La République démocratique du Congo a répondu favorablement à la proposition de l’Angola visant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, à partir de midi ce mercredi 18 février 2026. Selon la partie congolaise, cette proposition est acceptée dans un esprit de responsabilité, d’apaisement et de recherche d’une solution pacifique au conflit.
Cependant, alors que Kinshasa a officiellement accepté le principe d’un cessez-le-feu dans l’est de la République démocratique du Congo, la rébellion, également appelée à se prononcer sur cette initiative angolaise, s’est montrée hésitante et dubitative. Interrogé par la presse à l’issue d’une réunion de travail avec la MONUSCO vendredi 13 février à Goma, Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent de l’AFC/M23, s’exprimant au nom du mouvement rebelle, a réaffirmé l’attachement de son organisation au processus de Doha, sous l’égide du Qatar.
Négociateur du mouvement à Doha, Benjamin Mbonimpa a déclaré ne pas comprendre le sens de la démarche angolaise, d’autant plus que son mouvement n’a pas pris part à la réunion ayant conduit à cette proposition.
"Nous ne sommes pas informés de ce qui a été décrété par l'Angola, nous nous sommes toujours respectueux de ce qui se fait à Doha et nous assumons toute responsabilité sur le processus de Doha. Ce qui se passe en Angola, nous n'avons pas été invités, nous ne savons même pas le contenu mais nous, nous avons toujours été respectueux du cessez-le-feu plusieurs fois signé unilatéralement, cette fois là, cela a été consacré à Doha", a déclaré Benjamin Mbonimpa, Secrétaire permanent de l’AFC/M23.
Cette divergence de vues, dès le départ, entre Kinshasa et la rébellion appuyée par le Rwanda, à la veille de ce que l’on peut qualifier de "date fatidique", est perçue par l’opinion publique comme un mauvais départ pour le cessez-le-feu angolais. Beaucoup craignent que cette initiative connaisse le même sort que les précédentes tentatives, d’autant plus qu’il ne s’agit pas de la première initiative visant à instaurer un cessez-le-feu sur le terrain dans le cadre de la crise persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo. Nombre d’observateurs rappellent, à ce sujet, les initiatives antérieures restées sans effet. La première est la trêve annoncée en février 2025, à la suite de l’occupation des villes de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu), laquelle n’a jamais été exécutée ni respectée.
La deuxième initiative concerne le cessez-le-feu convenu entre mars et avril, après la signature d’un communiqué conjoint à Doha entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23. Ce communiqué, lu à la grande surprise du public sur la télévision nationale RTNC, n’a, là encore, pas été respecté. Trois mois plus tard, au mois de juillet de la même année, un cessez-le-feu permanent a été conclu à Doha, sans être appliqué. Par la suite, la signature du mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu est intervenue, mais ce mécanisme n’a, jusqu’à ce jour, jamais été mis en œuvre sur le terrain, dans un contexte toujours marqué par des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu entre les deux parties.
Ce même pessimisme a été exprimé par le prix Nobel congolais de la paix Denis Mukwege, qui a mis en doute la durabilité du dernier cessez-le-feu envisagé dans l’est de la RDC face aux rebelles de l’AFC/M23. Interrogé par un média européen, le dimanche 15 février, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, il a estimé que cette initiative risquait de s’apparenter à une simple trêve, sans que l’on sache combien de temps elle pourrait tenir. " Nous avons déjà vu de nombreux cessez-le-feu en RDC qui n’ont pas duré ", a-t-il fait remarquer.
Toutefois, l’adoption de la résolution 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies, renouvelant pour une année le mandat de la MONUSCO avec un objectif révisé, place désormais la Mission onusienne en première ligne du soutien aux efforts de paix. Ceux de l’Union africaine et de la médiation togolaise, ceux des organisations sous-régionales et de leurs facilitateurs, ainsi que ceux des États-Unis et du Qatar, semblent commencer à faire bouger les lignes.
Cette dynamique est notamment illustrée par l’arrivée à Goma de la Cheffe de la MONUSCO par intérim, dans le cadre des préparatifs liés au suivi et à la vérification du cessez-le-feu. Il s’agit d’une étape opérationnelle importante, après une interruption prolongée de l’accès à cette ville par voie aérienne depuis janvier 2025. Lors de son dernier séjour en République démocratique du Congo, Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de paix, a affirmé que la MONUSCO est prête à jouer pleinement son rôle. Il a précisé que la Mission entend soutenir, dans les plus brefs délais, les efforts en vue de la mise en œuvre d’un cessez-le-feu, en commençant par Uvira, avant une extension progressive, espérée, vers l’ensemble des zones affectées par la situation sécuritaire actuelle.
Pour certains observateurs, la seule volonté de l’Organisation des Nations unies ne suffit pas ; la bonne volonté des parties prenantes est également indispensable pour faire avancer l’agenda de la paix, à commencer par le respect effectif du cessez-le-feu. Ce constat est d’autant plus renforcé par la récente interview d’António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, accordée à RFI, au cours de laquelle il a rappelé que l’action de la Mission onusienne en République démocratique du Congo demeure limitée, celle-ci n’ayant "pas la capacité d’imposer la paix ". Les deux parties au conflit portent ainsi la lourde responsabilité de privilégier l’intérêt des populations civiles, premières victimes de la guerre, afin de faciliter et d’accompagner, en collaboration avec la MONUSCO, la mise en œuvre effective du cessez-le-feu.
Cette proposition du cessez-le-feu fait suite à une rencontre tenue à Luanda entre le président angolais João Lourenço, le président congolais Félix Tshisekedi, le président togolais Faure Gnassingbé, médiateur de l’Union africaine, et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, représentant des anciens chefs d’État désignés par l’UA comme facilitateurs du processus de paix en RDC.
Cette dynamique diplomatique a été précédée par une réunion de haut niveau tenue à Lomé, au Togo, le 17 janvier 2026, consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. Initiée par Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil des ministres de la République togolaise et médiateur principal désigné par l’Union africaine pour l’est de la RDC, cette rencontre a réaffirmé sa volonté de travailler en étroite coordination avec les États-Unis et le Qatar, afin d’encourager les différentes parties à honorer leurs engagements.
Clément MUAMBA