À la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, à New York, le président français Emmanuel Macron a placé, mardi 22 septembre, son intervention sous le signe du multilatéralisme, du respect du droit international et de la recherche de solutions collectives aux crises qui traversent le monde. Dans un contexte marqué notamment par les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique, le chef de l’État français a lancé un appel à ne pas considérer la multiplication des guerres comme une fatalité.
« Ne cédons pas à une forme de fatalité face à la guerre et au malheur des peuples. Nous devons nous réengager pour trouver des solutions concrètes et bâtir la paix. Le droit international n'a jamais prétendu décrire la réalité. Il dit les limites que des puissances souveraines se sont volontairement fixées. Pour que la force ne soit pas le seul recours en cas de désaccord, pour que même dans le face-à-face de la guerre, l'ennemi demeure un être humain. Ce sont les leçons du XXe siècle. Ceux qui veulent les oublier aujourd'hui commettent tout à la fois une faute morale et une erreur politique. Mais la réalité est là », a déclaré Emmanuel Macron.
Il a ainsi mis en garde contre ce qu’il présente comme un risque de retour à « un nouvel âge de la barbarie », évoquant les violations du droit international humanitaire et les destructions d’infrastructures civiles dans plusieurs théâtres de conflit.
Parmi les crises évoquées, le président français a notamment cité la ville de Bukavu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23.
D’après Emmanuel Macron, la France entend par ailleurs poursuivre son soutien aux initiatives internationales destinées à renforcer le respect du droit international humanitaire.
« Au Moyen-Orient, en Ukraine, en Afrique, l'industrialisation des crimes de guerre, des violations du droit et de la destruction des infrastructures civiles ouvrent un nouvel âge de la barbarie. Aucun d'entre nous ne peut vouloir être celui qui démantèle le cadre protecteur des conventions de Genève, alors que les attaques se multiplient de Dnipro à Gaza, de Bukavu à El Fasher, avec la Jordanie et le CICR. La France poursuivra donc ses efforts pour que l'initiative mondiale en faveur du droit international humanitaire, déjà rejointe par plus de 116 États, nous amène à renouveler ensemble nos engagements. Nous devons nous remobiliser pour défendre nos humanitaires, défendre le droit international humanitaire dans cette période ».
Afrique, Forum de Paris sur la paix en novembre
L’autre volet du discours concerne plus particulièrement l’Afrique. Emmanuel Macron estime que les crises du continent nécessitent une réponse davantage portée par les institutions africaines elles-mêmes. Cette orientation s’inscrit dans la dynamique du sommet Africa Forward, organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026 par la France et le Kenya. La déclaration finale adoptée à Nairobi réaffirme notamment l’attachement à un ordre international fondé sur la Charte des Nations unies et souligne les liens entre paix, sécurité et développement.
«Lors du sommet Africa Forward à Nairobi, avec plus de 30 chefs d'État africains, puis au siège de l'Union africaine à Addis-Abeba, aux côtés de l'ONU, nous l'avons dit clairement, l'Union africaine et les organisations régionales doivent être en capacité de jouer pleinement leur rôle en matière de paix et de sécurité sur le continent».
Emmanuel Macron a annoncé l’organisation, à Paris en novembre, d’une réunion consacrée à la reconstitution du Fonds de paix de l’Union africaine, en marge du Forum de Paris sur la paix. Il a, à cette occasion, appelé les contributeurs potentiels à prendre des engagements « forts et concrets » tout en réaffirmant la nécessité de ne pas céder face aux guerres, mais de se réengager et de rechercher, dans le respect de la Charte des Nations unies, des solutions durables.
« Nous organiserons à Paris en novembre une réunion de reconstitution du fonds de paix de l'Union africaine, en marge du Forum de Paris sur la paix, et j'appelle tous les contributeurs potentiels à y prendre des engagements forts et concrets. Ne pas céder donc face aux guerres, nous réengager, chercher à bâtir dans le respect de la Charte des solutions », a affirmé Macron.
Ces assises se tiennent dans un contexte où, en dépit de la signature de l’accord de Washington, sous les auspices des États-Unis d’Amérique, entre Kinshasa et Kigali, ainsi que de l’existence d’un accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha, sous l’égide de l’État du Qatar, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC ne semble pas évoluer dans le sens escompté.
La poursuite des hostilités sur le terrain, les accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et les interprétations divergentes des engagements pris par les différentes parties continuent de compliquer la mise en œuvre des initiatives diplomatiques. Ces divergences alimentent également la méfiance entre Kinshasa et Kigali, d’une part, et entre Kinshasa et l’AFC/M23, d’autre part, alors que les différents processus de paix tentent de créer les conditions nécessaires à une désescalade durable.
Clément MUAMBA