Ktendi. Documentaire de Okoko Nyumbaiza

Plusieurs dates circulent… toujours est-il que pour certains, le 10 février est la Journée mondiale de la sape, comprenez la société des ambianceurs et des personnes élégantes. Apparu en RDC aux alentours des années 1970, ce mouvement est  directement lié à la sapologie. Connue mais pas toujours comprise, la sape est la thématique centrale du documentaire (26 minutes) réalisé par Okoko Nyumbaiza, primé à la dernière édition du Congo International Film Festival (CIFF) de Goma. Rencontre avec ce jeune talent qui a voulu magnifier la sape.

Photo de tournage

Okoko Nyumbaiza, merci de répondre à nos questions. Pouvez-vous vous présenter en peu de mots pour nos lecteurs?

Je suis réalisateur et co-fondateur d’une boîte de production qui s’appelle Lelo Lobi NMW, basée à Kinshasa.

Avec votre caméra, vous nous proposez une magnifique immersion au cœur de la SAPE. Comment le contact a-t-il été établi avec les membres de la religion Kitendi que l’on voit dans votre film ?

Je connaissais déjà certains sapeurs. La plupart d’entre eux sont souvent invités sur des plateaux TV, tous les dimanches. La première personne que j’ai rencontré c’était Kidoda, le personnage principal du film. Le contact a été aisé puisque ce sont des personnes qui sont habituées aux objectifs des photographes. Au fil des discussions avec Kidoda, j’en suis arrivé à lui proposer ainsi qu’à ses amis (Dada Weston, Madesu ya bana, Seleo…) de faire un film sur leur groupe qui s’appelle “Les léopards de la sape”. Une fois le contact établi, je leur ai expliqué que j’allais les suivre avec ma caméra, que j’allais devenir leur ombre de manière à entrer dans l’intimité du groupe.

Quelles étaient vos intentions en réalisant ce film ? Souvent quand on parle de la SAPE, ce ne sont pas les clichés et autres stéréotypes qui manquent. Quel message véhicule votre film ?

A vrai dire je connaissais très mal la sape, ce que je voulais c’était de montrer des sapeurs ordinaires porter cette culture qu’ils ont hérités de Papa Wemba et des autres. Ce qui m’a le plus fasciné, c’est cet engagement, cet amour, cette passion pour la sape. Il faut aussi savoir que la sape est devenue quelque chose de culturel en RDC.. Ce sont des personnes qui ont un niveau de vie relativement bas mais ils sont en mesure de trouver des vêtements tape à l’oeil. Je me suis souvent demandé comment Kidoda, par exemple, qui vit dans un petit studio, arrive à s’acheter des vêtements aussi chers... Mon film voulait aller en profondeur pour savoir comment un sapeur ordinaire vit, dort, trouve ses vêtements et s’organise. Le film a tenté de répondre modestement à toutes ces questions.

Les sapeurs que vous nous présentez dans le film l’ont-ils vu ? Quelle a été leur réaction ?

Le film a été vu et programmé lors du festival du cinéma de Kinshasa (Fickin). Malheureusement, je n’avais plus les coordonnées des sapeurs… j’ai cherché les coordonnées de Kidoda, en vain. Il faut savoir aussi que la sortie du film a coïncidé avec un moment de leur carrière où ils voyageaient énormément. Mais nous avons prévu avec la production d’organiser une projection dans le cadre de la Journée internationale de la sape ainsi on pourra les inviter.

Pouvez-vous nous dire sur quel projet vous travaillez actuellement ?

Mon prochain film documentaire va se passer à Beni parce que c’est une ville dans laquelle j’ai vécu pendant plusieurs mois. Cette réalité à propos des rebelles ougandais que j’ai connu sur place m’a heurté. Je veux travailler sur les exactions des ADF-Nalu sur les populations de cette partie du Congo. Comme je ne suis pas un militaire et que je n’ai pas les moyens, la seule chose que je peux faire, c’est un film sur cette ville et ses multiples réalités. Le film va s’articuler autour d’un journaliste qui tente de conscientiser en RDC et au niveau de la communauté internationale à propos de la barbarie des ADF-nalu sur les populations de Beni et ses alentours. Entre temps je travaille sur d’autres projets en développement.

Que représente le cinéma pour vous ?

L’image est quelque chose de très importante pour un peuple et la manière de se représenter doit être réfléchie.  Il y a énormément de choses à dire via le cinéma, c’est ce qui me pousse à faire ce métier: nous représenter en tant que congolais en dehors de tous les prismes du misérabilisme qui existent quand on porte le regard sur nous.  Mon rôle en tant que cinéaste est de parler directement à mes concitoyens congolais avant même de pouvoir atteindre une dimension universelle dans mes films.

Propos recueillis par Kudjirakwinja Nabintu

Catégorie