Interrogée dimanche lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala à l'occasion de la Journée du Genocost, l'historienne Bénédicte Ndjoko est revenue sur la difficulté à établir un bilan chiffré fiable des victimes du conflit congolais. Elle a rappelé l'estimation de 5,2 millions de morts avancée par l'International Rescue Committee, ainsi que les évaluations d'environ 48 000 décès par mois qui en découlaient à l'époque, soulignant que ce chiffre continue de croître dans la durée et dépasse déjà le bilan de l'extermination des Juifs d'Europe durant la Seconde Guerre mondiale. Selon elle, l'établissement de statistiques précises reste avant tout une question de volonté politique.
L'historienne a également insisté sur le rôle du rapport Mapping des Nations unies comme point d'entrée pour documenter la nature des crimes commis en RDC, tout en relevant que ces violences ne se limitent pas à l'Est du pays : elle a évoqué des viols et des exactions survenus à Kinshasa et dans le Bandundu, notamment à Kenge, où une statue commémorative érigée en mémoire des victimes est aujourd'hui perçue par une partie de la population comme la cause de ses difficultés actuelles, faute selon elle d'une politique mémorielle réellement construite autour de ce symbole.
Bénédicte Ndjoko a par ailleurs établi une distinction entre le travail de l'historien, qui cherche à établir et vérifier des faits avec la distance critique propre à la démarche scientifique, et celui de la mémoire, qui relève d'un choix collectif de donner du sens au passé et de le transmettre. Elle a appelé à une approche multidisciplinaire associant historiens, sociologues et psychiatres, citant notamment des travaux évoquant les séquelles psychologiques durables chez des survivants congolais, et a plaidé pour une volonté politique claire de l'État permettant d'organiser ce travail de documentation et de transmission.