A Trois Heures, prend fin le sommeil. Bon de commande et argent bien sécurisés autour de leur hanches, elles se réveillent tôt pour se coucher tard.

Bassins à la tête, elles laissent maris et enfants pour acheter des pains à revendre en détails dans les rues de la capitale congolaise. Tout un risque!

Le complexe, ces femmes kinoises dont leur âge varie entre 35 et 60 ans  ont su s’en débarrasser au profit de leur autonomisation dans une ville surpeuplée et où la débrouille est une doctrine imposée par la réalité.

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Frappées par un piquant soleil régulier à Kinshasa et une chaleur étouffante, ces femmes courageuses déferlent à pieds dans tous les quartiers kinois pour épuiser leurs stocks.  Objectif : Trouver de quoi survivre … nourrir leurs enfants.

Trop de risques à prendre « mais nous n’avons pas deux choix », se contente de murmurer Aline, la quarantaine, au sourire tranchant avec son  visage qui ne flétrit pas. « Ce n’est pas une aventure qu’on peut bien s’imaginer, mais c’est toute une vie qui est engagée pour subvenir au quotidien d’une famille », nuance-t-elle.

A Kinshasa, Bouillonnante mégapole surpeuplée d’habitants qu’on n’a pas jusque là réussi à dénombrer, mais également où nulle n’est trop jeune ni trop vieux pour faire la débrouille, il suffit de vadrouiller le long de grandes artères avant le lever du soleil pour s’imprégner du combat de ces femmes pour leur autonomisation.

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"Plus fortes et courageuses qu'elles n'existent pas", complimente Eugène, cumulard homme d'affaires et tenancier d'un magasin dans la commune de Kasa Vubu.

<strong>Au moins 5 dollars par Jour</strong>

La plus démunie lance cette activité avec un maigre budget de 10 000 FC ( 6,25 USD) pour un bénéfice de 8 000 FC ( 5 USD). Avec un prix d’achat à l'unité de 80 FC, elle gagnent 120 FC avec un prix de revente fixé  à 200 FC

Au premier réflexe, ces femmes bousculées et négligées dans les rues de la capitale congolaise arrachent mensuellement plus qu'un fonctionnaire, militaire ou policier. "C'est ce qui nous permet de faire survivre nos familles (...) tout ce que nous avons c'est la force et le courage", explique Aline.

Avec son capital de 30 000 FC, la congolaise originaire de gigantesques forêts de l'équateur revendique quotidiennement 24 000 FC d'intérêt (15 USD).

Un métier qu'elle ne peut pas lâcher parce vital pour la survie de leurs familles respectives.  "c'est là que j'obtiens tout ... loyer , frais scolaires et académiques pour mes enfants, repas etc", argumente-t-elle, reconnaissant que la vente des pains est "convoitée" par des "jeunes intellectuels sans emplois".

Difficile de savoir à combien sont ces femmes vendeuses des pains à Kinshasa. "Elles sont partout, c'est presque la débrouille qui regorge le plus grand nombre des femmes à Kinshasa", estime un cadre de la division urbaine de commerce à l'hôtel de ville.

Et de passer aux aveux  : "Si nous ne savons pas à combien sont les habitants de la ville, comment saurons - nous le nombre de vendeuses des pains ?".

<strong>Les bavures policières</strong>

Sur l’avenue de la libération (ex 24 Novembre) dans la commune de Lingwala qui abrite la très populaire cathédrale de Kinshasa, le parlement ou alors le commissariat général de la police passant par la télévision d’Etat (RTNC), elles engagent tôt la route à pieds pour affluer vers la boulangerie « Victoire » dans l'avenue des Huileries.

Encore, il faut arriver à l’heure. « C’est un bon métier que j’aime », avance une motivée.

« J’ai commencé dans la maison de ma mère, c’est elle qui m’avait initié (…). J’ai 15 ans dans ce métier, je me retrouve bien parce que je paie les études de mes enfants, je suis veuve, mère de 6 enfants dont un qui a terminé ses études l’année dernière à l’ISC et un autre qui présente l’examen d’Etat cette année. Je paie une maison et survie normalement », témoigne Chantal 48 ans et détentrice d'un baccalauréat  (diplôme d'Etat).

Sur le parcours quotidien de ces femmes, un obstacle majeur : les tracasseries policières.

A Kinshasa, personne n’échappe à la fouille. « de telles opérations nous les faisons pour rechercher des terroristes et des inciviques», se borne à dire un officier de police errant le long de l'avenue Kabinda dans la commune de Lingwala.

« Ils nous font perdre le temps en nous fouillant, nous obligeant les cartes d’électeurs, pour perdre utilement le temps », déplore Chantal.

Au finish de la pagaille, les policiers rançonnent les pauvres dames : « ils nous obligent de donner au moins 1000 FC (6,25 USD) chacune. On est obligé de garder au moins cet argent à côté chaque jour pour les policiers, c’est une perte pour nous », déplore Anny, une autre vendeuse des pains.

<strong>“Nous n'allons pas toute devenir députée ou ministre”</strong>

Qui ne risque rien n’a rien, dit-on, mais tout ce que ces dames demandent auprès du pouvoir est de « bien vouloir tenir compte de notre situation", plaide cette dame qui n'a rien à voir avec la politique.

"Ma politique , c'est savoir comment vendre mes pains. Rien d'autres", affirme Anny.

"Nous n’allons pas toute devenir ministre ou député. Notre vie est celle-ci, dans la vente des pains. Nous demandons juste qu’on nous épargne de ces Kulunas qui nous volent et nous violent la nuit pendant que nous allons chercher les pains" se plaint-elle, révoltée.

A cette voix métallique dépistée par un ton Kinois,  s’est jointe celle de Kapinga qui vend des pains depuis sa jeunesse.

"J’ai 58 ans. Ce travail ne produit plus comme  auparavant (…). Mes enfants ont étudié grâce à ça. Ils s’occupent actuellement de moi. Mais moi, j’y tiens toujours, j’ai de bons souvenirs dans ce métier, je suis déjà habituée, je ne supporte pas rester inactive".

"Lipa"(le pain), cette denrée vendue chaque jour par ces femmes "debouts" est vraisemblablement l'un des aliments les plus consommés de Kinshasa.

<strong>Christine Tshibuyi</strong>

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