Comme lors de son discours de mai 2025, plusieurs années après son départ du pouvoir et un an après sa dernière prise de parole, l’ancien chef de l’État Joseph Kabila Kabange s’est une nouvelle fois montré très critique vendredi 9 octobre 2026 à l’égard de son successeur, Félix Tshisekedi et du bilan de son ancien allié dans le cadre de la coalition FCC-CACH à la tête du pays à la suite de la première alternance politique et pacifique entre les deux personnalités.
Tout en dénonçant la dégradation de la situation générale du pays depuis son départ de la magistrature suprême, l’ancien président a promis d’annoncer « dans les heures, les jours et les semaines à venir » des actions concrètes visant, selon lui, à « sauver » le pays. Il estime que la situation n’a cessé d’empirer, sans qu’aucune perspective crédible d’amélioration ne se dessine
Déplorant le fait que l’administration de Félix Tshisekedi n’ait pas pris en compte ses différentes propositions pour sortir le pays de la crise, Joseph Kabila affirme ne plus rien attendre de ce pouvoir. Il accuse également son successeur de s’entêter notamment en raison de la signature d’un accord de partenariat stratégique avec les États-Unis d’Amérique. Bien que critique à l’égard de cet accord, Joseph Kabila semble toutefois nuancer son discours en rappelant qu’un accord de cette nature est conclu entre États et non entre individus, et que sa continuité ne dépend pas de la pérennité des régimes politiques en place
« Il n’y a pas non plus quoi que ce soit à attendre de ce pouvoir, parce que, pour avoir signé l’Accord sur les minerais critiques avec les États-Unis d’Amérique, il se croit, à tort, assuré du soutien inconditionnel de ce pays. Il oublie, en effet, qu’il s’agit d’un accord entre États et que les droits et obligations des parties, aux termes de pareils accords, sont garantis par le principe de la continuité de l’État, et non par la pérennité des régimes en place », a fait remarquer Joseph Kabila Kabange dans son discours.
Au regard de tout ce qui précède, a-t-il fait savoir, une double conclusion s’impose. Premièrement, selon Joseph Kabila Kabange, « le Congo est en péril ; le sauver est un impératif et une urgence ». Deuxièmement, a-t-il poursuivi, « trahi par celui qui avait fait le serment de le protéger, et ne pouvant compter sur personne sinon lui-même, le peuple congolais, première victime de la tyrannie et de ses barbaries, a rendez-vous avec l’histoire : ou bien il se prend en charge aujourd’hui, ou il trahit son destin de grandeur ».
« Face à ce choix pour le moins existentiel, rigueur d’analyse, loyauté à la nation, force de conviction, courage et engagement résolu de chacun sont de mise. N’étant pas de ceux qui se dérobent à leur devoir, je partagerai donc avec notre peuple, dans les heures, les jours ou les semaines à venir, ma conviction sur ce que nous devons entreprendre ensemble pour répondre à la gravité et à l’urgence de la situation, et ainsi sauver la République démocratique du Congo, notre beau et cher pays », a déclaré Joseph Kabila Kabange.
Cette sortie de Joseph Kabila intervient dans un contexte marqué par des tractations autour de l’initiative de dialogue national lancée par le président Félix Tshisekedi, sur fond de fortes tensions politiques et sécuritaires en République démocratique du Congo (RDC). Officiellement annoncé en août 2026 sous l’appellation de « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », ce processus doit selon la Présidence de la République s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité du pays. Il devrait s’étendre sur une période maximale de trois mois, en commençant à la base avant de s’étendre aux instances nationales.
Cependant, son format suscite des désaccords au sein de la classe politique. L’opposition, notamment la famille politique de Joseph Kabila Kabange, conteste les modalités du processus et réclame davantage de garanties quant à son caractère inclusif et consensuel. Les questions liées à la préparation, à la facilitation et à la participation des différentes forces politiques et sociales demeurent ainsi au cœur des divergences entourant ce dialogue.
Cette démarche intervient également dans un contexte où les initiatives diplomatiques menées sous l’égide de Washington et de Doha peinent malgré plusieurs rencontres d’évaluation à produire les résultats escomptés. Sur le terrain, les hostilités se poursuivent entre les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda, et les forces gouvernementales congolaises.
Clément MUAMBA