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GENOCOST : 82 écrivains et acteurs culturels et éducatifs congolais plaident pour l’intégration de la littérature mémorielle dans les écoles

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Au total 82 écrivains, poètes, experts en politiques éducatives et opérateurs culturels congolais ont lancé un plaidoyer en faveur de l’intégration de la littérature mémorielle dans le système éducatif de la République démocratique du Congo. À travers une lettre ouverte rendue publique ce 1er août, ils proposent la création d’un Corpus national des œuvres mémorielles congolaises afin d’accompagner l’enseignement de la mémoire des conflits qui ont endeuillé le pays depuis plus de trois décennies.

Cette initiative intervient alors que le gouvernement, par l’entremise du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, a annoncé sa volonté d’intégrer l’éducation mémorielle dans les programmes scolaires. Les signataires estiment que cette réforme gagnerait à être enrichie par des œuvres littéraires capables de transmettre non seulement les faits historiques, mais également l’expérience humaine des victimes, la résilience des communautés et les valeurs de paix.

Le corpus proposé rassemblerait des romans, nouvelles, recueils de poésie, ouvrages de littérature jeunesse, témoignages, articles, podcasts et autres productions culturelles consacrés aux conflits, à la justice, à la réconciliation et à la paix. Les auteurs suggèrent également l’élaboration de guides pédagogiques, la formation des enseignants à la pédagogie des traumatismes ainsi que la mise en place d’un groupe de travail interministériel chargé de sélectionner, actualiser et diffuser ces œuvres.

Pour Elfia Elesse Mayawula, présidente du Forum des éducatrices africaines (FAWE-RDC), l’enseignement de cette mémoire constitue un impératif pour rompre avec les cycles de violence qui accompagnent depuis des décennies l’exploitation des ressources naturelles du pays.

« Depuis plus de trente ans, les richesses minières dont dispose la RDC, essentielles aux différentes transitions énergétiques dans le monde, ont malheureusement été obtenues au prix d’un immense sacrifice humain. Cette réalité ne peut plus être éludée. Elle doit être enseignée dans notre système éducatif afin que les nouvelles générations comprennent les mécanismes qui ont conduit à ces tragédies et refusent de reproduire les mêmes logiques de prédation », a-t-elle dit.

Selon elle, l’histoire et la littérature remplissent des fonctions complémentaires. Si l’histoire établit les faits, les dates et les responsabilités, la littérature permet de transmettre les émotions, de nourrir l’imaginaire collectif et de développer l’empathie, des dimensions indispensables dans toute politique de mémoire.

« L’histoire rapporte les faits. La littérature, elle, apporte la dimension humaine. Elle transmet les émotions, elle féconde l’imaginaire collectif et permet aux lecteurs de ressentir ce que les chiffres ne peuvent pas exprimer. C’est ainsi que l’on construit une véritable culture de paix », affirme-t-elle.


Parmi les initiateurs figure également l’écrivain Arsène, auteur d’un ouvrage consacré à son vécu lors de l’invasion de Goma par le M23 en janvier 2025. Pour lui, la transmission de cette mémoire relève d’une responsabilité collective face à ce qu’il qualifie de génocide ayant duré plus de trente ans.

« Nous devons faire en sorte que notre pays ne soit plus uniquement identifié au sang et à la guerre, mais aussi à sa résilience. Les jeunes doivent s’approprier ce combat, comprendre qu’ils ont un rôle à jouer pour empêcher la répétition de ces violences et refuser toute participation aux initiatives qui favorisent l’invasion du pays ou le pillage de ses ressources naturelles », souligne-t-il.

L’écrivain insiste également sur la nécessité de construire un récit porté par les Congolais eux-mêmes.

« Nous ne pouvons pas nous contenter des récits produits par des étrangers. Les Congolais qui ont vécu ces événements dans leur chair doivent raconter leur propre histoire afin que notre mémoire collective repose sur nos propres voix et nos propres expériences », ajoute-t-il.

Le caractère national de cette mobilisation est mis en avant par Nick Elebe, écrivain et président de la Fondation Nick Elebe qui porte l’initiative. Les 82 signataires proviennent aussi bien de Kinshasa que de Goma, Matadi, Lubumbashi, mais également de plusieurs villes de la diaspora, notamment Bruxelles, Ottawa et Stockholm.

« Cette diversité montre qu’il existe un véritable vivier d’auteurs congolais, au pays comme à l’étranger, prêts à contribuer à ce travail de mémoire. C’est probablement l’aspect le plus encourageant de cette initiative », précise Nick.

Pour l’écrivain Richard Ali, cette première liste de signataires ne constitue qu’un point de départ.

« Nous avons retenu quelques noms pour lancer officiellement cette initiative, mais la cause est suffisamment noble pour mobiliser bien davantage. Si nous avions ouvert largement l’appel, nous aurions certainement recueilli une centaine de signatures. Cette aventure commence aujourd’hui, mais elle est appelée à concerner toute la communauté littéraire congolaise », indique-t-il.

Les initiateurs rappellent que plusieurs pays, notamment Israël, la France ou encore l’Afrique du Sud, ont intégré la littérature dans leurs politiques de transmission de la mémoire. Ils estiment qu’une telle démarche permettrait non seulement de renforcer l’éducation mémorielle en RDC, mais aussi de valoriser le patrimoine littéraire national, d’encourager la lecture chez les jeunes et de soutenir les écrivains congolais.

Kuzamba Mbuangu 

 


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