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Photo ACTUALITE.CD.

Trois ex-miliciens Raïa Mutomboki, dont le célèbre Fréderic Masudi Alimasi alias « Koko di koko », ont été condamnés ce mardi 19 novembre par le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu pour crimes contre l’humanité. Ils ont été reconnus coupables de plusieurs griefs dont les viols, meurtres, tortures, esclavage sexuel, privation de liberté, pillage et destruction de biens, actes matériels constitutifs de crime contre l'humanité commis contre les populations civiles, entre février et août 2018, dans plus de 15 villages des territoires de Shabunda et Mwenga, au Sud-Kivu.

Ainsi, Koko di Koko a écopé d’une peine de servitude pénale à perpétuité, alors que les deux autres ont respectivement été condamnés à 15 et 20 ans de servitude pénale principale. Dans son verdict, le tribunal a aussi acquitté deux autres co-accusés suite à l’insuffisance des preuves, a rapporté à ACTUALITE.CD Me Charles Cikura, coordonnateur des parties civiles.

L’Etat congolais reconnu civilement responsable

Les juges ont par ailleurs demandé des réparations financières et des soins médico-sociaux en faveur de plus de 300 victimes qui se sont constituées parties civiles. Elles devront être indemnisées par les coupables ainsi que l’Etat congolais car, exceptionnellement pour ce procès, l’Etat congolais a été reconnu civilement responsable pour avoir, d’après les juges, failli à sa mission de protéger les civils. Les parties civiles saluent cette condamnation de l’Etat congolais, et cela devrait, d’après Me Charles Cikura, interpeller les autorités à ne plus abandonner les populations à la merci des miliciens.

« Tout au long du procès, les témoignages ont révélé que pour la plupart des attaques, les autorités étaient prévenues, mais elles ne prenaient aucune précaution pour empêcher ces atrocités. Nous sommes heureux de voir les juges reconnaître l’Etat congolais comme civilement responsable », a-t-il déclaré à ACTUALITE.CD.

Dans un communiqué nous parvenu, l’organisation suisse TRIAL qui a soutenu les parties civiles dans le cadre de ce procès appelle les autorités congolaises à assumer leurs responsabilités pour que « les réparations prononcées ne restent pas lettre-morte ».

« Cette décision est un pas dans la bonne direction, reste à savoir si elle sera suivie d’effets. Des précédents ont montré que l’État était réticent à indemniser les victimes, même lorsque cela était fait à la demande des juges », s’inquiète Chiara Gabriele, Conseillère juridique de TRIAL International à Bukavu.

Ce verdict marque la fin d’un procès de deux mois débuté en septembre dernier. Il a été caractérisé par des audiences foraines à Kitutu et Kigulube, au plus près des victimes, dans le Sud-Kivu profond, ainsi que les conclusions finales (plaidoiries des parties civiles, réquisitoire du ministère public et réplique de la défense) au siège à Bukavu. Audiences au cours desquelles une soixantaine de victimes ont témoigné pour convaincre les trois juges militaires que les actes qu’elles ont subis étaient bien des « attaques systématiques et généralisées », constitutifs de crimes contre l’humanité.                                  

Justin Mwamba

 

 

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