Intervenant vendredi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'Archevêque Dodo Kamba est longuement revenu sur les raisons de l'échec de la Commission Vérité et Réconciliation mise en place en 2003 en RDC, affirmant qu'elle n'avait jamais véritablement fonctionné.
Il a avancé une explication inédite à ce blocage : selon lui, des acteurs internationaux seraient intervenus à l'époque pour intimider les membres chargés de la diriger, sans toutefois préciser l'identité de ces acteurs ni la nature exacte de ces pressions.
Sur la méthode qu'il entend appliquer cette fois-ci, le président du Conseil interreligieux congolais a expliqué que son mécanisme reposerait sur des enquêtes destinées non pas à sanctionner dans l'urgence, mais à amener les responsables présumés à reconnaître leurs actes sur la base d'éléments probants.
Il a insisté sur cette distinction entre une accusation superficielle et un travail documenté permettant d'établir clairement les responsabilités, précisant que cette approche relevait selon lui d'une « pédagogie pastorale » visant à obtenir des aveux sincères plutôt qu'imposés.
L'Archevêque a par ailleurs élargi le débat à la question des ingérences étrangères, évoquant les propos tenus autrefois par Laurent-Désiré Kabila sur les convoitises extérieures visant les ressources naturelles du pays. Pour Dodo Kamba, la stratégie de ces puissances extérieures consisterait à instrumentaliser des Congolais les uns contre les autres ; sa démarche viserait donc, à l'inverse, à réunir les « frères » congolais pour mieux isoler ce qu'il désigne comme l'ennemi extérieur, plutôt que d'entretenir des divisions internes.
Pour illustrer sa vision d'un dialogue fondé sur la vérité et la responsabilité collective, l'archevêque a convoqué un récit biblique tiré du Livre des Juges : celui de la tribu de Benjamin, sommée par les onze autres tribus d'Israël de livrer les auteurs d'un crime commis contre une femme lévite, sous peine de rupture de la communauté nationale.
Il a établi un parallèle avec la situation congolaise actuelle, appelant les Congolais à s'unir pour « isoler » ceux qui causeraient du tort au pays, de la même manière que les tribus israélites auraient agi collectivement pour rétablir l'honneur de leur peuple. Il a conclu en saluant les propos du chef de l'État selon lesquels le dialogue à venir se distinguerait des précédents, y voyant le signe d'une maturité collective du peuple congolais face aux menaces extérieures.