Invité samedi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Peter Kazadi, cadre de l'UDPS et ancien vice-Premier ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, a livré une analyse tranchée de la nature de la crise à l'Est de la RDC et des contours que devrait prendre le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi. Son message central : la crise sécuritaire à l'Est et le dialogue national relèvent de deux logiques distinctes, qu'il convient de ne pas confondre.
Pour Peter Kazadi, la crise que traverse l'Est du pays a des responsables clairement identifiés : le Rwanda de Paul Kagame et les groupes armés qui occupent des portions du territoire national. Le dialogue voulu par le chef de l'État, insiste-t-il, s'adresse à un tout autre public : la classe politique congolaise, qu'elle soit de l'opposition ou du pouvoir, le peuple congolais et la société civile, c'est-à-dire les Congolais non impliqués dans le conflit armé. « Le président de la République a lancé l'idée de parler avec les Congolais qui ne sont pas impliqués dans cette crise sécuritaire », a-t-il rappelé, justifiant ainsi l'exclusion de l'AFC/M23 du format envisagé.
Interrogé implicitement sur la pertinence d'associer l'AFC/M23 au dialogue national, Peter Kazadi a opposé un argument de fond : un cadre de discussion avec les représentants de Kagame existe déjà, celui du processus de Doha, où des échanges sont en cours depuis un certain temps et où des accords partiels ont même été signés. « Qu'est-ce qu'ils viendront dire au dialogue qu'ils n'ont pas pu dire à Doha ? », a-t-il lancé, estimant qu'un dialogue national destiné à traiter des questions internes à la société congolaise n'a pas vocation à se substituer aux négociations spécifiquement consacrées au conflit armé.
Le point le plus affirmé de son intervention porte sur la nature même de la crise à l'Est. Peter Kazadi a réfuté toute lecture qui présenterait la situation comme une crise politique interne, pour la qualifier sans détour d'occupation étrangère. « Je vous dis bien que l'occupation de l'Est ne résulte pas d'une quelconque crise politique. C'est tout simplement une occupation étrangère du Rwanda, et le monde entier en parle », a-t-il martelé, se disant « étonné » que certains Congolais ne perçoivent pas cette réalité comme une guerre imposée par un pays étranger.
Sur la question de savoir si le dialogue pourra s'attaquer aux causes profondes de la crise, dimensions foncière, communautaire et administrative, sans que son volet militaire soit traité, Peter Kazadi a reconnu la complexité de la question, tout en la renvoyant à un autre registre : celui des Congolais qui, localement, se disputent des terres pourront faire valoir leurs préoccupations dans le cadre du dialogue. Mais pour lui, cela ne change rien au diagnostic global sur la nature du conflit avec le Rwanda.
En définitive, l'ancien vice-Premier ministre présente le dialogue national non pas comme un espace de négociation avec les belligérants, mais comme un exercice de cohésion interne. L'objectif, selon lui, est de permettre aux Congolais de s'entendre entre eux, d'aplanir leurs divergences et de « faire front commun » pour se liguer contre ce qu'il présente comme une agression extérieure. Une lecture qui tranche avec les positions de certaines organisations de la société civile, telles que l'ODEP, qui plaident au contraire pour une intégration de l'AFC/M23 au processus, au nom de la cohérence entre le dialogue interne, le processus de Doha et la recherche d'une paix durable.