de charger les autres que d’interroger sa propre part de responsabilité. Ce, pour se corriger. C’est aussi ce que devrait être une des tâches de la commission spéciale de l’Assemblée nationale sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays.

Pour ma part, en voici ma contribution. Si modeste.

JC MWENU

Politologue

Références bibliographiques

(ROMKENA, H., « Opportunités et contraintes relatives au désarmement et au rapatriement des groupes armés en RDC. Cas des FDLR, FNL et ADF/NALU », Notes d’information, in Programme multi-pays de démobilisation et réintégration de la Banque mondiale, Washington, juin 2007.

 

Ziakwau Lembisa, M., Le système de sécurité collective de la CIRGL à l’épreuve de la situation sécuritaire en RDC, Thèse de doctorat en Relations internationales, Unikin, Kinshasa, février 2021. 

 

   

 

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