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Kabila en zone rebelle : « Une véritable convergence tactique et circonstancielle » avec l'AFC/M23, selon Patrick Mbeko

Joseph Kabila lors des consultations à Bukavu

Intervenant jeudi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'analyste Patrick Mbeko est revenu sur les circonstances ayant conduit Joseph Kabila à s'installer dans une zone contrôlée par l'AFC/M23, ainsi que sur la nature réelle de ses liens avec la rébellion.

Une « erreur tactique » de Kinshasa

Pour Patrick Mbeko, la situation actuelle découle avant tout d'une erreur stratégique du pouvoir congolais. Il rappelle qu'avant que Joseph Kabila n'envisage un retour, plusieurs de ses proches avaient été arrêtés ou harcelés, et certains de ses biens saisis. « Il faut être suicidaire pour revenir à Kinshasa dans ces conditions », a-t-il estimé, jugeant que les autorités auraient dû, sur le plan tactique, laisser Kabila rentrer normalement avant, éventuellement, de l'interpeller, plutôt que d'exercer des pressions préalables sur son entourage, ce qui revenait selon lui à lui adresser un message explicite sur le sort qui l'attendait. 

Dans ce contexte, il juge « tout à fait normal » que l'ancien président ait choisi de séjourner dans une zone où il ne se sentirait pas menacé.

Une « convergence tactique et circonstancielle » avec l'AFC/M23

Interrogé sur la nature du séjour de Kabila en territoire contrôlé par la rébellion, l'analyste confirme l'existence d'une véritable convergence de vues entre l'ancien président et l'AFC/M23 concernant le pouvoir en place à Kinshasa, une convergence qu'il élargit même à certains opposants basés dans la capitale. Il refuse toutefois de parler d'alliance stratégique assumée, préférant évoquer une « convergence tactique et circonstancielle ».

Sur la question de savoir si cette situation crédibilise le narratif de Kinshasa accusant Kabila de connivence avec la rébellion, Patrick Mbeko est catégorique : « Pas du tout ». Selon lui, cet argument ne convainc que les partisans du pouvoir, et non les observateurs étrangers, qui analysent froidement la situation et comprennent que Kabila se trouve aujourd'hui en exil dans un camp où il se sent davantage en sécurité, faute d'alternative dans les zones sous contrôle de Kinshasa.

Il illustre son propos en évoquant la feuille de route proposée par l'Angola, qui refuserait toute forme de sélection entre les acteurs congolais, pointant une forme d'incohérence du pouvoir, qui reproche à Kabila ses liens avec l'AFC/M23 tout en négociant lui-même avec ce mouvement.

Distinguer les revendications du M23 « historique » et l'AFC politique

Enfin, Patrick Mbeko a insisté sur la nécessité de dissocier deux dynamiques distinctes au sein de la rébellion : d'une part, le M23 tel qu'il exerçait des pressions à ses débuts, porté par des revendications communautaires liées aux intérêts des Tutsis congolais dans l'Est du pays, d'autre part, l'AFC politique, pilotée par Corneille Nangaa, dont les ambitions seraient aujourd'hui davantage politiques que communautaires.

Pour l'analyste, ces deux composantes ne partagent ni les mêmes objectifs ni la même approche stratégique : le Rwanda, qui contrôle déjà les communautés du Nord et du Sud-Kivu, trouverait son compte dans la situation actuelle, tandis que la branche politique de l'AFC viserait un renversement plus large du pouvoir à Kinshasa. Il rappelle enfin que le mouvement n'est pas homogène, traversé par des divergences internes qu'il juge essentielles pour comprendre les dynamiques actuelles du conflit.