Interrogé mercredi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala sur l'émission inaugurale d'eurobonds réalisée par la RDC après son départ du gouvernement, Nicolas Kazadi conteste toute idée d'un échec durant son propre mandat à accéder aux marchés internationaux. Il affirme au contraire que des banques le sollicitaient activement pour lancer une première émission obligataire, mais que c'est lui-même, en tant que ministre des Finances, qui a choisi de refuser cette option. Sa justification : dans un contexte de recettes fiscales et d'appuis concessionnels en forte croissance, il ne voyait pas l'urgence d'aller lever des fonds sur les marchés à des taux commerciaux, alors que la véritable difficulté résidait selon lui dans la capacité d'absorption et d'exécution rapide des ressources déjà disponibles.
Il illustre ce constat par un chiffre qu'il attribue lui-même au Chef de l'État, évoqué lors d'un récent Conseil des ministres : plus de 8 milliards de dollars d'appuis extérieurs resteraient à décaisser dans des projets, dont près d'un milliard de dollars appartenant en propre à l'État, sans porter intérêt, et toujours non mobilisés. Pour lui, la priorité de l'époque n'était donc pas l'endettement commercial généralisé, mais l'apprentissage d'une dépense publique rapide, efficace et à moindre coût. Il précise toutefois que son gouvernement avait eu recours, de manière ciblée, à quelques dettes commerciales limitées à des projets spécifiques, dont les décaissements sont conditionnés à l'avancement effectif des travaux.
Nicolas Kazadi revendique par ailleurs un bilan solide en matière de crédibilité financière durant son mandat, évoquant un relèvement de la notation souveraine du pays à quatre reprises en trois ans, par deux agences de notation différentes. Il affirme qu'un nouveau relèvement était attendu dès janvier 2024, mais qu'il aurait été reporté en raison du contexte électoral de l'époque, pour finalement intervenir en 2026.
« Ne pas confondre lever des fonds et créer la richesse »
Interrogé sur la portée de cette première émission d'eurobonds, signe d'une stabilité macroéconomique durable, ou simple opération d'image, l'ancien ministre reconnaît sans ambiguïté une amélioration réelle de l'image du pays, portée selon lui par de meilleurs résultats budgétaires, une hausse des ressources extérieures, et l'achèvement, pour la première fois dans l'histoire du pays, d'un programme complet avec le FMI. Il se félicite de cette capacité nouvelle à accéder aux marchés internationaux. Il met toutefois en garde contre une confusion entre la capacité à lever des fonds et celle à créer effectivement de la richesse, rappelant une nouvelle fois l'exemple des ressources déjà disponibles mais non décaissées, comme preuve que la priorité doit rester la prudence et l'efficacité dans l'utilisation des moyens existants avant tout recours accru à l'endettement.