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Le Groupe d'études sur le Congo (GEC) de l'Université de New York et le Bureau d'études, de recherches et de consulting international (BERCI) ont publié le 30 octobre un sondage sur les élections du 23 décembre. Félix Tshisekedi arrive en tête des intentions de vote loin devant Emmanuel Ramazani Shadary, selon les résultats de ce sondage. Les deux institutions ont été largement critiquées par la coalition au pouvoir. Pour elle, BERCI est sous l’influence d’Olivier Kamitatu et le GEC travaillerait pour Félix Tshisekedi. ACTUALITE.CD a interrogé Jason Stearns, directeur du GEC, sur les objectifs de ce sondage et les financements de l’enquête.

Interview.  

Pourquoi menez-vous ces sondages? Pour quel objectif?

La politique congolaise est trop souvent dominée par des étrangers - comme moi - ou des membres de l'élite politique congolaise. Nous voulions infuser le débat politique avec les opinions de citoyens congolais ordinaires. Une majorité de répondants vivent dans des zones rurales, gagnent moins de 2 dollars par jour, et sont des agriculteurs ou des ouvriers. Que pensent-ils des questions politiques clés telles que la nécessité de modifier la constitution pour permettre à Kabila de briguer un autre mandat ou de créer un tribunal pour juger les crimes de guerre au Congo? Que pensent-ils de leurs dirigeants et de leurs candidats potentiels?

La valeur des sondages a été prouvée dans de nombreux pays. Il rend les politiciens redevables, informe les décideurs politiques et permet aux personnes qui n'ont généralement pas voix au chapitre de se faire entendre. Bien sûr, comme nous le savons de l’expérience d’autres pays, y compris des États-Unis, le résultat du sondage n’est pas infaillible, mais nous pensons qu’il est important de cultiver une culture du sondage d’opinion au Congo. Nous savions que nos premiers sondages seraient accueillis avec suspicion, et c’est effectivement le cas. Mais nous espérons qu’en étant transparents et rigoureux, nous pourrons créer la confiance dans les sondages en général et que nous pourrons inciter d’autres à mener également des sondages politiques rigoureux.

Qui finance ces enquêtes?

Cela dépend. Nous avons effectué 5 sondages depuis 2016. Le premier a été financé par Humanity United, une fondation philanthropique appartenant au groupe Omidyar (Pierre Omidyar était le fondateur du site eBay). D'autres sondages ont été financés par le gouvernement néerlandais et le Social Science Research Council, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis.

Quel rapport fonctionnel existe-il avec BERCI?

BERCI est notre partenaire dans les sondages depuis le début de cette initiative en 2016. Il s'agit, je crois, du principal institut de sondage au Congo, ayant mené des sondages et des enquêtes pour la Banque Mondiale, le National Endowment for Democracy et les agences de l'ONU. Nos sondages sont menés ensemble. Alors que le GEC fournit le financement, nous élaborons le concept et le questionnaire ensemble. Le personnel de BERCI au Congo mène ensuite les entretiens, qui sont immédiatement téléchargés en ligne  (dans le cloud) via des tablettes que nous avons programmées, ce qui nous permet d'avoir un accès immédiat aux résultats. Par le passé, nous avons également engagé un expert en sondages externes pour évaluer notre précision et nous aider à améliorer nos opérations. Nous analysons ensuite les données ensemble et rédigeons le rapport en équipe.

Quelle garantie qu’il n’existe pas une éventuelle influence d’Oliveir Kamitatu sur BERCI et sur ces enquêtes?

Kamitatu était le cofondateur de BERCI avec Francesca Bomboko en 1990. Après l’accord de Lusaka de 1999, lorsque Kamitatu a rejoint le MLC, il a démissionné de BERCI. Depuis lors, il n'a joué aucun rôle dans l'organisation. Mais c'est notre rigueur méthodologique qui est la plus grande garantie contre n’importe quel interférence politique. J'encourage d'ailleurs vivement aux autres journaux et centres de recherches à mener leur propres sondages.

Comment cela s'est-il fait que vous soyez cité dans Pamoja?

Franchement, je n'en ai aucune idée. Je n'avais jamais entendu parler de cette organisation, qui avait été embauchée pour faire du lobby pour le compte de Felix Tshisekedi aux États-Unis. J'ai été surpris de voir notre nom sur leur site Web, car bien sûr, nous n'avons rien à voir avec la campagne de Tshisekedi. Nous les avons immédiatement contactés pour leur demander de retirer notre nom. Ils se sont excusés et ont retiré notre nom du site Web, affirmant qu'ils avaient uniquement l'intention de désigner d'autres sources d'informations générales sur la RDC. Je dois dire que j'ai du mal à comprendre pourquoi ils ont entretenu ce type d'ambiguïté sur leur site Web. Il est en outre décevant qu'au lieu d'essayer de déterminer s'il existe un lien réel entre nous et Tshisekedi, certains sites d'informations congolais ont décidé de susciter une controverse qui n'existe pas.

Quels sont les éléments qui prouvent l’indépendance du GEC?

Premièrement, nous sommes basés à l’Université de New York et faisons partie d’un établissement éducatif qui n’est pas autorisé à participer à des campagnes politiques. Je pourrais perdre mon travail et ma réputation et l'Université de New York pourrait avoir de graves problèmes avec le gouvernement américain si nous le faisions. Regardez aussi les preuves. Les gens disaient que Moïse Katumbi nous manipulait. Si tel est le cas, pourquoi publierions-nous un sondage mettant Tshisekedi en tête, les relations entre les deux n'étant plus aussi solides? Si nous sommes à la solde de Felix Tshisekedi, pourquoi aurions-nous publié un sondage en février de cette année ne lui octroyant que 13% des voix?

 

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