La République démocratique du Congo (RDC), membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, a appelé à renforcer la protection de l’éducation au Soudan, lors d’une réunion du Conseil organisée selon la formule Arria. Consacrée à la protection de l’éducation dans le contexte de la guerre au Soudan, cette rencontre a été organisée par la Somalie et coparrainée par la RDC et le Libéria.
La position congolaise a été présentée par Mme Jocelyne Kabengele Lukundula, représentante permanente adjointe de la RDC auprès des Nations unies. S’appuyant sur l’expérience de son propre pays, la diplomate a défendu l’idée que la protection de l’éducation doit être intégrée aux efforts de prévention des conflits, de réponse aux crises et de consolidation de la paix, plutôt que d’être considérée comme une priorité à traiter après la fin des hostilités.
« L’expérience de la République démocratique du Congo démontre que la protection de l’éducation ne constitue pas une étape postérieure au règlement d’un conflit ; elle en est déjà l’une des conditions », a déclaré, vendredi 7 août 2026, Jocelyne Kabengele Lukundula.
Elle a notamment cité la Loi n°09/001 de 2009 portant protection de l’enfant, la Loi-cadre n°14/004 de 2014 de l’Enseignement national ainsi que la stratégie d’Éducation et de Formation en Situation d’Urgence (2025-2029). Ce dispositif vise à assurer la continuité des apprentissages, la sécurité des élèves et du personnel éducatif ainsi que le soutien psychosocial des personnes affectées par les conflits et les catastrophes.
Pour Kinshasa, l’expérience congolaise montre ainsi que préserver l’éducation revient également à préserver les capacités d’un pays à se relever après une crise.
« Les crises ne doivent jamais condamner une génération à l’interruption de son éducation. Préserver le système éducatif, c’est préserver la capacité d’une nation à former celles et ceux qui porteront demain son relèvement, renforceront ses institutions et consolideront une paix durable », a affirmé la diplomate.
La RDC a également salué les initiatives de l’Union africaine en faveur de la protection de l’éducation en situation de crise, notamment celles du Conseil de paix et de sécurité et du Centre international de l’Union africaine pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique (AU/CIEFFA).
Toutefois, Kinshasa estime que les politiques destinées à maintenir la continuité de l’éducation ne peuvent se substituer à la condition première d’une protection durable des enfants : la cessation des hostilités.
« C’est pourquoi la République démocratique du Congo réitère son appel en faveur d’une cessation immédiate des hostilités, d’un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave, ainsi que de la poursuite d’un dialogue politique sincère et inclusif entre les parties », a plaidé Jocelyne Kabengele Lukundula.
La RDC appelle à soutenir le système éducatif soudanais
La Mission congolaise auprès de l’ONU a par ailleurs appelé la communauté internationale, en coordination avec les acteurs régionaux, à renforcer son soutien au système éducatif soudanais.
Cet appui devrait notamment permettre d’assurer la continuité des apprentissages, de protéger les établissements scolaires contre toute utilisation incompatible avec leur vocation civile et de soutenir les enseignants.
« Ces efforts doivent s’inscrire dans une approche globale, articulant action humanitaire, développement et consolidation de la paix, afin que l’éducation demeure un véritable levier de résilience et de stabilité », a-t-elle souligné.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse donc la seule question de l’accès à l’école. Il s’agit également d’empêcher que la guerre ne transforme durablement toute une génération d’enfants soudanais.
« Nous avons la responsabilité collective de veiller à ce que les enfants du Soudan ne deviennent pas une génération définie par le conflit, mais plutôt une génération préparée à conduire le relèvement de leur pays », a ajouté la diplomate.
RDC et Soudan : deux pays confrontés aux conséquences des conflits
Comme la République démocratique du Congo, confrontée notamment aux conflits armés dans sa partie orientale, le Soudan est plongé depuis avril 2023 dans une guerre opposant les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, aux Forces de soutien rapide (FSR), commandées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ».
Ce conflit a provoqué une grave crise humanitaire, avec des millions de personnes déplacées et de nombreuses infrastructures essentielles affectées. Le secteur de l’éducation figure parmi les principales victimes : des établissements ont été endommagés, détruits ou utilisés à des fins militaires, tandis que les déplacements et l’insécurité ont contraint de nombreux enfants à interrompre leur scolarité.
Dans ce contexte, la protection des écoles, des élèves et du personnel éducatif constitue un enjeu majeur pour éviter qu’une génération entière ne soit durablement privée d’éducation. La continuité des apprentissages apparaît également comme un facteur de résilience sociale, de reconstruction et de consolidation de la paix.
La réunion du Conseil de sécurité, organisée selon la formule Arria, intervient ainsi alors que les acteurs internationaux cherchent à renforcer la protection des civils et à maintenir les services essentiels au Soudan malgré la poursuite des hostilités. La Somalie, la RDC et le Libéria étaient à l’initiative de cette rencontre consacrée au thème : « Sauvegarder l’éducation au Soudan : investir dans la paix, le redressement et la stabilité ».
Clément MUAMBA