Comment faire en sorte que les richesses minières de la République démocratique du Congo profitent davantage à sa population ? C’est l’une des principales questions au cœur de la 10ᵉ édition de l’Alternative Mining Indaba/RDC, ouverte ce mercredi à Lubumbashi. Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par l’intérêt croissant des partenaires internationaux pour les minerais stratégiques congolais, indispensables notamment aux industries de la transition énergétique.
À l’ouverture des travaux, le docteur Claude Kabemba, directeur de Southern Africa Resource Watch (SARW), a appelé à une évaluation approfondie des accords conclus par la RDC avec ses partenaires étrangers, au-delà des annonces officielles.
« Les ressources minières de notre pays doivent profiter à son peuple », a-t-il déclaré, rappelant la place de la RDC dans la production mondiale de cobalt et dans la production africaine de cuivre.
Pour lui, la persistance de la pauvreté dans un pays doté d’importantes ressources naturelles constitue une contradiction qui doit interpeller les décideurs publics et les citoyens.
« Comment un pays riche en ressources minières se retrouve-t-il encore parmi les pays pauvres ? Cette contradiction doit nous interpeller et nous amener à nous demander ce que notre pays en tire », a-t-il souligné.
Claude Kabemba estime que l’exploitation des ressources naturelles doit contribuer au développement des industries locales, au financement des écoles, à la protection de l’environnement et à l’amélioration des conditions de vie des populations. Il a insisté sur la nécessité de placer les besoins humains au centre des politiques de développement du secteur minier.
Le directeur de SARW a notamment évoqué le partenariat entre la RDC et l’Union européenne sur les matières premières durables, le corridor de Lobito, les accords sino-congolais ainsi que l’accord conclu plus récemment entre Kinshasa et Washington.
Ces différentes initiatives, a-t-il expliqué, méritent d’être examinées à la lumière des intérêts économiques et sociaux du pays.
« Un pays qui négocie à l’international doit savoir ce qu’il veut faire chez lui », a-t-il affirmé, soulevant plusieurs interrogations : quelle part des revenus miniers revient effectivement à l’État ? Quels mécanismes protègent les communautés locales ? Et qui s’assure que les engagements pris par les différentes parties sont respectés ?
Pour Claude Kabemba, l’objectif de cette rencontre n’est ni de rejeter systématiquement les partenariats étrangers ni de les accepter sans examen, mais d’en évaluer les avantages, les limites et les effets sur le développement national.
Il a plaidé pour une répartition plus équitable des revenus miniers et pour une politique permettant à la RDC de transformer davantage ses ressources sur place, tout en favorisant le développement de ses territoires.
que les accords internationaux doivent contribuer à renforcer l’économie nationale et à diversifier ses activités.
« La présente édition prolonge cette réflexion en nous invitant à analyser les accords pour que leurs retombées soient manifestes dans notre pays, par une valeur industrielle palpable », a-t-il déclaré.
Le gouvernement insiste sur la souveraineté et la transformation locale
Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, s’est également exprimé à travers son conseiller, Franck Fwamba. Le message transmis met l’accent sur la capacité de la RDC à définir sa propre stratégie de développement, dans le respect de sa souveraineté.
Le gouvernement a, dans ce cadre, réaffirmé l’importance d’une société civile libre, en mesure de contribuer à l’amélioration de l’action publique et au suivi des engagements pris dans le secteur extractif.
« La responsabilité minière ne s’arrête pas aux accords, elle touche aussi à l’après-mines », a souligné le représentant du ministre.
L’exploitation des ressources minières doit, selon cette intervention, contribuer à la réduction de la pauvreté et préparer les bases d’un développement durable. La transformation locale et la participation des communautés aux bénéfices de l’activité minière figurent parmi les priorités évoquées.
Franck Fwamba a également appelé à faire de cette édition un espace de dialogue franc, capable de déboucher sur des recommandations concrètes et quantifiables à court, moyen et long terme.
Prévue du 28 au 30 octobre 2026 à Lubumbashi, cette 10ᵉ édition réunit une centaine de participants, en majorité des acteurs de la société civile congolaise, des représentants des communautés locales et des partenaires diplomatiques.
Les participants proviennent notamment de Kinshasa, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Haut-Lomami et de l’espace Kasaï, témoignant de l’intérêt national des questions liées à la gouvernance des ressources naturelles.
Au cours de ces trois journées, les échanges porteront sur les opportunités offertes par les accords internationaux, les défis liés à leur mise en œuvre et les perspectives permettant d’en améliorer les retombées économiques et sociales.
L’enjeu sera notamment de déterminer dans quelle mesure ces partenariats peuvent favoriser la mobilisation des recettes publiques, la création de valeur ajoutée sur le territoire national, la protection de l’environnement et l’amélioration des conditions de vie des communautés riveraines.
Au-delà des engagements diplomatiques et des volumes de minerais exportés, les discussions devront ainsi contribuer à préciser les mécanismes de suivi, de transparence et de redevabilité nécessaires pour que les ressources stratégiques de la RDC participent effectivement au développement du pays.
José Mukendi