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Plus d'une centaine d'infirmiers et médecins de Butembo et environs (Nord-Kivu) ont manifesté, ce mercredi 24 avril, dans les rues pour réclamer que leur sécurité soit garantie. Ces professionnels de santé disent regretter qu'ils soient pris pour cible par des inconnus alors qu'ils contribuent à la riposte contre la maladie à virus Ébola qui a déjà fait des centaines de morts.

Leur marche de colère est partie du bureau de la Zone de santé de Butembo, en passant par le boulevard président de la République avant de chuter à la mairie de Butembo où ils ont remis à l'autorité urbaine un mémorandum dans lequel ils exigent des garanties sécuritaires.

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"Notre sécurité n'est pas assurée. La population s'en prend à nous, infirmiers et médecins, nous accusant d'entretenir Ebola pour tuer les gens. Nous tenons à indiquer que nous ne sommes pas là pour tuer. Les infirmiers et les médecins ne tuent pas, mais sauvent des vies. Si on vous demande d'aller dans une structure sanitaire appropriée, c'est pour votre bien. La population doit savoir qu'Ebola existe et que nous sommes tous victimes. Parmi les personnes victimes d'Ebola, 10% sont constitués des personnels soignants et leurs familles. Nous donnons à l'autorité une semaine pour nous assurer la sécurité. Si cela n'est pas fait, nous allons décréter une grève sèche à la première semaine de mai", a déclaré le docteur Kalima Nzanzu, président de la cellule locale de l'ordre des médecins et l'un des organisateurs de la manifestation.

Cette manifestation des professionnels de santé intervient à la suite des assassinats de deux de leurs collègues engagés dans les activités de lutte contre l'épidémie d'Ebola, notamment l'épidémiologiste camerounais travaillant pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), lâchement abattu vendredi dernier par des hommes armés pendant qu'il présidait une réunion dans l'enceinte des cliniques médicales de l'Université catholique du Graben (UCG).

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Réceptionnant leur mémorandum, le maire de Butembo a dit regretter cette situation de résistance et d'attaque dont sont actuellement victimes les professionnels de santé engagés dans la riposte.

"Votre situation est regrettable. Pendant que vous voulez sauver des vies, vous êtes malheureusement menacés, tués... Ça nous interpelle nous, autorité. Nous vous rassurons que nous sommes engagés à assurer la sécurité des personnes engagées dans la riposte. Nous devons conjuguer les efforts pour sensibiliser cette communauté dont nous faisons partie. [Entre-temps], je ne vous encourage pas d'abandonner votre mission, donnez-nous encore une chance, une opportunité de peaufiner des stratégies pour assurer la sécurité", a sollicité le maire Sylvain Kanyamanda, promettant de partager le contenu du mémorandum avec sa hiérarchie pour une solution.

L'autorité urbaine a profité de cet échange avec les infirmiers et médecins pour les rassurer que quelques suspects dans l'assassinat du docteur Richard Mouzoko, l'épidémiologiste de l'OMS, sont déjà arrêtés et seront traduits en justice et qu'un procès public sera tenu pour rendre justice afin “d’essuyer les larmes" des professionnels de santé.

Par ailleurs, les manifestants ont recommandé à l'autorité d'organiser un dialogue social avec les communautés pour tenter de contenir la résistance ainsi que les attaques armées, et de plaider pour qu'une prime spéciale soit allouée aux agents engagés dans la riposte contre Ébola.

Claude sengenya