La République démocratique du Congo a commémoré, dimanche 2 août 2026, la Journée nationale du GENOCOST, consacrée à la mémoire des millions de morts et de toutes les victimes des crimes commis sur son territoire.
Placée sous le thème « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? », cette quatrième édition, marquant l’An 4 du GENOCOST, a été l’occasion pour les autorités congolaises de réaffirmer leur volonté de renforcer le travail de mémoire et le plaidoyer international en faveur de la reconnaissance des crimes commis en RDC.
Contraction de « Geno » (génocide) et de « Cost » (coût, en anglais), le terme GENOCOST désigne, dans le discours officiel congolais, les crimes de masse associés à l’exploitation des richesses de la RDC à des fins économiques.
Lors de cette commémoration, François Kakese, coordonnateur exécutif de la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR), a insisté sur la nécessité d’étendre la politique nationale de mémoire au-delà des frontières du pays.
« La politique nationale de mémoire et de justice transitionnelle ne saurait atteindre sa pleine portée si elle demeurait cantonnée au seul espace national. Les tragédies qui ont frappé notre pays appartiennent à notre histoire, mais elles interpellent également la conscience de l’humanité tout entière », a déclaré François Kakese.
Selon lui, le plaidoyer international lancé par Félix Tshisekedi à Genève l’année dernière constitue le prolongement de la politique nationale de mémoire. Il a assuré que cette démarche diplomatique se poursuivrait jusqu’à l’obtention d’une reconnaissance internationale des crimes commis en RDC.
Un plaidoyer appelé à se poursuivre
François Kakese a indiqué que cette offensive diplomatique s’était déjà poursuivie à Paris, Bruxelles et Genève et devait s’étendre à Addis-Abeba, Londres ainsi qu’à nouveau à Paris et Bruxelles.
Il a précisé que le plaidoyer repose désormais sur une documentation scientifique, juridique et historique destinée à étayer les faits et les preuves disponibles.
« La mémoire des victimes ne peut être pleinement restaurée tant que la vérité demeure incomplète, insuffisamment connue, insuffisamment reconnue ou, pire, volontairement ignorée », a-t-il estimé.
Le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR a également appelé les missions diplomatiques congolaises à s’impliquer davantage dans cette démarche. Selon lui, celle-ci doit reposer sur quatre principes : la rigueur, la cohérence, la constance et la persévérance.
« Un tel plaidoyer est un processus long et itératif », a-t-il souligné, appelant les représentations diplomatiques de la RDC à jouer pleinement leur rôle.
Faire de la mémoire une force pour l’avenir
Sur le plan national, François Kakese estime que la politique de mémoire doit contribuer à construire une société tournée vers la vérité, la justice et la réparation.
S’appuyant sur la pensée d’Ernest Renan, il a estimé que la manière dont une nation donne un sens aux épreuves qu’elle traverse participe à la construction de son identité.
« La République démocratique du Congo a fait le choix de faire de la mémoire non un refuge dans le passé, mais une force pour l’avenir ; de la vérité, une exigence ; de la justice, une responsabilité ; des réparations, un devoir national », a-t-il déclaré.
Pour le responsable de la CIA-VAR, le GENOCOST doit ainsi dépasser le cadre d’une simple commémoration annuelle et contribuer à renforcer la solidarité envers les victimes ainsi que l’engagement collectif contre l’oubli et la répétition des violences.
La date du 2 août, qui marque le début de la deuxième guerre du Congo en 1998, a été retenue comme Journée nationale de commémoration des victimes des violences massives ayant endeuillé le pays au cours des dernières décennies, ainsi que d’hommage à celles et ceux qui leur ont porté assistance.
Cette consécration trouve son fondement dans l’article 28 de la loi du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits ainsi que des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
La même loi a institué la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV). Ces deux structures constituent aujourd’hui des acteurs majeurs de la politique nationale de mémoire, de réparation et de justice transitionnelle.
Clément MUAMBA