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Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege salue le verdict rendu lundi 8 juillet 2019 par la Cour pénale internationale (CPI), reconnaissant l’ex-chef de guerre Bosco Ntaganda coupable de 18 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis entre 2002 et 2003 dans la région de l’Ituri. 

Dans un communiqué rendu public ce mardi 9 juillet, le docteur Denis Mukwege note que ce « jugement redonne confiance dans la justice pénale internationale et est source d’espoir pour les victimes » d’Ituri et de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).

« Cette décision tant attendue nous montre que la communauté humaine a l’obligation morale et juridique de fixer des lignes rouges : ceux qui ciblent les civils, violent, éventrent des femmes enceintes et utilisent les jeunes filles comme des esclaves, tous doivent être poursuivis et jugés. Nous restons convaincus qu’il n’y aura pas de paix durable ni de réconciliation dans la région des Grands Lacs et en RDC sans la justice, la vérité et des réparations pour les survivants et les communautés affectées », déclare-t-il.

Le médecin gynécologue, réputé pour ses efforts dans la lutte contre les crimes, dont les violences faites aux femmes dans l’Est de la RDC, appelle les Etats de la région des Grands Lacs à coopérer avec la CPI afin de traduire d’autres criminels devant la justice.

« La décision rendue à La Haye est un pas dans la bonne direction qui ne peut nous faire oublier que les instigateurs de l’instabilité dans la région des Grands Lacs et en RDC continuent d’occuper des fonctions dans les institutions et au sein des forces de sécurité et de défense, et poursuivent leurs entreprises criminelles en liberté dans un climat où l’impunité prévaut toujours largement. Nous appelons aussi les Etats de la région des Grands Lacs à une coopération et une entraide judiciaire franche avec la CPI pour traduire en justice les auteurs de crimes internationaux qui courent toujours. Dans cette période marquée par la tentation du repli, nous plaidons également pour que la communauté internationale intervienne partout où les populations sont en danger ou prises en otage par leurs autorités, car la souveraineté émane des peuples et ne peut être revendiquée par ceux qui ne savent ni protéger leurs citoyens ni garantir leurs besoins élémentaires, et menacent la paix et la sécurité internationale », plaide-t-il.

M. Ntaganda était accusé de 13 chefs de crime de guerre (meurtre et tentative de meurtre, attaque contre des civils, viol, esclavage sexuel de civils, pillage, déplacement de civils, attaque contre des biens protégés, destruction de biens appartenant à l'adversaire ; et viol, esclavage sexuel, enrôlement et conscription d'enfants de moins de 15 ans et leur utilisation pour les faire participer activement à des hostilités) et de cinq chefs de crime contre l'humanité (meurtre et tentative de meurtre, viol, esclavage sexuel, persécution, transfert forcé de population).

Le procès s'était ouvert le 2 septembre 2015 et les conclusions orales ont été entendues du 28 au 30 août 2018. Bosco Ntaganda est détenu par la Cour. Le procès s'est ouvert le 2 septembre 2015.

Au total, 2 123 victimes, représentées par les représentants légaux du Bureau du conseil public pour les victimes, Sarah Pellet et Dmytro Suprun, ont participé au procès sur autorisation de la Chambre. La Chambre de première instance a rendu 257 décisions orales et 347 décisions écrites. Le dossier complet de l'affaire, qui contient les écritures des parties et des participants ainsi que les décisions de la Chambre, compte à ce jour plus de 2 300 documents.

Claude Sengenya

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